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Après quelques minutes de marche sous le soleil et sur les pavés frais, l'écurie se présenta devant eux, à l'entrée d'un grand pré plongeant vers le vide. A côté de la gigantesque grange, se tenait une petite maison un peu délabrée, avec une cheminée en pierres scintillantes. La fumée blanche en sortait par bouffées. Un homme à la cinquantaine d'années ouvrit la porte, un cigare entre les dents, chapeau de paille sur la tête, et s'avança vers son petit portail en toisant le garçon et la petite fille. Il se gratta sa tête presque chauve et posa les mains sur ses hanches :

— Je peux vous aider ?

Austin avança d'un pas et bloqua sa respiration, de peur de s'étouffer avec l'odeur de la fumée.

— Apparemment, vous louez des chevaux ?

— Ça dépend à qui... marmonna l'homme.

Il les dévisagea longuement, tirant sur son cigare une bonne dizaine de fois en arborant un regard inquiétant. Le garçon déglutit. Et s'il les avait reconnus, lui aussi ? Lou demeura sourde à son intimidation, et le défia du regard en serrant les dents.

— Mais vous, je ne vous connais pas ! s'esclaffa-t-il. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Moi, c'est Claude. J'ai pour habitude de ne pas prêter aux personnes que je connais, elles ont tendance à me rouler dans la farine...

Il ouvrit le portail et leur fit signe d'entrer d'un geste de la main.

— Parfois, je perds un peu la tête, héhé... A mon âge, ça peut sembler bizarre.

Il évita les grandes flaques d'eau jusqu'à l'entrée de la grange, et retira le lourd loquet, plongeant ses bottes en cuir dans la boue. Il tira la lourde porte en gémissant.

— M'sieurs dames, après vous.

Austin s'engouffra dans l'endroit sombre et respirant un mélange étrange de crottin et de foin. Il entendait les faibles battements d'une des bêtes laisser fouetter sa queue contre un poteau de bois. Un autre mangeait de l'herbe sèche. Des dizaines de mouches tournaient autour de leurs rejets.

En shootant inconsciemment dans une botte de foin, Lou se rua devant l'un d'eux, grand et gris.

— Wow ! Ils sont super beaux !

Austin soupira. Il avait oublié que toutes les filles de cette planète aimaient les chevaux, quel que soit leur âge.

— Celui-là, c'est le mien, déclara Claude. Azure.

Il lui caressa la mâchoire, tandis que son canasson mâchouillait des bouts de foin.

— Tu peux le toucher, si tu veux.

Des étoiles dans les yeux, Lou s'approcha doucement, ouvrit sa petite main et tendit le bras devant elle. Austin resta sur ses gardes, en observant ses doigts passer très près des dents de la bête. Mais finalement, la petite fille colla sa peau contre celle du cheval, et la laissa aller et venir de haut en bas.

— Je ne le loue pas, lâcha finalement Claude avant de s'éloigner.

Dépitée, Lou salua Azure d'un petit signe de main et emboita le pas au fermier. Ce dernier mit les mains dans ses poches et lança des signes de tête en direction des autre chevaux.

— Z'avez le petit, là. Le petit blanc, je l'ai appelé Marcel. On dirait que c'est un poney, mais en fait non. C'est... un petit cheval, quoi.

Puis il claqua des doigts et pointa son index de l'autre côté.

— Oh, là ! Il y a lui, Super Canaille !

Un cheval noir, de taille moyenne, avec une mâchoire carrée comme rarement vu auparavant, observait la petite fille dans le blanc des yeux. Celle-ci interrogea Claude du regard.

— Son nom, c'est quoi ?

— Je viens de te le dire... Super Canaille !

— Non, mais, son vrai nom...

Derrière eux, Austin se retint d'éclater de rire. Vexé, le fermier se racla la gorge et rabaissa son chapeau de paille sur ses yeux.

— Bref... Lui, il est très musclé. Franchement, je vous le conseille.

Le regard de Lou s'arrêta sur l'ombre d'un grand cheval immobile. A contrejour, elle plissa les yeux pour percevoir l'étalon. Austin avança vers lui à petits pas, dévoilant le plus grand des chevaux de la grange, couleur de bronze, arborant une crinière noisette dont les mèches reflétaient les lueurs du soleil. L'animal leur jeta un coup d'œil perçant, en conservant sa pause majestueuse.

— Et lui, comment il s'appelle ?

Claude s'adossa contre un poteau et se gratta la barbe.

— Lui, c'est... Hmmm. Attendez. Je...

Il commença à faire les quatre cents pas puis haussa finalement les épaules, au bout de quelques secondes.

— Je ne m'en rappelle pas...

— Hein ? s'étonna la petite fille. Vous ne vous rappelez pas du nom de votre cheval ?

— Oui, enfin, il y en a plusieurs... C'est compliqué, de tout retenir.

— C'est pas grave, les coupa Austin en caressant l'animal. On va prendre celui-là.

Il se tourna vers Lou.

— Ça te va ?

Elle hocha la tête en adressant un sourire à leur nouveau compagnon.

— Bon alors, s'exclama Claude, lequel vous prenez ?

— On... On vient de vous le dire, bredouilla le garçon.

Le fermier semblait tomber des nues. Il plaça ses mains sur ses hanches et marmonna :

— Ah bon ? Ah, celui-là ! Oui, c'est... Vous allez rire, je ne me souviens plus de son nom !

— C'est pas grave, répéta Austin. Combien je vous dois ?

— Je vous le laisse deux semaines maximum, pour le modeste prix de cent euros.

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