Demande d'enquête

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Lundi 07 mars

Rhadamanthe classait ses papiers en attendant l'heure de son rendez-vous. Habituellement, il ne faisait pas ce genre de chose. Cette convocation qu'il avait envoyée. Non, d'habitude, il ne réglait pas ses affaires personnelles pendant ses heures de bureau, ni pendant celles des autres d'ailleurs. Mais là, il faisait une exception. Encore. Il sursauta à peine lorsque son secrétaire sonna pour lui annoncer l'arrivée de son prochain rendez-vous et quelques minutes plus tard, Valentine faisait entrer un homme dans le bureau de son supérieur avant de s'éclipser. Les deux hommes se fixèrent un moment avant que Rhadamanthe ne l'invite à s'asseoir.

- Je pensais que cette affaire était réglée, monsieur le Juge, lui dit Dohko en s'installant. Il vous suffit d'être plus discret pendant vos... entrainements.

Plus discret pendant ses... Ça, il pouvait dire qu'ils avaient manqué de discrétion ! Mais Rhadamanthe ne s'était pas imaginé que le bruit de leurs luttes préliminaires, à Arlès et à lui, s'étaient entendues jusque chez son voisin et que celui-ci, inquiet pour le juge d'habitude si discret, n'appelle la police, pensant qu'il se faisait agresser. Ça aurait pu s'arrêter là si Rhadamanthe avait entendu les policiers frapper à sa porte mais non, il était trop occupé pour ça. Du coup, les deux agents, en entendant le raffut, étaient entrés dans sa maison pour découvrir les deux amants dans la phase de leurs ébats de déshabillage. Les deux hommes avaient dévisagé les deux intrus d'un regard dur, mécontents d'avoir été dérangés.

- La prochaine fois, répondez lorsqu'on sonne, avait alors répliqué Shina, ça nous évitera de faire irruption dans votre intimité !

Mais l'autre agent, Dohko, n'avait pas prononcé un mot, visiblement surpris, il s'était contenté de dévisager Arlès, comme s'il avait vu un fantôme. La situation était des plus cocasses et au départ Rhadamanthe avait simplement pensé que le policier était surpris de découvrir un troisième frère dont les deux bleutés ne lui auraient pas parlé. Il faisait certainement le même raisonnement que lui sauf que Dohko connaissait les jumeaux et qu'il aurait certainement parlé à Saga à défaut de voir Kanon. Restait à savoir ce que ces deux-là lui avait dit.

- Ce n'est pas la raison de votre présence ici, agent Libra.

Le juge connaissait le dossier de Dohko. Il savait que le policier ne partagerait pas facilement ses informations. Il espérait qu'en lui montrant ce qu'il avait appris, Dohko deviendrait plus suspicieux à l'égard de ses deux amis aux cheveux bleus, Rhadamanthe soupçonnait l'un d'eux d'être un imposteur. Non, en fait, il en avait acquis la certitude. Il y avait beaucoup réfléchi et il ne voyait que cette solution-là. Mais le juge avait parlé avec prudence pendant que le policier parcourait les différents documents qu'il venait de lui donner, à aucun moment il n'avait parlé d'imposture. Seulement, Dohko n'était pas idiot et ça Rhadamanthe le savait, il se ferait lui-même sa propre opinion. Pour l'instant le policier regardait une photo en particulier qui lui faisait penser que celui qui avait rassemblé ces documents n'avait pas le droit d'y avoir accès. Donc, en toute logique, le policier pouvait douter de la valeur de ceux-ci. Seulement le juge Wyverne, qu'il savait, enfin qu'il pensait savoir intègre y accordait son crédit. Il pouvait donc penser que cette personne était digne de confiance. Mais quand même, il referait bien sa propre enquête, même si Saga et Kanon étaient ses amis. Si seulement, il n'y avait pas eu cet homme, Arlès, semblable et différent aux jumeaux et ce qu'il avait appris au Tibet. Déroutant. En voyant l'amant du juge, Dohko était resté sidéré, croyant voir...

Il n'avait pas encore eu l'occasion de parler à Mô depuis son retour voilà deux jours. Il avait repris son service aussitôt et avait été envoyé le soir même chez le juge pour « bruits inquiétants » où il était tombé sur... Bref, ces documents l'agaçaient. Il préférait une bonne vieille enquête sur le terrain, parler avec les gens pouvaient s'avérer tout aussi instructif que de rassembler des documents.

- Avez-vous parlé à Mô ? demanda subitement Dohko. (Le juge sentit soudain ses poils s'hérisser en entendant ce nom). Elle a connu les jumeaux, il y a longtemps.

Ah, visiblement Dohko ne savait que la jeune fille n'avait toujours pas retrouvé la mémoire. Non, il le savait parfaitement, il était en train de tester le juge. Certainement pour savoir s'il s'entendait bien avec la jeune bouddhiste.

- Vous avez pris un long congé, dernièrement.

- J'en avais en retard. Il était temps que je les prenne. Et puis, ce que j'en fais, c'est personnel. c'est le principe du "congé".

- Ne jouez pas au plus fin avec moi, Dohko. Vous avez pris ces jours de congés après avoir parlé à Mô au poste de police.

- J'avais vraiment besoin de vacances.

- Au Tibet ?!

- Très beau pays !

Les deux hommes n'avaient cessé de se fixer. Le comportement de Dohko commençait à taper sur le système nerveux du juge. Il était comme Mô, avec la même moquerie dans le regard, c'était une spécificité asiatique ou quoi ! En tout cas, ça avait le don d'agacer Rhadamanthe.

- Vos amis ont des choses à cacher. Ne vous attirez pas des problèmes en voulant les protéger.

- Vous faites allusion à ça ? continua Dohko en pointant un instant le dossier qu'il avait déjà reposé sur le bureau. Vu la présentation des documents, ce n'est pas une enquête officielle. Je n'ai donc aucune raison de croire en leurs authenticités.

Toc, prends ça dans les dents, c'est gratuit. Mais le juge ne désarma pas et après une seconde de désappointement, il se reprit.

- C'est pourtant un homme de confiance qui s'en est chargé. Mais si vous préférez, faites-là vous-même, cette enquête.

Dohko regarda le juge s'accouder à son bureau pour poser son menton sur ses mains jointes. Voilà donc où il voulait en venir. A ce que le policier, en proie au doute, fasse sa propre enquête sur ses amis et dans leurs dos, de préférence. Une enquête non officielle mais faite par un policier. Donc il avait raison, celui qui avait réunis ces documents n'était pas de la maison. Il continua de fixer le juge. Celui-ci s'était maintenant enfoncé dans son fauteuil, satisfait, il était arrivé là où il voulait. Il connaissait la réputation de Dohko et en le voyant débarquer chez lui, il savait qu'il ne pouvait pas mieux tomber. Finalement, c'était une bonne idée d'avoir fait autant de bruit, même si ce n'était pas volontaire.

Dans son rapport, Dohko, comme Shina, avait juste mentionné un entraînement au combat un peu trop virulent. Après tout, ils ne les avaient pas surpris dans une position compromettante et une chemise déchirée n'était rien d'autre qu'une chemise déchirée, même après la diffusion d'une certaine photo dans un magazine à scandale.

- Je n'ai plus de jours de congés à prendre, c'est bête, se contenta de répondre Dohko en laissant malgré tout entendre ce qu'il avait fait ces derniers jours.

- Qu'à cela ne tienne, lui répondit le juge en regardant le policier se lever. Vous serez en congé spécial.

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