Appelé sobrement "La Tour", le siège social du groupe Hunter était le symbole de la suprématie économique du géant industriel et pétrolier. Surplombant toute la ville de New-York, le gratte-ciel aux cent étages se distinguait des autres bâtiments par son impressionnante hauteur, son architecture épurée au style international, son obscure façade vitrée, et sa piste d'atterrissage pour hélicoptère privé.
Imaginée par l'esprit despotique et manipulateur de GP Hunter, la tour avait été construite à l'image d'une prison dorée dont il avait un total contrôle grâce à un infaillible système de sécurité et de surveillance. Elle réunissait, dans plus de quatre-vingt étages ergonomiques et directement rattachés au bureau du PDG, toutes les directions et les filiales qui composaient le groupe. Pour le bien-être du personnel de l'entreprise, elle disposait d'un hôpital lourdement équipé, d'un restaurant étoilé, d'une garderie familiale, d'un centre de formations réputé, d'un espace de détente et de loisirs, et même d'un centre commercial.
Ainsi organisée, la tour ne garantissait pas seulement à GP Hunter une parfaite et rapide coordination entre les différents organismes du groupe. Elle lui assurait une servile soumission de ses employés. Privés du droit de se plaindre, des excuses pour s'absenter, et des prétextes de retards, il leur soutirait plus d'efforts et plus d'heures de travail.
Julian connaissait ce système plus que bien. Même s'il lui reconnaissait son efficacité, il ne l'avait pas instauré dans son entreprise. Toutefois, en faisant face à son nouveau personnel pour sa toute première réunion en tant que président du groupe, il donna l'impression qu'il suivra l'exemple de son grand-père en matière de gestion, et que, pour l'heure, sa seule hantise était la chasse aux sorcières.
— Hier encore, le groupe était une entreprise familiale gérée par un patriarche. À partir de cette seconde, je vous informe qu'il s'agit d'un royaume dirigé par un roi. La différence ? Les chefs d'entreprises familiales aiment s'entourer de leurs proches. Un roi, un bon roi, n'a que faire des liens du sang. Il leur préfère la loyauté, l'efficacité et le dévouement. Soyez probes, compétents et rentables, et Dieu vous le rendra comme on dit. Soyez traîtres, espions et indicateurs, Dieu vous le rendra aussi. N'oubliez pas que face au paradis, il y'a un enfer. Et je suis tout autant capable de faire de vos vies et de celles de vos familles un paradis ou un enfer. Pour les survivants de la vaste opération de licenciement et de mutation qui aura lieu sous peu, sachez que je vous accorde la totale liberté de choisir votre camp ainsi que votre sort.
Après s'être assuré que la dernière partie de son bref discours était bien ancrée dans les mémoires, Julian quitta l'immense salle des conférences pour monter à l'étage de la direction. En sortant de l'ascenseur vers le long couloir qui menait vers la salle du trône, un tendre souvenir vainquit l'oubli, et revint lui rappeler un des moments les plus marquants de sa vie.
Tout petit, alors qu'il commençait à peine à marcher, son grand-père, qui l'emmenait souvent à la tour, le forçait à parcourir, sans aide, toute la distance qui séparait l'ascenseur de son bureau, un épuisant et périlleux exercice pour un enfant de son âge.
— Un jour, tout cela sera à toi, Julian. Quand tu seras grand, cette tour sera la tienne, et ce bureau vers lequel tu avances à petits pas t'appartiendra. Le chemin que j'ai parcouru pour pouvoir te laisser tout cela a été long et pénible, il en sera autrement pour toi, je te le promets. Cependant, tu ne dois jamais oublier que rien ne s'obtient facilement dans la vie.
L'enchantement procuré par le souvenir de cette leçon ne dura qu'une fraction de seconde. Julian fut rappelé à l'ordre par la sonnerie de son téléphone qui retentit pour la énième fois.
Quelques heures plus tôt, à sa sortie du domaine après sa rencontre avec son grand-père, il avait annoncé aux médias qu'il présidera le groupe Hunter le matin-même. Depuis, amis, collaborateurs, partenaires, connaissances et journalistes n'avait cessé de le solliciter pour le féliciter ou l'interviewer.
VOUS LISEZ
Pour te quitter dis-moi je t'aime
Roman d'amourÀ trente neuf an, redoutablement manipulateur et belliqueux, diaboliquement fourbe et intelligent et sacrément charismatique et viril, Julian succède à son impitoyable grand-père à la tête de la dynastie des Hunter et du géant pétrolier le Hunter Gr...
