Morts

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Comme sur la Lune, Aphrodite s'était retrouvée séparée de ses amis. Mais là, le décor était vraiment sinistre. Si c'était la Lune, alors c'était sa face cachée, ou plutôt son côté obscure, peut-être dû à sa couleur sanguine au moment de sa présence dans la verrière sphérique. Une éclipse lunaire, avait dit Rune. Mais dans la verrière, elle avait eu un effet plutôt... La jeune fille en avait la chair de poule.

Et puis, il y avait ces ombres qui erraient un peu partout. Intriguée, elle avait pensé qu'il s'agissait des habitants de ce sinistre endroit. Mais elle avait été très effrayée en s'approchant de l'un d'eux pour lui parler. Son visage... son corps... on aurait dit qu'il avait été entièrement brûlé. Elle avait reculé de quelques pas pour s'éloigner au plus vite de ces choses. Si la surprise l'avait empêchée de hurler, c'était maintenant la peur qui la rendait muette. Son cœur filait à toute allure dans sa poitrine et elle peinait à contrôler sa respiration. Elle aurait voulu fuir, mais son regard ne pouvait pas se détacher de cette créature qui maintenant s'avançait vers elle. D'une main presque tremblante, elle se saisit de l'une de ses boutures de rosiers qu'elle prenait maintenant soin d'avoir toujours avec elle, comme le faisait Rune avec son fouet. Mais elle hésitait à en lancer une. Et si la branche de rosier ne se plantait pas. Et si son sang n'avait plus le même effet ? Ou bien simplement n'avait pas d'effet sur ces êtres ! Elle aurait préféré tomber sur une guêpe, elle avait encore suffisamment de rancœur pour ne pas hésiter ! Mais ce visage... cet... homme qui s'approchait lentement d'une démarche mal assurée...

Aphrodite tendit le bras vers l'arrière, s'apprêtant à lancer sa bouture. Mais son regard restait fixé sur l'expression de ce faciès sans visage. Si elle devait la définir, elle dirait...

- Ne lance pas ta rose ! Ne vois-tu pas qu'il souffre suffisamment.

Elle se tourna brusquement au son de cette voix. Elle resta un instant subjuguée par ce visage d'une grande beauté mais aussi d'une grande dureté. Elle l'avait déjà vu, elle en était sûre. Mais où ? Elle devrait s'en souvenir pourtant, un visage aussi beau et cette chevelure...

- Elles ne te feront aucun mal. Ce ne sont que des âmes damnées errantes.

Son regard glissa des âmes à la main de la jeune fille. Elle, elle ne l'avait pas quitté des yeux. Les traits de son visage étaient fins et réguliers. Chaque ligne s'accordait avec grâce pour former un tout harmonieux. Et sa longue chevelure azurée, aussi claire que la sienne, semblait soyeuse et disciplinée, pas comme celle de la jeune fille. Mais il avait un teint si pale.

- Une bouture, continua-t-il. C'est moins efficace.

- Moins efficace, reprit Aphrodite plus saisie par les mots que par le ton un peu rude de l'homme près d'elle.

La guêpe mâle... sur la Lune ! Le rosier s'était montré particulièrement efficace pour le tuer. Mais ce rosier aussi était mort lorsqu'elle l'avait vu. C'était après, alors qu'elle s'en était approchée, qu'elle s'était égratignée la jambe dessus qu'elle avait vu le rosier bourgeonner.

- C'était vous ! réalisa d'un seul coup Aphrodite. Avec le poisson d'or dans la main !

Dans son rêve lorsqu'elle avait été malade après l'agression de DeathMask par Melle Lorane.

- Et te souviens-tu où j'étais ?

Où... il était. Aphrodite détourna son regard un instant pour se plonger dans ses souvenirs. Elle se rappelait sa longue chevelure bleutée et le poisson brillant dans sa main qui contrastait avec...

