Petite Mô

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En voyant Mô sourire à Shaka et à Perséphone lors de son réveil, Athéna comme Ayoros et Saga avait cru que tout allait mieux pour elle. Mais c'était loin d'être le cas. Mais ce n'était pas comme à l'hôpital où la jeune bouddhiste ne supportait pas la présence des gens près d'elle. Non, c'était différent. À ce moment-là, elle ressentait les sensations des personnes qui l'environnaient. Mais là, elle restait immobile sur le lit de l'infirmerie et elle ne parlait plus à personne. Depuis son réveil, tout à l'heure, elle avait décroché peu à peu de sa conversation avec Shaka et le blond n'était pas parvenu à la garder concentrée. Il l'avait vu sombrer peu à peu. Le regard vert de la jeune bouddhiste avait d'abord eu de brèves absences mais celles-ci étaient très vite devenues de plus fréquentes et de plus en plus longues jusqu'à ce que Mô décroche totalement de la réalité. Et personne n'était parvenu à la sortir de son silence.

Kanon s'était précipité dès qu'il avait reçu le message de son double. Il ne voyait pas ce qu'il pourrait faire mais son frère lui avait demandé de venir sans tarder. Et comme il s'agissait de Mô, le cadet des jumeaux n'avait pas hésité une seconde. Mais du coup, lui aussi regardait celle qu'il aimait rester prostrée dans le silence et l'immobilisme. Alors il reposa la question à son frère, que pouvait-il faire ?

- Vas lui parler.

Lui parler ? Saga se souvenait-il de ce qui s'était passé la dernière fois que Kanon s'était approcher de Mô, parce lui s'en rappelait très bien, un peu trop même ! Mais son ainé était sûr de lui, Kanon devait aller chercher sa petite Mô.

Le deuxième bleuté s'était donc exécuté et il s'était installé en douceur près de la jeune fille. Il la regardait, en silence. Son cœur s'affolait dans sa poitrine. Que devait-il dire ? La dernière fois qu'ils s'étaient vus, Mô avait eu peur de lui lorsqu'il avait voulu prendre sa main. Et là, son frère lui demandait de la sortir de son mutisme ! Kanon le trouvait très optimiste. Bon, il était vrai que cette fois, elle semblait tolérer sa présence à ses côtés. Mais que pouvait-il dire ? Lui parler de ces derniers mois, des moments qu'ils avaient passer ensemble.

Il hésita encore un instant puis, il se pencha doucement vers la jeune fille. Il approcha sa main de sa longue chevelure mauve pour dégager délicatement son visage.

- Salut, Mô, c'est moi.

Un silence pour réponse.

Kanon avala difficilement sa salive. La jeune fille n'avait pas bougé, elle n'avait eu aucune réaction. Il tourna la tête vers la porte de l'infirmerie, vers son frère et Ayoros qui visiblement attendaient un miracle de la part du cadet. Et d'ici peu, il y aurait aussi le reste du groupe, les amis de Mô seraient là et eux aussi attendraient que la jeune fille leur parle, comme si tout était revenu à la normal. Mais c'était loin d'être le cas et Kanon ne savait pas trop quoi faire.

Il se tourna de nouveau vers la jeune fille. Assise sur le lit, elle avait ramené vers elle ses jambes qu'elle tenait serrées contre sa poitrine à l'aide de ses mains. Comme lorsque que le bleuté était revenu vers son frère avec une petite fille dans les bras. Comme aujourd'hui, elle était restée un moment sans prononcer un seul mot. Saga avait sévèrement grondé son cadet pour avoir arraché la fillette de sa famille mais Kanon s'était obstiné : Mô n'était pas en sécurité dans son village.

- Parce que tu crois qu'elle sera plus en sécurité avec nous, lui avait alors lancé son aîné.

- Elle sera avec nous.

Comme si cela suffisait comme garantis ! Mais c'était la logique du deuxième bleuté et il n'y avait pas à revenir dessus. Et puis, de toute façon, il ne voulait pas la ramener, sa conscience l'en empêchait et même si leur vie de bohême n'était pas ce qu'il y avait de mieux pour une enfant.

- Hey, petite fille, que se passe-t-il ?

