Lou sortit de la salle de bain, ses longs cheveux encore trempés. La couleur du soleil qu'ils arboraient s'en était allée, laissant place à une teinte plus boisée et sombre, reflet de la nuit qui recouvrait le ciel. Andry était déjà de retour à la cuisine, préparant une grosse casserole avec de l'eau. Austin se rua vers la salle de bain à son tour, adressant un sourire à la petite fille en la croisant :
— Ça fait du bien ?
— Je te laisse juger par toi-même.
Le vieil homme intervint :
— N'utilisez pas trop d'eau chaude... Je suis assez limité à ce niveau. Jardinière de légumes, vous aimez ?
— Oui, répondirent-ils en cœur.
Lou s'assit sur le canapé, les mains jointes, et observa la pièce de haut en bas. Elle entendit de nouveau la voix du bûcheron, depuis la cuisine.
— Si tu cherches la télé, gamine, tu vas être déçue ! Tu as des livres sur l'étagère, si tu veux.
— Ça m'aurait étonné...
Elle se releva dans un soupir et approcha ses yeux curieux, parcourant les livres par la tranche. Il avait l'air d'y en avoir de toutes sortes, mais aucun qu'elle ne connaissait. Elle se décida finalement à en saisir un au hasard.
— Walden et la vie dans les bois...
Elle le retourna, effaçant de ses mains la poussière qui s'était installée dessus.
— Henry David... Thoreau.
...
En silence, Austin observait le pommeau de douche, la main sur le robinet. Nu, il avait laissé ses habits par terre, contre le parquet craquelant. Ses doigts de pieds gelés se recroquevillaient sur le petit tapis bleu qui donnait sur l'entrée de la douche. Il fit coulisser l'obturateur. L'eau se déversa sur le sol glissant. Il passa un pied après l'autre, doucement. Les gouttes chaudes s'éclatèrent sur sa peau pour rouler jusqu'au conduit. Il ferma les yeux, laissant ses cheveux gras se faire ensevelir. La buée s'échappait tout autour de lui. Il percevait encore la blancheur perçante de la neige, à travers la fenêtre. D'une main leste, il plaqua ses cheveux en arrière et souffla lentement, sentant un frisson le parcourir de la tête au pied. Il imagina une seconde qu'Elsa apparaîtrait derrière lui, déposant ses délicates mains sur ses hanches, lui murmurant des mots doux à l'oreille.
Le garçon rouvrit les yeux. Il était seul. L'eau coulait toujours. Et au loin, le bûcheron lui beuglait de se dépêcher. Il se savonna en vitesse et sortit. D'un revers de main, il effaça la condensation qui s'était déposée sur le miroir. Sa masse de cheveux lui tombait dans les yeux.
— Vous n'avez pas du gel ? cria-t-il.
Il ouvrit ses oreilles et entendit Andry rire depuis la cuisine.
— Qu'est-ce que tu appelles du gel, mon gars ?
Austin soupira en se séchant les jambes.
— Évidemment.
Il releva la tête, remarquant ses poils de barbe et de moustache qui commençaient à pousser. Un sourire en coin s'afficha sur son visage. Il s'empressa de s'habiller et sortit. Une bonne odeur envahissait la pièce. Le vieil homme l'accompagna dans le salon. La petite fille était plongée dans un vieux bouquin, les sourcils froncés. En lisant le titre, Andry haussa les sourcils :
— Alors, comment tu trouves ?
Elle tourna la page en marmonnant :
— Je n'y comprends rien.
— Tu m'étonnes, gloussa-t-il en enfilant deux bûches dans la cheminée.
Il attrapa le paquet d'allumettes qui trônait à côté du cadran, et fit apparaître une flamme. Il jeta le minuscule morceau de bois sous les bûches, au milieu du charbon, donnant naissance au feu. La guitare d'Austin était posée contre les briques de la cheminée. Il se retourna et s'affala sur son canapé en observant le garçon.
— Louanne m'a dit que tu te débrouillais bien, avec ça ?
Austin échangea un regard interdit avec Lou, qui lui fit signe de laisser tomber. Il déglutit et se contenta de hocher la tête.
— Je me défends, oui.
Andry frappa dans ses mains en jubilant :
— J'aime cette assurance... Ça, c'est la jeunesse ! Allez, joue-nous un truc !
Le garçon s'assit à côté du feu de cheminée, et prit doucement l'instrument dans ses mains, positionnant ses doigts sur le manche. Le bois craquait, sous l'emprise des flammes.
— Justement, il y a une chanson que j'apprends.
La petite fille referma brusquement le bouquin en soupirant, abandonnant tout espoir de comprendre la première phrase, et le reposa sur l'étagère. Une fois de retour sur son siège, Austin gratta la première corde avec son index. Après avoir joué une boucle d'accords, Andry l'accompagna en sifflant. Lou ne put réprimer un sourire. C'était la musique qu'il apprenait depuis hier. Elle l'avait déjà entendue plusieurs fois, avant d'atterrir dans son foyer. Son père l'écoutait en boucle, dans leur salon, tous les dimanches matins. Et lorsqu'elle était réveillée, la petite fille venait danser avec lui, en rond, et ils se secouaient dans tous les sens, au rythme entraînant de l'harmonica et du piano frénétique. Ce soir, au coin du feu, elle pouvait presque entendre les autres instruments accompagner Austin.
Avant qu'elle ne s'en rende compte, la mélodie s'était estompée. Un large sourire aux lèvres, Andry applaudissait en sifflant bruyamment, comme dans la fosse d'un concert. Le garçon se mit à rougir, et reposa fébrilement l'instrument à côté de lui.
— Qu'est-ce que je donnerai pour retourner entendre un concert... Soupira le vieil homme.
— Pourquoi vous ne le faites pas ?
Il désigna le chalet de la main :
— Je dois m'en occuper. Et puis, les bons artistes se font rares, aujourd'hui...
Il fronça les sourcils, attiré par la légère fumée qui s'extirpait de la cuisine.
— Oh, je crois que c'est prêt !
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Le Journal des Vagabonds
Adventure« Je suis allé dans les bois, parce que je voulais vivre délibérément. Ne faire face qu'aux essentiels de la vie, et voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu'elle avait à enseigner. Pour ne pas découvrir, quand je viendrais à mourir, que je n'avais...
