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Austin marcha jusqu'au lycée, et fit son possible pour éviter de croiser le groupe de gens qu'il côtoyait. Il préférait écouter sa musique, plutôt que de parler. Surtout, parler pour ne rien dire. S'il était tombé sur David, Pierre-Louis, Amanda, ça ne l'aurait pas dérangé. Avec eux, il ne parlait jamais pour ne rien dire, à son sens. Et si cela arrivait, il n'en avait pas l'impression. Il avait évité le regard de cette fille. Celle qui berçait son cœur depuis plusieurs mois. A chaque fois qu'il passait devant elle, chaque neurone de son cerveau semblait s'agiter dans tous les sens. Elle était brune, aux yeux gris. Fine, sans trop de formes. Tout ça n'avait pas d'importance. A vrai dire, il n'arrivait pas à décoller ses yeux de son visage. Il s'en voulait. Lorsqu'il avait l'occasion de lui parler, et qu'il ne le faisait pas.

Il se mordit les lèvres et rejoignit sa salle de classe. David se planta devant lui :

— Salut, mon seigneur.

Ils s'échangèrent une poignée de main.

— Bon week-end ?

— Pas mal, marmonna Austin.

— Tu sais pas quoi ? reprit David en jubilant, Titi et Amélie se sont vus samedi !

— Ah ouais ?

— Ils sont allés boire un verre ensemble, je les ai accompagnés.

Austin afficha une mine étonnée :

— Tu les as quoi ?

— Oui, bon. C'est Amélie qui m'a demandé. Elle ne se sentait pas en confiance. Et Titi n'était pas contre.

La professeure de philosophie débarqua avec des talons aussi haut que son égo. Elle ouvrit la porte de la salle de cours d'une traite, avec son gros trousseau de clés. Les gens de la classe la suivirent tel un troupeau.

— Ça a marché ! poursuivit David, Amélie est à fond sur lui !

— Tant mieux alors...

— Je suis pas trop un héros de la nation ?

— Attends de voir la suite pour le savoir.

Le sourire de David s'effaça progressivement. Il soupira :

— Faut vraiment que je t'en trouve une à toi aussi, mon petit !

Austin éclata de rire :

— Alors ça ! C'est toi qui le dis, pas moi !

— Mmmmh, se moqua David en regardant fixement son ami, laisse-moi faire, je vais trouver.

Cinq minutes plus tard, un silence de mort régnait dans la salle de classe. Chaque élève avait devant lui sa copie du bac blanc, pour certains couverte de ratures au stylo rouge. Depuis son bureau, la professeure croisa les bras et fronça les sourcils

— Vous m'avez raconté un tas de bêtises dans vos copies, les cocos ! Il y avait un paradoxe dans le sujet, et personne – je dis bien personne – n'a cherché à le travailler ! Nous sommes à trois mois du bac, il faudrait vous bouger un petit peu... Les notes ne sont pas non plus catastrophiques, elles vont de 6 à 13. Les deux tiers de la classe n'ont pas la moyenne. C'est bizarre, vous me donnez votre propre interprétation du cours... Ce n'est pas ce que j'attends ! Et je n'attends pas le cours non plus ! Je veux que vous réfléchissiez au sujet !

Un huit pour Austin. Mais ça ne le froissait pas plus que ça, puisqu'il avait pris l'habitude. Il était plutôt satisfait de ne pas avoir régressé. A la pause de 10 heures, il sortit dans le couloir, accompagné de David, pour retrouver les filles. Austin entendait déjà Amélie au loin, ce qui n'arrangeait pas son moral.

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