Tout en prononçant ces quelques mots, Kanon dégagea une nouvelle mèche de cheveux. Sa voix s'était perdue dans un passé lointain, à l'époque où sa petite protégée restait muette. C'était de cette façon qu'il avait établi un premier contact avec l'enfant. Elle avait relevé la tête pour plonger ses yeux jades dans le regard océan du bleuté. Il lui avait souri et elle avait fini par en faire de même. Le cadet des jumeaux pouvait avoir un sourire plus que désarmant.

Et aujourd'hui, Kanon espérait sans doute qu'il en serait de même. C'était un peu idiot comme raisonnement, il en avait conscience mais il avait vraiment l'impression de se retrouver à cette époque et il se disait que peut-être...

Mais la jeune fille resta toute aussi muette. Elle baissa la tête pour cacher son visage, pour s'isoler davantage. Cette voix, elle l'avait déjà entendue quelque part. Mais où ? Sans que personne ne puisse la voir, elle fronça les sourcils. Elle cherchait parmi la multitude de souvenirs mais ils restaient envahissant.

« Note tout ce qui te reviens en mémoire. Même si ça ne te semble pas important. »

Ces mots-là, ce n'était pas la première fois qu'ils lui revenait en mémoire et étrangement, elle y associait facilement un visage. Un Chinois, elle était sûre qu'il devait être chinois et un peu moqueur aussi. Mais pas avec ces mots-là. Là, il était sérieux. Alors si elle pouvait aussi facilement associer ces mots avec la personne qui les avait prononcés, pourquoi ne pouvait-elle pas en faire de même avec cette voix-là ? Mais pas seulement, les mots étaient les mêmes tout comme l'intonation. Elle se concentra davantage. Elle devait retrouver à qui appartenait cette voix. Mais à chaque fois qu'elle avait l'impression de se souvenir de ce moment-là, elle avait peur comme si elle ne devait pas se rappeler, parce que sinon...

- Tu n'as plus rien à crainte, continua Kanon en tentant de dégager le visage de Mô en poussant ses cheveux. Je serai toujours là.

Et il le ferait. Maintenant, il ne partirait plus. Il resterait toujours près d'elle, même si c'était simplement en ami ou en grand frère, c'était à son choix. Mais il ne voulait pas qu'elle s'inquiète de quoi que soit. Il serait toujours là pour la protéger.

- J'ai l'habitude, tu sais.

Kanon se figeait une seconde avant de se tourner vers son frère. Saga haussa simplement les sourcils, comme pour dire : « alors tu attends quoi ? ». Le deuxième bleuté se tourna de nouveau vers Mô. Alors elle était à cette époque où il l'avait emmenée loin de son village natale. Maintenant, il comprenait mieux pourquoi son aîné lui avait dit d'aller chercher sa petite Mô, c'était comme ça que le cadet appelait la fillette tout le temps où elle avait été avec eux. Et elle l'avait collé, le deuxième jumeaux. Même la nuit alors que les deux frères la faisait dormir entre eux deux, elle se retrouvait toujours dans les bras du cadet. Et elle ne se trompait jamais. Une fois, après qu'elle se soit endormie, les deux bleutés avaient fait l'échange de couchage et la fillette s'était quand même retrouvée entre les bras de Kanon

- Ce n'est pas une raison, continua le cadet en réponse à la réplique de la jeune fille. Maltraité un enfant devrait être interdit. Partout.

Les mêmes mots. La même tonalité. Les mêmes gestes, celui d'une main qui lui caresse affectueusement les cheveux. Alors Mô se blottit sans hésiter dans ses bras protecteurs.

Kanon fut d'abord surpris puis, il la serra contre lui. Quoi qu'elle se souvienne, il accepterait. Si elle préférait Shaka, pas de problème, du moment qu'il pouvait la voir sourire. Mais en attendant, c'était dans les bras du bleuté qu'elle s'était réfugiée. C'était à lui qu'elle parlait, à lui qu'elle disait sa peur étrange qu'il ne lui arrive quelque chose. Il la rassura, il savait se défendre et il n'avait pas peur de se battre, quelque soit l'adversaire, il la protègerait. Elle n'avait plus à avoir peur.

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