Marchant d'un pas leste, Austin gardait la tête basse. Il sentait le souffle désespéré de Lou derrière lui. Il entendit une brindille craquer, et se retourna brusquement.
— ... C'était toi ?
La petite fille se raidit, et secoua la tête. Par-dessus son épaule, il perçu deux lumières claires qui s'agitaient entre les troncs. Son sang ne fit qu'un tour. Il attrapa Lou par le bras et détala en la tirant avec lui.
— Ils sont là !
Elle dégagea son étreinte et accéléra. Malgré sa petite taille, ses jambes étaient robustes, et elle courait presque aussi vite que le garçon, alors qu'il était déjà une pointe au lycée. Leurs pas écrasaient littéralement la terre, froissaient les quelques feuilles mortes qui jonchaient le sol. Austin était devant. Il n'y voyait rien. Les troncs se dessinaient devant lui lorsqu'il se trouvait nez à nez avec eux, ne lui laissant qu'une fraction de secondes pour esquiver. Derrière lui, la petite fille tentait tant bien que mal de le suivre. La main droite du garçon était crispée sur le manche de la guitare. Il était hors de question qu'il l'abandonne en chemin. Mais son bras faiblissait. Il le sentait. Ses muscles allaient bientôt le lâcher, et il se tordrait de douleur, ce qui attirerait les policiers jusqu'à eux.
Dans un mouvement leste, il jeta la guitare devant lui, l'attrapant de l'autre main. La douleur disparut instantanément. Il se remit à courir de plus belle, ignorant Lou, qui haletait comme un bœuf derrière lui.
Dans sa course, il sentit quelque chose de froid tomber droit sur sa tête. Il crut d'abord à l'œuvre d'un pigeon, mais ravala son dégoût en entendant des milliers de ploc s'éclater et dégouliner sur les feuillages des arbres. La pluie tombait. Une pluie glaciale. Les gouttes se frayèrent un chemin le long de son dos, gelant ses os les uns après les autres. Sans ralentir la cadence, Lou s'empressa d'enfiler son bonnet. Elle passa un rapide coup d'œil par-dessus son épaule. Les lumières s'agitaient, semblaient se volatiliser pour réapparaître. Ils leurs couraient après.Austin lui prit brusquement la main et l'entraina avec lui.
— Avec la pluie, ils vont perdre notre trace !
Elle se contenta d'acquiescer, un air inquiet sur son visage. Soudain, il passa un bras derrière ses genoux et la souleva contre lui, les yeux rivés sur trois énormes roches, disposées en laissant un petit abri à même le sol. Il s'y précipita et se baissa, passa la tête à l'intérieur. Trempée, la petite fille grelotait, frigorifiée. Il frotta ses bras avec ses mains et murmura :
— C'est étroit, mais on peut rentrer. Vas-y.
Le visage de Lou trahissait son angoisse. Le torrent d'eau qui se déversait sur eux l'empêchait presque de l'entendre. C'était comme si elle était devenue sourde et démunie. En un claquement de doigts, ils se retrouvaient avec leurs vêtements, l'instrument, et un rocher en guise de toit.
— Allez ! la pressa-t-il.
Elle s'exécuta sans poser de question, plongeant la tête la première. A l'intérieur, la mousse était froide. Humide. Elle se trouvait à l'étroit, suffoquant et sentant la terre boueuse s'étaler sur son pantalon. Le bruit de la pluie s'éteignait, à mesure qu'elle avançait. Son souffle rejetait des boules de buées devant elle, résonnant entre les pierres. Le garçon lui tendit en vitesse l'instrument, qu'elle attrapa et tira jusqu'à elle. Austin s'engouffra à son tour, manquant de se cogner contre le rocher qui le surplombait. Son sweat noir était trempé. En rampant jusqu'à elle, il se rendit compte qu'il ne sentait plus ses mains. Tout était tellement froid, qu'elles ne lui obéissaient plus. Il se fit violence pour avancer dans le noir et se mettre à l'abri. La petite fille sentait son cœur résonner entre les roches. Il était tétanisé. En soufflant de frayeur, il retira tant bien que mal son pull et le jeta derrière lui. Une brindille craqua, à quelques mètres d'eux. Il tourna instinctivement la tête. Dans le noir, il perçut la botte d'un des policiers, qui tenait sa lampe. Puis, il se tourna vers Lou. Les dents claquantes, elle murmura :
— ... J'ai froid...
— Chut !
Il se blottit contre elle, l'entourant de ses bras à l'air et la serrant contre lui. Il n'avait qu'un pauvre tee-shirt à manches courtes sur les épaules. Lui aussi, était frigorifié. Il ne fallait pas bouger, ou gémir. Malgré son étreinte, la petite fille tremblait toujours. Il l'entendait presque pleurer.
— Chut...
Il resserra son étreinte, jetant un œil haineux vers la botte du policier, qui se refusait à bouger. Au bout de longues minutes, la pression redescendit. Lou ne tremblait plus. Le policier s'éloigna. Mais, il pleuvait toujours des cordes. Étrangement, cela avait quelque chose d'apaisant. De pouvoir l'entendre, sans entrer en contact avec elle. Austin laissa sa tête retomber sur la mousse. Il sentit le souffle léger de la petite fille contre lui. Par un quelconque miracle, elle avait réussi à s'endormir. Ses lèvres s'élargirent toutes seules pour former un sourire. Tout était si calme. Il était glacé. Mais malgré tout, son épuisement et un sentiment de sérénité l'envahirent. Il ferma les yeux, sentant la terre entière tourner autour de lui, inlassablement. Jusqu'à laisser place au trou noir. Puis, aux rêves.
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Le Journal des Vagabonds
Aventura« Je suis allé dans les bois, parce que je voulais vivre délibérément. Ne faire face qu'aux essentiels de la vie, et voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu'elle avait à enseigner. Pour ne pas découvrir, quand je viendrais à mourir, que je n'avais...
