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Le soleil brillant avait gardé à l'œil les trois cavaliers durant tout l'après-midi, perdant parfois leurs traces à causes des quelques nuages qui se baladaient dans le ciel. A mesure que les chevaux grimpaient, leurs sabots tentaient tant bien que mal de garder l'équilibre sur les roches de granit cachées sous les tronçons d'herbes hautes. Durant presque tout le chemin menant au sommet de la colline, l'ombre des arbres les avaient tenus au frais. Jane s'était empressée de les mener dans un sentier tout droit sorti d'un conte de fées, formant un tunnel abrité par les branches des arbres s'enracinant entres elles, laissant pendre des dizaines de grappes de glycine entre autres fleurs fascinantes. Cette galerie enchantée hébergeait papillons, chenilles et libellules, n'hésitant pas à saluer leurs trois visiteurs avec bienveillance.

Maintenant que le soleil se couchait, après avoir veillé aussi longtemps qu'il le devait, une maisonnette de pierre désaffectée se dessinait devant les yeux de Jane. Le lieu semblait parfait, malgré le vent chaud qui soufflait à leur en arracher les cheveux. La jeune fille posa le pied à terre et avança, les rênes d'Azia à la main. A côté de la maison, un champ de galets blancs répartis chaotiquement trônait sur l'herbe. Un peu plus loin, sur la pointe du plateau, le ciel se reflétait étrangement sur le sol. Une ampoule s'illumina dans la tête de Jane. Elle pointa le lieu du doigt et se retourna vers Prince et ses deux cavaliers :

— Il y a un point d'eau, là-bas ! Ce sera parfait, pour cette nuit. On va y installer les chevaux.

Sa touffe de cheveux dans les yeux, lui chatouillant le bout du nez, Austin afficha une mine sceptique. Lou quitta doucement le dos de Prince et se moqua en constatant la tête du garçon.

— Allez... C'est l'endroit « parfait » non ?

La maisonnette assemblée avec des galets en guise de murs n'était pas grande, mais suffisait largement pour y dormir à trois. Jane avait décroché les duvets du derrière d'Azia pour les dérouler délicatement sur le sol mousseux de la maison. Jamais les adolescents n'avaient vu un toit si fragile que celui-ci. De nombreux trous permettaient aux dernières lueurs du jours d'entrer à l'intérieur. Mais l'état des planches laissait à désirer, et firent grincer la petite fille des dents.

— C'est un peu foutraque... mais bon.

Jane se figea et se tourna automatiquement vers Austin, un air moqueur au bout des lèvres :

— C'est toi qui lui as appris ce mot ?

— Hein ? Jamais de la vie. Surveille ton langage, toi, d'ailleurs.

Lou s'indigna, retirant brutalement son bonnet :

— Quoi ? C'est pas un gros mot !

Le garçon soupira en se mettant à genoux dans l'herbe et faisant le compte des bouteilles d'eau qu'il leur restait.

Tandis que la lune grimpait dans le ciel dégagé et que les étoiles apparaissaient peu à peu, au loin, le trio enchaîna les allées et venues dans leur abri, les bras remplis de bûches et morceaux de bois. Une fois le tas de branches formé au-dessous d'un des trous, à l'abri du vent, Jane fouilla dans son sac et en sortit un briquet d'un jaune luisant. Elle fit glisser son doigt sur la roulette, et une flamme jaillit dans la pénombre. Surpris, Austin déglutit et bredouilla :

— Tu fumes ?

— Non... marmonna-t-elle en tendant le bras sous le tas de bois. C'est celui de Luna.

— Tu lui as volé ? Demanda gaiement la petite fille.

— Emprunté. Mais, il ne faut pas lui dire.

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