Lundi 6 avril, vingt-et-une heures trente. Austin referma doucement la porte de la chambre, jeta un coup d'œil au lit douillet qui l'attendait contre le mur, donnant sur la fenêtre. Il imagina déjà le bonheur de se faire réveiller par les rayons lumineux du soleil et les chutes de poudre blanche. Il redescendit en silence les escaliers de bois et s'installa à nouveau sur le fauteuil à proximité de la cheminée. En face de lui, Andry glissait ses longs doigts sur les cordes de l'instrument, cherchant à comprendre comment une telle chose pouvait créer ces harmonies si différentes les unes des autres.
Il la reposa et croisa les jambes, jetant un coup d'œil au plafond d'un air pensif.
— Elle dort ?
— Oui. Elle aurait attrapé froid, si elle était restée dehors plus longtemps.
— Cette petite n'a pas tort, de vouloir profiter de la vue.
Il marqua une pause, rivant son regard sur les flammes qui dansaient dans la cheminée. Austin joignit ses mains et se pencha vers lui, d'un air un peu amusé. Il se croyait au début d'une histoire, racontée en détail par le vieil homme assis près du feu, tandis que les bûches se craquelaient au fil du récit.
— Bientôt, la neige disparaitra.
Le garçon fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Le bûcheron ouvrit grand les bras, un sourire triste au bout des lèvres :
— Regarde autour de toi. Imagine chaque jour, les milliers de voitures qui roulent, les centaines d'arbres qui disparaissent pour que les jeunes comme toi puissent tracer des triangles sur des copies doubles, les animaux abattus pour vendre des steaks qui seront mangés ou gaspillés !
Austin se raidit devant le ton agressif que prenait le vieil homme. Ce dernier s'arrêta, soudain pris d'une quinte de toux inarrêtable. Il frappa sur sa poitrine et reprit son souffle.
— Peut-être qu'un jour, ils s'en prendront à cette forêt...
Le garçon baissa les yeux, les lèvres collées. Il cherchait désespérément quoi dire, honteux de devoir laisser Andry dans cet état de tristesse qui avait semblé l'envahir subitement.
— Vous ne croyez pas, commença-t-il d'une petite voix, que l'on trouvera des alternatives à tout ça ?
Le vieil homme se releva en gémissant et approcha ses mains tremblantes du feu.
— L'être humain n'a pas encore compris qu'il n'est rien face à la nature. Et lorsqu'elle décidera de reprendre ses droits...
Le visage d'Austin se décomposa. Pour ruiner le moral, ce gars-là s'en sortait comme un chef.
— On est mal barré, c'est ça ?
Andry posa une main réconfortante sur son épaule.
— Je ne sais pas, mon petit.
Il se retourna et empoigna la guitare par le manche, affichant un nouveau sourire :
— Ce que je sais, c'est que t'es doué avec ce machin !
Il se rassit, devenant soudain sérieux.
— Si tu as une idée ce que tu veux faire dans ta vie... Commence maintenant. Malheureusement, nous n'avons plus de temps pour hésiter, ou avoir peur. Chaque instant est précieux, désormais. Tu comprends ?
Austin haussa les épaules, les yeux rivés sur l'instrument.
— Je crois, oui.
Un air malicieux se forma sur le visage ridé du bûcheron.
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Le Journal des Vagabonds
Adventure« Je suis allé dans les bois, parce que je voulais vivre délibérément. Ne faire face qu'aux essentiels de la vie, et voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu'elle avait à enseigner. Pour ne pas découvrir, quand je viendrais à mourir, que je n'avais...
