Lorsque le réveil sonna ce jeudi, ce fut à mon tour de ne pas avoir envie de me lever mais Élodie, elle, semblait en pleine forme. Je me levais tout de même péniblement, et allais me faire un café, plus fort que d'habitude pour me réveiller. Ma petite amie prit son bol de céréales au lait, comme tous les matins qu'elle mangea sur la table de salle, comme tous les matins. Elle me parlait de son emploi du temps, je ne l'écoutais que d'une oreille, je semblais me souvenir que je commençais avec la classe zombie puis celle d'Élodie et je ne savais plus quelle classe j'avais en dernière heure de la matinée. Mon après-midi reprenait avec une classe de cinquième, mais sans savoir laquelle, tout ce que j'espérais c'était que ce ne fut pas celle d'Aya. Dans le doute j'écrasai ma cigarette et allai voir sur mon propre emploi du temps. Mauvaise nouvelle, j'avais pendant trois heures la classe de cinquième trois, j'eus encore moins l'envie d'aller travailler. Je me refis une autre tasse de café, toute aussi forte que la précédente, pour me donner du courage, en vain. Nous partîmes pour nous arrêter chez Adeline où là aussi j'eus deux autres tasses de café et pourtant je ne me sentais pas plus motivée qu'à mon réveil. Arrivées au collège, Élodie me laissa pour aller rejoindre ses amies et je fis un arrêt au distributeur de boisson chaude. Alors que le liquide coulait dans le gobelet je jetais un œil à celui des confiseries et me laissais tentée par une barre chocolatée. En vérité j'en pris une pour Élodie aussi, pensant la lui donner durant la pause. Je n'avais pas encore fini ni le café ni la confiserie que le début des cours sonna. Je fis entrer ma classe silencieuse de troisième et, après m'être excusée de devoir manger devant eux, le cours commença, une longue, longue session de deux heures dans le calme le plus complet. Je pensais que le rythme de travail de cette classe était un avantage mais en fait, il s'agissait surtout d'un inconvénient, à ce train-là, ils auraient fini le programme bien avant la fin mai, comme il était prévu. Je me dis que si cela venait à se produire, je n'aurais qu'à faire des séances de révisions, bien qu'elles étaient aussi prévues pour les deux premières semaines de juin. Tandis que je réfléchissais à tout ça, les minutes s'écoulaient lentement, et lorsque la pause arriva enfin, je lâchais un soupir de satisfaction. Sarah débarqua bruyamment, accompagnée de Noa, elle me remercia une nouvelle fois de l'avoir invitée chez le glacier la veille et je dus lui rappeler que cette petite réunion était secrète pour les deux autres. Quand on parle du loup, il ne tarde jamais à montrer le bout de sa queue, les deux filles de cinquième poussèrent la porte juste après ça, Aya en tête. Élodie revint avec mon gobelet de café, j'en profitais pour lui donner la confiserie alors que Sarah râlait que je faisais du favoritisme. Aya demanda aux filles ce qu'elles avaient fait la veille, Élodie lui répondit que nous avions été faire des courses, Sarah lui dit qu'elle était allée en rendez-vous avec Noa chez le glacier, cette fille ne savait définitivement pas mentir, et Marine dit qu'elle avait passé l'après-midi chez elle à bouquiner. La grande blonde filiforme avait apparemment la même occupation quand à Tatiana, elle se contentait de me regarder toujours si silencieuse que cela me faisait presque peur. La discussion se poursuivit entres les jeunes filles et, bien-sûr, pas une d'elle ne parla littérature, je me dis qu'il fallait vraiment que je fasse quelque chose pour ce problème, ce soir, j'allais devoir lire un peu. Aya et Sarah débattaient sur les biens faits de la crème machin, je n'écoutais que d'une oreille, n'étant pas concernée par le sujet, Élodie, Noa et Marine parlaient de leurs cours d'histoire qu'elles venaient d'avoir. Tatiana, quant à elle, en profita pour se rapprocher de mon bureau.
« Madame, vous mangez au self le midi ? »
Sa question me surprit, je me demandais si je devais lui dire la vérité ou mentir en lui disant que je mangeais sur place avec les autres professeurs. J'optais pour la vérité, il était facile après tout de voir que je ne me trouvais pas dans la pièce.
« Je mange à l'extérieur, pour le moment. Pourquoi cette question ?
- J'aurais besoin d'un conseil mais je ne peux pas en parler devant tout le monde, même devant Aya. »
Je me demandais bien quel était le sujet de ce fameux conseil qui ne regardait même pas sa meilleure amie. Je pouvais lui libérer du temps ce midi, dire aux filles de ne pas passer mais j'aurais droit à un interrogatoire en règle de la part d'Élodie. Je prendrais la peine de lui en parler avant de décider quoi que ce soit.
« Demain, je resterais sûrement au collège pour manger ici, je dirais aux filles de ne pas venir durant le temps du midi donc je serais seule. Débrouilles-toi avec Aya par contre.
- Oui, j'y comptais bien, merci madame. »
Le mystère de cette demande restait entier, je ne savais même pas comment aborder le sujet avec ma petite amie ce soir. Je me dis alors que je verrais bien quand on y sera. Les cours reprirent et les filles partirent, j'accueillais la classe d'Élodie et des autres pour une heure. Nous travaillâmes sur quelques exercices le temps de jeter un œil à leur rédaction, l'ensemble n'était pas trop mauvais. L'heure passa assez vite, elle prit fin juste après que j'eus redistribué leurs copies, Je ne leur donnais pas de devoir pour cette semaine et ils sortirent dans le calme alors que la classe suivante prenait place dans un calme tout aussi relatif, c'était la classe d'Aya. À la fin de l'heure, quelques élèves demi-pensionnaires me demandèrent s'ils pouvaient laisser leurs affaires dans la salle, nous avions encore deux heures de cours cet après-midi, ce qui me surprit un peu car depuis ce matin où je l'avais vu sur mon emploi du temps, j'avais complètement oublié. Je sortis du collège pour manger mes sandwichs et, tout en avalant mon éternel jambon fromage, je me dis que j'en avais marre de ce genre de nourriture. La semaine prochaine, j'irais manger dans un snack du centre-ville ! Il me vint alors une idée de génie, si cela ne se passait pas bien avec Élodie ce soir, je pouvais toujours négocier pour qu'elle vienne manger avec moi à ce moment-là, cela la mettrait sûrement de bonne humeur.
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AMOUR INTERDIT
Romanceune collégienne, une professeure, une famille un peu bancale... Et alors... Voyons où leurs vies trépidante va nous mener.
