Au volant de la voiture de sa mère, Pierre-Louis écoutait la radio en filant sur l'autoroute. Il surveillait constamment l'heure indiquée sur le tableau, sentant la pression monter en lui à mesure que les secondes défilaient. Il était vingt heures, et le concert aurait bientôt lieu, place du Trocadéro. Apercevant au loin le Courtepaille, il clignota à droite et s'engagea dans la sortie. Au skate-park, Lou essayait tant bien que mal de tenir en équilibre sur le skate de Tim, mais bascula violemment en arrière, atterrissant sur les fesses. Elle souffla sa colère, et observa d'un œil vexé le skate s'éloigner d'elle. En spectateur de la scène, Tim posa ses mains sur ses hanches et soupira.
— Il y a encore du boulot...
— Je ne comprends pas ! ronchonna-t-elle en se relevant.
Pensant d'abord qu'elle tournerait le dos à la board, Tim fut surpris de voir la petite fille courir pour la rattraper.
Elle est acharnée, pensa le skateur avec un sourire aux lèvres.
Lou sauta sur la planche et poussa d'un pas fébrile pour prendre un peu de vitesse. Un coup de klaxon la fit sursauter. Une nouvelle fois, elle tomba à la renverse. Mais ses yeux se tournèrent vers le sentier rocailleux. Une voiture venait d'arriver. La silhouette du grand sportif blond s'approchait, un sourire aux lèvres.
Le visage de la petite fille s'illumina. Le skate s'éloignait, mais elle s'en fichait. Elle se releva et se mit à courir vers le garçon. Au loin, Clément salua Pierre-Louis d'un signe de la main, tout en mangeant son sandwich.
— Tu l'as vu ? demanda-t-elle, affolée.
Le jeune homme déglutit, et secoua la tête. Se voulant rassurant, il posa une main sur son épaule, constatant que le visage de Lou se décomposait.
— Ce soir, je t'emmène voir un concert.
Recevant cette information comme une piètre consolation, elle haussa les épaules.
— Et après ?
— Après, tout ira mieux. C'est promis.
Il y eut quelques secondes de silence. La petite fille hocha finalement la tête et se retourna vers Clément, cherchant son approbation. Celui-ci haussa les épaules et les rejoignit, plaçant ses mains dans les poches de son vieux jean couvert de trous.
— Ton ami avait raison sur un point, déclara-t-il en regardant Lou. Tu ne peux pas rester ici. Ce serait du gâchis, pour la brillante petite que tu es.
Il marqua une pause, jongla entre le regard de l'intéressée, et celui de Pierre-Louis. Puis, il renifla bruyamment et leur tourna le dos.
— Allez, partez. Il n'y a rien pour vous, ici.
Lou voulut rétorquer quelque chose, mais ses cordes vocales se bloquèrent. Le jeune blond la prit par la manche et secoua la tête.
— Viens.
Ensemble, ils tournèrent le dos au skate-park et s'installèrent dans la voiture.
...
Sortant de son rendez-vous professionnel encore plus stressé qu'à son entrée, Philippe Delorme desserra sa cravate en soufflant, sentant les gouttes de sueur couler le long de son front. Son téléphone sonna. Il en sursauta, puis s'empressa de le sortir de sa poche. En voyant s'afficher le nom de Delphine, il soupira.
— Elle m'appelle quand ça lui chante, maintenant...
Il décrocha et lui jeta d'une voix agressive :
— Quoi ?
— ... Nous avons reçu deux billets pour le concert de la ville, ce soir.
— Tu te fiches de moi ? Je bosse, je te rappelle.
— Deux billets, Philippe. Pas trois.
Dans la rue, au milieu des passants pressés, l'homme d'affaires tendit les bras devant lui et beugla :
— Et alors !
A l'autre bout du fil, sa femme se racla la gorge, hésitante. Elle se jeta finalement à l'eau.
— Austin n'est pas à la maison.
— Pardon ? Qu'est-ce que tu attends pour appeler les flics ?
Elle articula :
— Il a dit, qu'il serait de retour ce soir. Et maintenant, je reçois deux billets dans la boîte aux lettres. Il a passé la semaine chez son professeur de musique ! C'est peut-être lui qui les a envoyés...
— Tu dérives, chérie. Bon, je vais contacter le commissaire.
— Ne fais pas ça !
Le ton soudainement tempétueux de sa femme surprit Philippe au plus haut point. Il balbutia :
— Et pourquoi pas ?
— ... Fais confiance à ton fils, pour une fois dans ta vie.
Il resta silencieux. Autour de lui, des gens souriants attablés autour d'un café l'observaient d'un œil peiné. Ce n'est qu'à cet instant que le père d'Austin réalisa qu'il était le parfait cliché du riche aboyant après sa femme sans aucune réelle raison. Balayant du regard l'environnement autour de lui, il se sentit suffoquer. Une boule s'était formée dans sa gorge. Il bredouilla :
— D'accord. Je rentre.
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Le Journal des Vagabonds
Aventura« Je suis allé dans les bois, parce que je voulais vivre délibérément. Ne faire face qu'aux essentiels de la vie, et voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu'elle avait à enseigner. Pour ne pas découvrir, quand je viendrais à mourir, que je n'avais...
