-24-

29 2 0
                                        


Austin referma la porte de la belle voiture derrière lui. Le silence envahit le petit espace. Sur le siège passager, Lou tentait d'apaiser son souffle saccadé. Dans le rétroviseur, le manche de l'instrument dépassait, posé contre la banquette. Le garçon enclencha la marche arrière et enfonça la clé de contact. Avant de démarrer, il se laissa tomber dans son siège et croisa les bras.

Lui et la petite fille ne lâchaient pas du regard le skateur, qui tentait tant bien que mal de faire une nouvelle figure. Et il n'y arrivait pas. Mais il n'arrêtait pas non plus. Tim était comme inépuisable. Le garçon jeta un coup d'œil à son portable, laissé en mode avion. Il n'osa pas imaginer ce qu'il se passerait s'il décidait de laisser défiler toutes les notifications devant ses yeux. Des menaces de ses parents. Ses amis. Le reste de sa famille éloignée, peut-être. Et il y en aurait sûrement certains, qui n'auraient rien envoyé du tout.

Il releva les yeux vers le skate-park. Et si Elsa lui avait envoyé un message ? Et si elle s'inquiétait pour lui ? Ne faisait-il pas fausse route ? Il était toujours temps de faire marche arrière...

— Tu veux aller où ?

La petite voix de Lou le ramena sur terre. Il se racla la gorge et secoua la tête.

— Je ne sais pas encore.

Elle se tut, cachant tant bien que mal son angoisse. Le jeune homme accéléra, quittant rapidement le chemin de terre pour retrouver le béton. Sur la droite, une entrée surmontée d'un panneau « Châtenay-Malabry→ » était indiqué. La petite fille le fixa, tandis que la voiture s'en rapprochait. Sa respiration coupée, elle sentit son cœur résonner dans ses entrailles. Austin clignota à droite. La voiture disparut entre les arbres, dans le virage, pour rejoindre l'autoroute.

Le visage de Lou se décomposa, la tête appuyée contre la vitre. Rarement un silence n'avait été aussi pesant pour elle. Enfin... Il y avait bien une fois, où elle crut que jamais ses lèvres ne se décolleraient à nouveau. Le jour de son arrivée au foyer. Accompagnée par un policier et menée dans le bureau de la directrice. « Une vieille bique », avait-elle pensé lorsque la porte s'était refermée derrière elle. Avec ses murs rose pâle, sa petite tasse de thé et son large sourire hypocrite. Elle l'avait traitée comme un bébé en salle d'éveil. Incapable de comprendre quoi que ce soit, incapable de se débrouiller seule. Du haut de ses neuf ans et déjà étonnée par le sadisme de la directrice, Lou s'était juré de ne pas prononcer un seul mot devant elle. Et dans quelques heures, elle devrait peut-être affronter son regard sévère, une nouvelle fois.

...

Les voitures défilaient à tout allure devant leurs yeux. Arrêtés sur une place en bataille avant, le garçon coupa le contact. Il prit une grande inspiration, et ouvrit son téléphone, désactivant le mode avion. Les vibrations brisèrent le silence, tandis que les notifications défilèrent devant les yeux d'Austin. Il les lut sans attention. Une fois que l'appareil se calma, il déglutit. Pas de message d'Elsa. C'était tout ce dont il était sûr. Sa mère l'avait bombardé d'appels. Sa boite vocale indiquait quinze messages en absence. David lui avait envoyé un message. Il se rendit sur l'application, par curiosité, et manqua de pouffer : « Mec, t'as fait le dm de maths ? Je comprends rien. Appelle-moi ».

Enfin, Pierre-Louis lui demandait s'il comptait revenir en cours demain. Le cœur du garçon s'emballa. La police le cherchait. Il n'avait rien fait de mal. Pas encore. Le week-end se terminait ce soir. Il pourrait rentrer, et retourner en cours dès demain. Rien ne se serait passé. Il aurait juste un zéro en économie, se prendrait une paire de claque de la part de son paternel. Et tout serait à nouveau comme avant.

— J'ai besoin d'aller aux toilettes...

Lou ouvrit la porte et posa pied à terre, tournant le dos au garçon. Celui-ci balbutia :

— Oui, d'accord.

Il replongea le nez sur son écran, devant la question de son ami. Ses pouces tremblaient. Il entendait la petite voix dans sa tête, qui lui disait de le rassurer, qu'il avait juste besoin de prendre l'air un moment. Il jeta soudainement un coup d'œil dans le rétroviseur. La petite fille s'éloignait d'un pas décidé, son sac à dos sur les épaules. Austin fronça les sourcils, sortit du véhicule et se rua vers elle.

— Hé ! Où est-ce que tu vas ?

Elle s'arrêta en soupirant. Puis, elle se retourna en retirant son bonnet, laissant ses cheveux flotter au vent, et haussa les épaules.

— Faire du stop.

Bouche bée, le garçon secoua la tête, cherchant désespérément quoi dire. Elle poursuivit :

— Tu dois aller en cours, demain. Je ne retournerai pas là-bas. Alors, c'est ici qu'on se sépare.

Elle tourna les talons et replaça d'une main tremblante son bonnet sur ses cheveux blonds, les larmes aux yeux. Austin soupira longuement, les mains sur ses hanches. Il s'agita, en se mordant les lèvres.

— Putain de merde... Attends !

La petite fille se retourna à nouveau, plongeant ses yeux rougis dans ceux d'Austin. Il marcha jusqu'à elle, les mains dans les poches, et déclara :

— Ça te plairait... De voir la mer ?

Un léger sourire se dessina sur les petites lèvres de Lou, qui haussa les épaules en balayant l'aire d'autoroute du regard.

— Je peux t'y emmener. Mais pour ça, j'ai besoin que tu m'expliques ce qu'il s'est passé.

Du bout de l'index, il indiqua son cou éraflé et couvert de bleus. Le sourire de la petite fille s'effaça. Elle croisa les bras. Le garçon souffla :

— C'est à prendre ou à laisser.

A contrecœur, elle s'avança vers lui en montrant son agacement.

— Putain, c'est d'accord.

Elle lui passa devant sans s'arrêter. Satisfait, Austin hocha lentement la tête, puis fronça les sourcils en la voyant s'éloigner à nouveau.

— Mais... Tu vas où, maintenant ?

— J'ai vraiment envie de pisser !

Le Journal des VagabondsDes histoires addictives. Découvrez maintenant