5. Notre équipe.

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"All my nightmares escaped my head
Bar the door, please don't let them in
You were never supposed to leave"

-Radical Face, Welcome Home, Son

...

Nina. Monaco.

Le châtain ouvrit la porte et l'invita à entrer. Mais la jeune fille se figea. Elle hésita à passer le pas. Une légère panique. Un sentiment d'imposture. Qu'est-ce qui lui avait pris de fuir jusqu'à Monaco ? Et pourquoi elle entraînait Pierre dans cette histoire ? Elle n'avait aucune légitimité à agir ainsi.

« Bah alors ? Tu restes dehors ? La ramena-t-il à la réalité. »

Nina ne prit pas la peine de répondre et franchit finalement le seuil en laissant la porte se refermer derrière elle. Elle suivit le pilote dans le salon en essayant de penser à l'excuse qu'elle allait devoir inventer pour lui annoncer qu'elle avait fait une erreur. Qu'elle devrait rentrer bien qu'elle n'en avait aucune envie. Elle était complètement perdue. Oui, Pierre ne manquait ni son anniversaire, ni aucune de ses compétitions. Oui, Pierre avait joué un rôle important dans sa vie. Oui, Pierre avait l'air de se soucier d'elle quand il prenait de ses nouvelles ou venait la voir à Paris. Mais elle était de moins en moins présente dans sa vie. Et si elle n'avait plus sa place dans ce qu'il avait construit ?

« Assis-toi sur le canapé ! L'intima-t-il. Le pilote devait la trouver stupide alors qu'elle était restée plantée là pendant tout ce temps. Tu veux boire un truc ?

- Euh... un jus de fruits s'il-te-plaît. »

Il hocha la tête et ouvrit la porte du réfrigérateur. Elle leva la tête pour le regarder dans son nouvel environnement. Et c'est là qu'elle aperçut le vieux cliché qui la montrait souriante il y a quelques années. Il trônait là au milieu des autres portraits de sa famille et de ses proches. Elle se sentit instantanément rassurée. En sécurité dans cette bulle que le châtain ouvrait pour elle. Elle constituait une pièce de son puzzle. Un morceau dont elle n'avait pas conscience de l'importance.

Nina finit par ôter ses chaussures pour s'asseoir en tailleur sur le sofa comme elle en avait toujours l'habitude. Pierre déposa deux verres sur la table basse avant de s'installer à ses côtés. Elle le remercia et avala une gorgée.

« Alors Ninouche, elle sourit en entendant ce surnom qui lui rappelait mille souvenirs, qu'est-ce que tu fais là ?

- Je... J'avais besoin de partir. Elle ne savait pas par où commencer pour expliquer pourquoi elle en était arrivé là. Pourquoi venir à Monaco lui était apparu comme la chose logique à faire.

- Il s'est passé quelque chose avec Aria ? interrogea-t-il.

- Non, non. Elle est super avec moi. Comme toujours, souffla-t-elle. Mais justement, je ne veux pas qu'on soit séparé.

- Mais pourquoi tu es partie alors ? Je... Je ne suis pas sûr de comprendre.

- Il a demandé à être libéré... avança-t-elle alors que les yeux de son interlocuteur se dilatèrent sous le choc de la nouvelle. Il avait tout de suite compris de quoi il s'agissait et il s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras et ainsi lui montrer tout son soutien. Et... Et s'il veut que... que je retourne vivre avec lui ?

- Nina...

- C'est lui qui a encore ma garde légalement. C'est lui qui décide, dit-elle en se mordant la lèvre inférieure pour retenir ses larmes.

- Ecoute...

- Je veux pas y penser pour l'instant. Je veux pas... Je veux pas... La jeune fille craqua et se recroquevilla un peu plus dans l'étreinte de Pierre.

- On va réfléchir à une solution, je te le promets, dit-il en frottant frénétiquement sa main contre son dos pour la consoler. Mais elle se raidit instantanément et chercha à s'éloigner de lui. Toutes les raisons pour lesquelles elle n'avait rien à faire ici lui revinrent à l'esprit. Elle vit de l'incompréhension dans le regard du pilote et se sentit obligée d'expliquer son geste.

- Je n'aurais pas dû venir... Elle se leva cherchant à remettre ses baskets qu'elle avait laissées trainer sur le sol.

- Ninouche, attends ! J'ai dit quelque chose de mal ?

