-Chapitre final-

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Onze heures et demie. La petite amie de Lou avait de la chance. C'est le premier sentiment qui vint à l'esprit du garçon, en observant la belle maison aux volets verts, adoptant dans sa forme un style victorien. Derrière se tenait une rangée de champs, s'étendant à perte de vue. Quelques arbres régnaient en leur milieu, et des essaims d'oiseaux y nichaient. Sur le seuil de la maison, la dénommée Alia, fillette brune aussi petite en taille que Lou, attendait de pied ferme sa visiteuse. Austin arrêta la voiture à la hauteur de l'entrée, et se retourna vers sa passagère, qui n'avait pas décroché un mot du trajet. Lou écarquilla les yeux, en souriant. Elle n'y croyait pas.

Sans attendre une seconde de plus, elle ouvrit la porte et sprinta jusqu'à elle. L'intéressée descendit les marches du seuil en se réjouissant. Arrivées l'une à la hauteur de l'autre, les deux enfants s'immobilisèrent, fouillant chacune dans le regard de l'autre. Enfin, elles s'écroulèrent dans leurs bras. Le soleil caressait timidement leur visage.

Alia la prit par la main et l'emmena à l'intérieur.

— Viens ! Je dois te montrer quelque chose.

— Ta... tes parents ne sont pas là ?

— Non. Ils sont sortis. Viens.

Lou obéit, capable de se laisser guider les yeux fermés par la fille qu'elle aimait.

La porte d'entrée se referma. Toujours assis dans la voiture, Austin reprit son souffle en serrant le volant. A l'intérieur, Alia guida Lou jusqu'au salon. Cette salle carrée illuminée de toutes parts, laissait entrer la lueur du soleil à travers les vitraux. Un piano se tenait contre le mur. En jubilant, Alia s'installa sur le banc de l'instrument et invita Lou à s'asseoir sur une chaise en bois. Elle plaça ses petits doigts sur les touches blanches en tremblant, et murmura :

— Ecoute... Je l'ai apprise en pensant à toi.

La petite fille aux yeux bleus ferma les yeux. Alia laissa calmement ses doigts enfoncer les touches, et brisa le silence. Lou se laissa rapidement transporter par la mélodie calme et répétitive que jouait son amoureuse. Les oiseaux chantaient à tue-tête, dehors, au rythme de la musique. Doucement, la petite fille commença à faire bouger sa tête, de gauche à droite. Un large sourire se dessina malgré elle sur son visage. Depuis si longtemps, elle avait attendu ce moment... Et tout se passait comme elle l'imaginait.

Dehors, la vitre baissée, Austin tendit l'oreille. Il fronça les sourcils, étonné, et quitta la voiture pour se rendre à l'intérieur de la maison. Il tourna doucement la poignée et avança pas à pas sur le vieux plancher, pour ne pas risquer de le faire grincer. Il découvrit avec stupeur Alia jouant sur le piano. Il s'adossa contre le mur et croisa les bras en souriant, silencieux. Comment ne pas reconnaitre « Imagine » de John Lennon ?

Même s'il n'entendait que la mélodie, la voix du défunt musicien résonnait dans son esprit. Voilà peut-être le signe qu'il cherchait. Lui qui était un rêveur... peut-être n'était-il pas le seul.

Lou se leva et s'installa sur le banc du piano, aux côtés d'Alia. En fronçant les sourcils, elle observa le placement de ses doigts et posa un des siens sur une note blanche aiguë, avant de la faire sonner. Constatant qu'elle était juste, la petite fille hocha la tête, satisfaite. Alia l'encourageant avec un petit rire entraînant. Rapidement, en atteignant le refrain, Austin se surprit à chanter entre ses lèvres. Lou pencha doucement sa tête sur l'épaule d'Alia, riant à son tour d'une tendre voix. Transcendés par la mélodie, le visage des deux enfants s'illumina, dans cet instant de bonheur. Le regard comblé, Austin observa l'instrument magnifique, et ses notes descendre puis remonter. Et s'il suffisait d'instants comme ceux-là, pour que les êtres humains puissent vivre en paix ?

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