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Le silence s'installa dans l'écurie. Claude et le garçon se défiaient du regard, comme deux cowboys prêts à en découdre avec leurs revolvers. Lou s'immisça entre eux et fit les petits yeux à Austin. Ce dernier soupira puis hocha la tête, avant de sortir les billets de sa poche.

— C'est d'accord...

— Yes ! s'exclama-t-elle en sautillant de joie.

Claude attrapa les cinq billets de vingt et libéra l'étalon de son enclos.

— Je vais vous donner les outils pour nettoyer ses sabots.

— On n'a pas de sac à dos, réalisa Lou.

L'homme haussa les épaules en tendant la laisse au garçon et quitta la grange en tirant sur son cigare.

— Je vais vous en chercher.

Tandis que la petite fille se penchait vers l'animal pour le caresser et lui demander son nom, Austin se demanda si elle espérait une réponse de sa part. Quelques instants plus tard, Claude surgit à nouveau, des outils en ferraille et un sac à dos aux mains. Il les fourra à l'intérieur, referma la poche et envoya le sac au garçon.

— Tiens, mon gars. Il y a tout là-dedans. Ça fait cent euros.

Austin enfila le sac sur son dos et se figea.

— Hein ? Les outils ?

— Non ! ricana Claude. Le cheval.

— On vous a déjà payé... marmonna Lou en collant sa joue contre la crinière de l'étalon.

Le fermier demeura silencieux et les observa à tour de rôle, comme s'il avait manqué un épisode. Puis, il s'exclama soudainement de rire.

— Ha ! Je vous ai bien eus !

Austin soupira en attrapant la laisse du cheval et l'attirant lentement hors de l'écurie. Il marmonna à la petite fille :

— Ce pauvre mec perd complètement la boule.

Elle ne put réprimer un rire, en passant sa main à rebrousse-poil sur l'animal. Claude ouvrit en grand les portes en bois, laissant la lumière du jour jaillir dans le couloir envahi de foin. Le cheval sans nom se raidit et tourna brusquement la tête, aveuglé par la lueur qui semblait le braquer. Lou le calma en lui chuchotant des mots doux. Austin tira sur le licol pour l'amener à l'extérieur. L'animal plongea un sabot dans la boue. Claude retira son chapeau de paille et essuya d'un revers de main la sueur qui coulait de son front.

— Et donc... où est-ce que vous allez ?

Austin posa un pied dans un étrier, attrapa les rênes et enjamba l'animal sur la selle. Il tendit la main à la petite fille, l'attrapa et la hissa à son tour. Le cheval se mit à hennir légèrement, mais retrouva rapidement son calme. Le garçon se tourna vers le fermier, fièrement installé :

— Vers le sud.

— Voir la mer ! renchérit Lou.

L'homme acquiesça et baissa la tête, paraissant soudain ailleurs. En fronçant les sourcils, Austin constata qu'il tira un mouchoir de sa poche arrière pour essuyer une larme. Claude tira un stylo de sa poche et les interrogea du regard.

— Vous... vous auriez un papier, quelque chose ?

Le garçon se racla la gorge et toucha les poches de son jean pour en sortir le journal.

— Oui... Tenez.

Devant le regard embarrassé de la petite fille, il ouvrit le carnet sur une page blanche et le tendit à l'homme. Ce dernier renifla et nota trois chiffres, suivi, d'un nom de rue, et rendit l'objet à Austin.

— C'est l'adresse de ma fille, Jane. Elle habite à Montpellier. Si jamais vous passez par là... vous pourrez lui dire de... venir voir son vieux père ? Juste de temps en temps.

Le garçon décrypta le nom de la rue, puis hocha la tête d'un air concerné.

— C'est d'accord. Au revoir, monsieur.

Il fit claquer les rênes sur le corps du cheval. Ce dernier démarra au trot. Derrière eux, Claude les salua de la main, et replaça son chapeau de paille sur la tête.

Les deux vagabonds et leur nouveau compagnon s'éloignèrent au bout du sentier menant à la sortie de la ville. Un sourire aux lèvres, Austin écoutait Lou déblatérer toute seule en observant partout autour d'elle, et parler à l'animal comme s'ils étaient meilleurs amis depuis l'enfance.

— Alors, mon grand ? Comment tu t'appelles, dis-moi ? Ton papa a oublié ton nom... C'est pas malin. Mais bon, de la part d'un vieux qui perd la boule, ce n'est pas étonnant.

— Ton langage... siffla Le garçon entre ses dents. Et puis, il n'est pas si vieux.

— Quoi ? C'est toi qui as dit qu'il devenait neuneu, je te rappelle !

Il secoua la tête en soupirant. Il était inutile de discuter avec elle. Elle posa ses petites mains sur les hanches d'Austin et demanda :

— Le sud, c'est par où ?

— Devine.

Elle passa sa langue sur le bout d'un de ses doigts et le leva en l'air.

— Le vent vient de derrière... Alors...

— Ça n'a rien à voir avec le vent ! s'esclaffa le garçon. Où se lève le soleil, Lou ?

— Heu... A... l'ouest... ?

— Perdu.

Elle se mit à taper furieusement le dos de l'adolescent, sans que celui-ci ne bouge d'un poil.

— A l'est ! Je savais que c'était l'est ! C'est pas juste...

— Bon, maintenant imagine un point cardinal dans ta tête.

— Un point quoi ?

— Une boussole, bredouilla Austin. Tu l'as ?

La petite fille laissa disparaître ses yeux bleus derrière ses paupières et s'exclama fièrement :

— C'est bon !

— Cherche le soleil, maintenant.

Elle tourna la tête à gauche, puis à droite.

— Ça y est.

— Où est le sud ?

Se sentant toute bête, elle laissa retomber sa mâchoire et plissa les yeux en marmonnant :

— Il est devant nous.

— Bien joué.

— Mais attends ! Il y a un truc que je comprends pas. Comment tu...

Sous le regard du soleil levant, les deux vagabonds s'éloignèrent, se rapprochant à chaque trot du cheval de la mer. Austin se rapprochait de ce qu'il s'imaginait, loin du bus de ville, des coups de klaxons à répétition et des pots d'échappements enfumant l'espace. La voix de la petite fille s'atténuait, pour ne devenir plus qu'un bruit de fond agréable, sans lequel l'on se sentirait moins vivant. Sous la lumière qui veillait sur eux, rien ne semblait plus pouvoir les arrêter.

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