- On va réfléchir ? Tu me le promets ? Il hocha la tête pour confirmer ce qu'il venait de dire. Je ne peux pas t'embarquer là dedans... Je... Aria et moi on va réfléchir. Mais tu ne dois pas te sentir obligé de me promettre quelque chose.

- Je sais que ça a été compliqué depuis que ta soeur et moi avons décidé de nous séparer. Je sais que je n'ai pas pu être présent pour réaliser tous les projets qu'on avait... Lui aussi avait les larmes aux yeux et elle comprenait seulement tout ce qu'il avait perdu. Il avait du renoncer à deux personnes qu'il avait terriblement aimées mais de deux manières totalement différentes. Mais laisse-moi t'aider, Nina. S'il y a quoique ce soit que je peux faire... Ça compte vraiment pour moi. Tu comptes pour moi. Il fixa son regard dans le sien et elle ne pût y lire que la vérité. Et tu le sais n'est-ce pas ? l'interrogea-t-il. Sinon tu ne serais pas venue ? Il marquait un point.

- Pierre, tu sais... Tu es... Tu es un peu... Elle souffla. Enfin, je sais très bien que je n'aurais pas dû t'attribuer ce rôle. Aria ne le voulait pas. Mais tu es un peu la figure paternelle que je n'ai jamais eue. Tu es ce qui se rapproche le plus d'un père pour moi. Et t'es aussi le tonton cool, un meilleur ami, un grand frère. Ça a été super dur de te dire au revoir tu sais.

- J'en suis désolé Nina. Et j'avais pas besoin d'avoir un rôle défini pour être dans ta vie. J'aimais bien être tout ça à la fois. Et je veux pouvoir le rester. Elle baissa la tête. L'adolescente était incapable de savoir comment agir ou de savoir ce qu'elle devait faire. Elle était tout simplement perdue.

- Je... Quand j'ai lu la lettre, j'ai eu peur qu'on m'enlève Aria. Aller le voir en prison, c'est une chose. Mais vivre avec lui alors qu'il ne me connaît pas vraiment... Il ne sait pas que je suis allergique aux aubergines. Il ne sait pas comment j'aime prendre mon petit-déjeuner. Il ne sait pas que j'ai une brassière porte-bonheur pour mes combats de boxe. Il ne sait pas que le bleu est ma couleur préférée. Il... Il y a tellement de choses qu'il ne sait pas, expliqua-t-elle d'un air triste. Et même si j'avais envie de lui apprendre pendant un temps, je... Elle réfléchit à la manière d'exprimer ses pensées. Je ne sais pas si j'ai encore envie de faire confiance à quelqu'un. Je veux dire... Il n'est pas encore présent dans ma vie, et je ne veux pas être déçue. Alors, au début, je suis partie parce que je voulais être seule pour réfléchir à ce que je voulais vraiment. Je suis un peu perdue. C'est encore un nouveau changement dans ma vie. Aria dit qu'on doit toujours s'adapter à tout mais... Je commençais seulement à m'habituer à ton départ. Elle vit à son expression qu'il s'en voulait d'être l'une des causes de sa peine. Et puis, je me suis dit que je souhaitais juste que ce soit simple. Vivre avec ceux qui me connaissent, qui ont appris à me connaître pendant que je grandissais sous leurs yeux. Il y a Aria. Et il y a toi aussi. J'ai pas réfléchi. J'ai utilisé la carte de secours pour me payer un billet de train. Je voulais me sentir en sécurité comme quand vous me preniez dans vos bras tous les deux. Je voulais retrouver ça. Il l'attira à lui une nouvelle fois pour la serrer contre son torse et en profita pour déposer un tendre baiser sur son front.

- Je suis désolé qu'on ait laissé nos problème d'adultes t'atteindre à ce point. Mais on va faire les choses bien. Notre priorité, ça reste que tu sois heureuse. Et on veut te protéger, expliqua-t-il finalement.

- Tu sais, reprit-elle après un long silence. Elle me manque...

- Aria ? demanda finalement Pierre pour être sûr de bien comprendre.

- Notre équipe, souffla-t-elle. »

...

C'est le retour de ce duo. Je voulais vraiment exploiter un peu plus leur relation... J'espère que ça vous plait toujours :)

L'annonce de la partie II en fin de journée !

LE SOLEIL & LA LUNE - PIERRE GASLYOù les histoires vivent. Découvrez maintenant