Revelio.3

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Essoufflé et quelque peu déboussolé, Livaï s'extirpa du véhicule avant que celui-ci explosa par son capot à quelques mètres de lui. Malgré sa résistance surhumaine, Livaï sentit son cœur battre dans ses tempes, puis violemment, il s'affala contre un tonneau avant de vérifier les munitions qu'il lui restait.

Le jeune Jäger tendit le bras vers l'entrée du hangar, comme si la présence de Livaï l'attira de toutes les manières possibles. Sans faillir, son bras se tendit à son maximum et dans un bruit sourd, un nouveau carreau fut lancé et sans le voir venir, le projectile s'enfonça dans son bras gauche, l'arrachant sur toute sa moitié avec la vitesse avec laquelle il avait été propulsé. Tout se détacha, ses muscles, ses os, l'articulation entière. Malgré cela, Eren continua, ignorant la mutilation épouvantable qu'il venait de subir :

« L-Livaï !

— C'est la merde Eren... On s'est foirés sur toute la ligne. Le brun dérapa sur le sol en s'abaissant au niveau de son partenaire. Instinctivement, ses mains entourèrent le visage éprouvé de l'aîné. Dans ses yeux d'acier, Eren comprit l'étincelle qui les traversa.

— On a pas le choix Livaï ! On doit attendre les autres ! Ils sont forcément quelque part !

— Ton bras... Eren, t'as vu ton bras ? Par ses mots, Livaï réalisait à quel point la situation leur échappait.

— Je vais me régénérer... Donne-moi une minute.

— Tu fais que d'me le répéter mais t'es juste en train de te faire tailler en pièces. J'pige pas pour quoi. »

Les mots du noiraud s'envolèrent comme un murmure lointain et Eren le sentit comme une lame tranchante en plein cœur. Les faits que Livaï relataient étaient d'une véracité irréfutable, Eren n'avait jusqu'à là, encore jamais déclenché la moindre régénération. Cette restriction évidente de ce pouvoir échappait au bon sens du plus âgé. Trop affaibli pour asséner Eren d'une discussion psychologique sur son acceptation en tant que titan, Livaï opta pour un répit. Il ne s'endormit pas, non, il ne parla juste plus. Pendant de longues minutes.

À l'extérieur, la voix de la gamine s'éleva dans les airs et cette fois-ci, elle fut bien décidée à prouver que sa rage couplée à son entraînement pourraient très bien faire sauter leurs deux têtes en même temps :

« Eh. Tu te transformes vraiment et on se casse. Voilà le plan. Sommaire, rapide, et on trouve nos potes. T'es avec moi ?

— T'es sur ?

— Il me reste d'une cartouche de huit balles Eren, j'vais pas crever ici. Ce hangar peut plus ou moins contenir les dégâts de la transformation, je monte sur toi et on se taille. De ses muscles jusqu'à ses nerfs, tout le corps du noiraud se chargeait d'une puissance quasiment animale. C'est à ce moment-là qu'un cri strident résonna au fin fond de l'entrepôt, dans leur dos.

— Attendez ! Ne tirez pas ! Un garçon émergea de l'ombre, chétif, petit, blond. L'air totalement dévasté, il leva ses poignets ligotés dans les airs, tremblant de tout son être.

— Encore un gosse ?! C'est quoi ces conneries p'tain ! Tu sors d'où toi ?!

— J-je m'appelle Falco ! J-Je ne suis pas avec eux ! Je me suis enfui de mon secteur ! Je veux partir de Revelio ! De cet enfer ! I-Ils vont me tuer ! Le môme titubait à mesure qu'il s'avança vers le duo. Dans une vigilance accrue malgré son état, Eren posa lentement ses yeux sur le brassard de l'enfant. Bien que celui-ci respectait le code hiérarchique qu'il connaissait, l'enfant sortait de nulle part et à ce stade, Eren n'était même pas certain qu'il soit totalement humain. Livaï lui, le toisa de haut en bas, hagard, il prit le risque de se rapprocher de lui. T-ton bras... Ça a l'air de faire mal.

— Ne t'avance pas plus. Se méfit Livaï. Oï ! Gamin, restes ou t'es. »

Le dit « Falco » s'échoua au sol, haletant, les yeux pleins de larmes. Livaï le surplomba, ne daignant même pas à lui adresser un mot. Désormais, Eren ne vit la scène que de dos, s'ils devaient échanger le moindre mot, il serait incapable de les entendre correctement. Soudain, le temps se fractura. Sans percevoir le moindre mouvement se faire, Eren n'entendit que le bruit d'une balle tirée résonnant dans l'espace. Son regard cilla à plusieurs reprises car Eren voyait très bien le fusil de Livaï tenu à côté de sa jambe. Livaï n'avait pas tiré sur ce gosse, il ne l'avait même pas menacé d'un mouvement. Il s'était contenté de le fixer.

Livaï, toujours immobile, ne prononça aucune mot. Pas même la moindre onomatopée. Les yeux émeraudes d'Eren se baissèrent sur un détail glaçant. La balle tirée sortit du genoux droit de l'Ackerman. Le craquement fut net. Livaï s'effondra au sol, sous son propre poids, il succomba.

Eren hurla une parole qu'aucun ne comprit, et même si sa position ne lui donnait pas une vision claire de la situation, il détala vers Livaï et avant même qu'il ne l'atteigne, Falco tira une seconde fois sur la deuxième jambe, à l'exact même niveau que la précédente. L'acte du jeune soldat fût si précis qu'il parût presque chirurgical, car Livaï sembla souffrir qu'après coup :

« I-Ils m'ont dit de le faire ! Je n'avais pas le choix ! »

Une flaque de sang s'élargissait à même le sol, noyant Livaï dans sa propre impuissance. Eren chargea le fusil de Livaï et sans se poser de question, il tira sur les deux pieds de l'enfant. Avant même qu'une larme ne vienne glacer sa joue. Dans ce silence assourdissant, Eren entendit au loin des bruits de câbles claquer dans les airs, à quelques mètres plus au sud... 

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