- Tu te souviens, lui chuchota l'homme presqu'à l'oreille alors qu'Aphrodite réalisait de quoi il parlait. Tu as toujours aimé les roses. Elles font parties de ta vie beaucoup plus que tu ne le crois. Elles sont tes plus précieuses alliées. Mais elles sont aussi notre malédiction parce que pour pouvoir résister à ces roses, notre sang doit être empoisonné. Et le tien l'est aussi, n'est-ce pas.

Bien sûr qu'il était empoisonné, son sang. Il n'y avait qu'à voir la réaction de ce pourceau sur le ring et de la guêpe. Et depuis, elle avait évité de toucher qui que ce soit jusqu'à ce que DeathMask... Elle sentit ses joues chauffer au souvenir de ce baiser torride qu'ils avaient échangé. Le premier...

Elle secoua d'un seul coup la tête. Ce n'était pas le moment de penser à ça ! Elle était sur une sorte de côté obscure de la Lune et ces gens...

- Je te l'ai déjà dit, ce sont des âmes...

- Des âmes... Vous voulez dire que...

Aphrodite sentait sa voix trembler. Et pas seulement. Elle se sentait perdue et elle avait envie de tout abandonner. Elle craignait la réponse qu'allait lui faire cet homme. Parce que si ces silhouettes étaient des âmes, pour elle, cela ne voulait dire qu'une seule chose... Et là, les paroles du gardien lui revinrent en mémoire et plus particulièrement le dernier mot : "mourez".

- Oui, tu es ici dans le royaume des morts.

Aphrodite ferma les yeux en baissant la tête. Une main devant sa bouche, elle essayait de retenir ses larmes, de ne pas flancher.

"Alors... mourez" leur avait dit le gardien en les laissant passer. Et ils avaient foncé, têtes baissées, comme à chaque fois. Elle releva la tête pour poser son regard bleu sur celui tout aussi intense de cet étrange double.

- On est venu récupérer les enfants et nos amis.

Ils se dévisagèrent un long moment. L'homme finit par esquisser un léger sourire. Ainsi donc, elle n'abandonnerait pas aussi facilement.

- Viens, je vais te montrer quelques trucs.

Il s'était déjà éloigné de quelques pas lorsqu'Aphrodite le rappela. Elle ne savait pas qui il était, ni...

- Albafica. Toi et moi avons la même protection.

-¤-¤-¤-¤-

Kanon s'était résigné à laisser Mô. Il aurait préféré resté auprès d'elle, même s'il ne pouvait rien faire pour l'aider. Il s'était réveillé par très loin de la jeune fille et il l'avait retrouvée en souffrance. Toutes ces ombres qui erraient autour semblaient perdue, désorientées et ressentaient une profonde douleur selon la jeune fille. Cette dernière le percevait. Elle s'était blottie un instant dans les bras du bleuté pendant qu'il lui parlait tout en douceur de l'origine des migraines de Saga, tenant ainsi la promesse qu'il lui avait faite. Et puis, elle l'avait gentiment repoussé en lui demandant de chercher les enfants. C'était la priorité. Il l'avait alors embrassée sur le front avant de s'éloigner, non sans se retourner plusieurs fois, juste au cas où elle aurait changé d'avis. Mais il n'en fut rien. La jeune fille s'était installée pour une méditation. Il espérait vraiment que tout irait bien pour elle.

A quelques pas, il avait rencontré un fantôme. Kanon le reconnut aussitôt à sa longue chevelure verte et ses deux points sur son front. "Comme moi" disait une petite Mô en parlant de lui. "C'est le môssieur au mouton à cornes". A l'époque, il avait cru à un rêve. Ils se fixèrent un moment avant que l'autre n'adresse un sourire en lui certifiant que la jeune fille ne risquait rien. Mais Kanon n'avait pas oublié de préciser que s'il arrivait quelque chose à Mô, fantôme ou pas, le bleuté se chargerait de le lui faire payer.

- Et tu trouverais ce moyen, lui avait souri le fantôme. Je le sais.

"C'est ça, fous-toi d'ma gueule. J'peux pas te foutre mon poing dans la face" avait maugréé le bleuté en s'éloignant. Le fantôme l'avait regardé un long moment avant de se tourner vers la jeune fille.

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