Le fleuve

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Les trois garçons se retournèrent en même temps en entendant la voix familière et forte d'Aldébaran. Ils avaient eu la curiosité de descendre dans cette longue vallée pour voir d'un peu plus près ces étranges pierres. Et en fait, c'était des statues entassées posées là par milliers. L'homme s'était sans doute coincé le pied entre deux et il n'était toujours pas parvenu à s'en libérer. Ils pouvaient le voir plus loin.

- Qu'est-ce que vous faites en bas ? leur demanda Dohko, lui-aussi sur la berge, aux côtés du géant.

Le policier avait retrouvé Aldébaran et ensemble, ils étaient partis à la rechercher des enfants, en priorité.

- On regarde les statues.

Dès qu'il aperçut le géant, Myu se précipita vers lui d'un vol fluide pour lui montrer ses ailes.

- Et bien, tu es un vrai papillon maintenant !

L'enfant adressa un grand sourire à son ami pendant que Dohko avait entamé la descente pour rejoindre les deux autres garçons. Et il était vrai que, plus il s'approchait des statues... sauf que, il n'était pas aussi sûr qu'eux qu'il s'agisse bien de statues. Non, le policier avait plutôt l'impression d'un immense charnier. Il devait sortir les enfants de là.

- Bougez pas ! Je descends vous chercher !

Les deux garçons le regardèrent continuer sa descente. Mais Poséidon s'en désintéressa rapidement pour porter son regard au loin, sur l'une des extrémités de l'immense vallée. Dohko le regarda un instant avant de scruter à son tour l'horizon. L'enfant voyait-il quelque chose invisible à ses yeux ? Rien de bon, Dohko le sentait. Alors il accéléra, prenant le risque de déraper et de dévaler la pente. Le sol se mit à vibrer et les craintes du policier se concrétisèrent : cette vallée était en fait le lit d'une vaste rivière et là, le cours d'eau allait reprendre sa place. Dohko voyait déjà les deux enfants se faire emporter par les flots tumultueux.

Les garçons baissèrent la tête en même temps. Leurs pieds baignaient déjà dans deux à trois centimètres d'eau mais les corps amoncelés cachaient sa présence aux yeux de tous. Poséidon se baissa. Il voulait toucher l'eau pour la consoler, parce que le petit bleuté trouvait qu'elle était triste. Mais son regard se figea sur cette main : elle venait de bouger.

- Venez là !

Les enfants regardèrent de nouveau l'homme. Il n'avait pas fini sa descente. Dohko dérapait régulièrement, le sort des garçons accaparait trop son attention pour qu'il soit vigilant à sa propre sécurité. Il le savait, vingt ou trente centimètres d'eau vive pouvait suffire pour entrainer un homme. Alors un enfant...

Et elle arriva, l'eau écumante déferlait sur les deux garçons qui lui faisait face. Poséidon ne voyait qu'elle. La hauteur de son mur liquide atteignait à peine cinquante centimètres. L'enfant n'en avait pas peur. Il le savait, l'eau ne lui ferait jamais de mal mais il était triste pour elle. Il connaissait chacune de ces chansons mais pas celle-là. Elle devrait gronder sa joie de galoper, contente de reprendre sa place et de pouvoir s'étaler de nouveau. Mais là, l'eau se lamentait comme si elle n'était constituée que de larmes d'un profond désespoir. Et il ne parvenait pas à la consoler. L'eau ne voulait pas jouer avec lui.

Hadès regardait son camarade sans bouger. L'eau à ses pieds semblait donner vie à toutes ces statues, il les sentait vibrer. Au-dessus de lui, il entendait le doux battement d'ailes de Myu. Il ne s'était pas trompé à son sujet, c'était bien un papillon. L'eau monta d'un seul coup d'une dizaine de centimètres. Mais Hadès regardait toujours les statues. Effectivement, elles bougeaient. Poséidon restait la tête levée. Plus loin, il voyait l'eau arriver. Mais elle ne grondait pas, elle se lamentait et elle comptait bien ajouter aux siennes les lamentations des deux enfants. Seulement, il en était hors de question !

Etablissements Scolaires Sanctuary (Saint Seiya)Des histoires addictives. Découvrez maintenant