41. Sa quête.

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"Once I ran to you (I ran)
Now I'll run from you
This tainted love you've given
I give you all a boy could give you
Take my tears and that's not nearly all
Tainted love... Tainted love"

-Soft Cell, Tainted love

...

Aria. Paris.

La brune passa la porte de son appartement qu'elle laissa claquer derrière elle. Ce bruit raisonna dans le logement vide. Nina était chez son amie Marie. Elle ne voulait pas rester seule aujourd'hui, alors qu'elles attendaient l'appel de l'avocate. Cette dernière devait recevoir le jugement concernant la garde de la blonde.

Aria se retrouverait seule ce soir, rongée par ce stress incommensurable. Et c'était mieux que sa soeur soit loin d'elle à cet instant. Qu'elle tente de se changer les idées. De profiter encore un peu de son innocence.

La franco-italienne se laissa tomber sur le canapé. Elle garda les yeux fixés droits devant elle. La pièce était remplie de souvenirs qu'elle partageait avec Nina. Et avec Pierre. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle s'était infligée cette douleur. Elle l'avait maintenu dans sa vie de toutes les manières possibles. En regardant les Grands Prix. En inscrivant ses résultats dans ses carnets noirs. En restant là où ils avaient été heureux.

Pendant longtemps, elle s'était persuadée que c'était pour s'assurer qu'il ait réussi à surmonter les épreuves qu'ils avaient traversées. Et la rupture. Elle culpabilisait un peu moins en se rendant compte qu'elle ne l'avait pas brisé comme elle l'était. Mais elle aurait dû se douter que tout n'était que façade. Illusion.

Finalement, elle avait gardé les bribes de son passé pour se rappeler qu'il était possible de vivre avec une certaine sérénité. Pour se construire grâce aux ruines qu'elle avait laissées derrière elle. Et pour que Nina se rappelle qu'il n'y avait pas qu'elle dans sa vie. Aria avait toujours su ce qu'elle voulait. Et bien qu'elle n'ait pas la possibilité de se représenter ce à quoi ressemblerait son avenir, elle avait toujours eu la certitude qu'il ne comprenait aucun enfant.

Elle avait eu peur lorsqu'elle avait accepté la garde de sa cadette. Parce que tout ce qu'elle avait prévu de ne pas faire, s'était réalisé. Sa plus grande peur n'était pas de ne pas réussir à gérer. De ne pas parvenir à l'éduquer. Sa Nonnina avait déjà été brillante avec elle. Son angoisse la plus profonde était de l'abandonner. De la laisser seule. Comme ses parents l'avaient fait. Malgré eux.

Mais grâce à cet environnement dans lequel la blonde avait grandi, elle se souviendrait que même si Aria devait la quitter, elle ne serait jamais seule. Nina avait un village autour d'elle. Un village que sa soeur était parvenu à construire.

La franco-italienne s'en voulait de toujours imaginer le pire. Le besoin de se préparer. Parce qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de le faire pour les autres défis qui s'étaient mis sur son chemin. Elle avait toujours réfléchi à ce qui arriverait à sa soeur si jamais elle devait s'en aller. Si jamais elles étaient séparées. Aujourd'hui pourtant, elle se rendait compte que explorer toutes ces hypothèses ne lui permettait pas d'aborder plus sereinement le futur.

Elle se leva dans un soupir et rejoignit la cuisine. Une pièce dans laquelle elle s'était toujours sentie heureuse. Elle ouvrit le frigo. Il était vide. Et elle n'avait aucune envie de cuisiner pour elle seule. C'était une passion qu'elle destinait au plaisir de partager un repas. De préparer quelque chose, pour quelqu'un qui lui était cher.

Elle sortit alors une bouteille de vin et entreprit de la déboucher et de verser son contenu dans un verre à pied. Pendant un moment, elle fit tourner le liquide en admirant son mouvement fluide. La brune attrapa son sac pour déposer devant elle un carnet noir dont les coins étaient cornés, montrant bien à quel point ce recueil l'accompagnait partout.

Elle tourna les pages en savourant une gorgée du nectar qu'elle s'était servi. Cela faisait longtemps que ce cahier ne portait plus son dessein originel. A l'intérieur de la couverture, la devise qui était inscrite dans chacun de ses volumes. "Conservare solo il meglio." Ne garder que le meilleur.

Mais les souvenirs heureux avaient laissé place à la douleur. Au chagrin. A la peine. Et puis, elle s'était contentée d'y inscrire la vie des autres. Les succès de ceux qui comptaient pour la jeune femme. Nina. Et Pierre. Puisque les savoir épanouis suffisait à constituer son propre bonheur.

Elle s'arrêta sur une feuille vierge et prit un stylo pour y inscrire la date du jour de son écriture fine. Aria contempla la page encore blanche. Elle consulta son téléphone pour constater qu'elle n'avait manqué aucun appel. Et dans un soupir, elle se demanda quels mots allaient venir orner son journal. Marqueraient-ils le retour des larmes ou renoueraient-ils avec l'intention primaire de ce carnet ? Cette page pouvait marquer un souvenir heureux pour elle. Pour sa soeur. Pour un homme qu'elle avait sincèrement aimé. Et qu'elle était reconnaissante d'avoir encore dans sa vie. Pas seulement pour Nina. Pour elle aussi. Aussi égoïste que cela pouvait paraître.

Tous les deux ne se comprenaient peut-être pas sur tous les points. Ils avaient des visions de leur avenir vraisemblablement différentes. Mais ils partageaient cette peine commune. Ces cicatrices similaires. Ces épreuves qui détruisent.

Aujourd'hui, ils se refaisaient confiance pour veiller mutuellement sur l'adolescente. Et surtout, elle avait accepté qu'il puisse réintégrer des instants de son quotidien. Que Pierre ne serait pas seulement présent dans sa vie à travers le prisme de Nina. Que leur relation avait à nouveau évolué. Elle avait connu des hauts, et plus récemment des bas. Et qu'elle prenait un autre tournant. Une amitié qu'il était désormais possible d'envisager.

Perdue dans sa réflexion, la brune porta encore son verre à ses lèvres et le remplit lorsqu'il fût vide. Elle semblait enfin accepter cette solitude parce qu'elle avait consciente que ses piliers seraient toujours présents, d'une manière ou d'une autre. Et que leurs destinées respectives étaient liées. A jamais.

Le temps pouvait les éloigner. Mais jamais les séparer définitivement. Jamais bien longtemps. Le pilote était bien revenu. Sans pour autant nourrir une rancune envers elle. Elle s'était mis en tête qu'il la détestait. C'était plus simple ainsi. Ca l'avait aidée à tirer un trait sur leur histoire.

Mais Aria n'avait pas encore conscience qu'il était impossible d'oublier. Si la peine qu'ils avaient traversée les avaient forgés, c'était encore plus vrai pour la félicité à laquelle ils avaient goûtée.

Et une fois qu'on s'en était délectée, il était impossible d'y renoncer. Malgré toute notre volonté, il est impensable d'y résister.

Le bonheur n'est pas un but, c'est un chemin. Et Aria espérait pouvoir repartir en voyage. Seulement, elle ne savait pas où débuter sa quête.

...

Petite introspection d'Aria... Maintenant que vous la connaissez bien, vous savez ce que ça va donner dans les prochains chapitres ?

Spoil : vous n'êtes pas prêt·es !

LE SOLEIL & LA LUNE - PIERRE GASLYOù les histoires vivent. Découvrez maintenant