31 : ophelia

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Avant qu'Ophelia ne puisse dire quoi que ce soit de plus, elle se sent entraînée loin des falaises par les bras menus de Circé

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Avant qu'Ophelia ne puisse dire quoi que ce soit de plus, elle se sent entraînée loin des falaises par les bras menus de Circé. Elle n'est pas dans son état normal.

Mais Ophelia a compris pourquoi.

Comment ai-je pu être aussi stupide ? s'invective-t-elle.

Elle aurait dû penser aux répercussions de son plan. Oui, Circé ne lui a pas interdit de s'enfuir, mais attirer un bateau sur l'île entraîne inévitablement la visite d'étrangers à Aea. Et toutes les deux savent pourtant que la magicienne ne porte pas les marins dans son cœur.

Alors certes, tous les marins ne sont pas des violeurs. Mais si elle pensait comme cela, Ophelia devrait reconnaître que tous les hommes qu'elle a croisé lors de sa fuite n'ont pas essayé d'abuser d'elle. Et à part lorsqu'elle était déguisée en homme, elle doit admettre que ça n'est jamais arrivé.

Ils avaient tous de mauvaises intention, peu importante la douceur de leurs mots et la taille de leur sourire.

- Je suis désolée... murmure-t-elle à l'intention de Circé.

Sa compagne lui jette à peine un regard, trop occupée à surveiller la voile blanche par delà sa propre épaule.

- Tu aurais pu m'en parler, répond-elle malgré tout, avec comme une légère amertume dans la voix.

Ophelia baisse les yeux.

- Je- je me suis sentie en danger. Après le coup que tu m'as fait avec la potion, je-

- Oh, par tous les dieux, peux-tu me rappeler qui a été bornée la première ? Qui n'a pas révélé qu'elle était une foutue louve toutes les nuits de pleine lune ! Tu ne crois pas que c'était une information que j'aurais apprécié avoir avant ?

Leurs regards se croisèrent soudain, aussi noirs l'un que l'autre.

- Tu crois vraiment que c'est le genre de choses qu'on avoue à un inconnu lorsqu'on se présente ? Je n'ai pas voulu de cette malédiction, Circé !

- Et tu ne t'es pas dit une seule fois que j'aurais peut-être pu t'aider ?

Ophelia s'arrête net. Pour être honnête, si, l'idée lui a traversé l'esprit une fois depuis son arrivée. Mais elle trouve Circé si changeante et imprévisible... Sans doute n'a-t-elle jamais eu autant confiance en elle que ce qu'elle aurait souhaité. Néanmoins, ces mots ne sont pas tombés dans l'oreille d'une sourde.

- Tu pourrais m'aider, tu le crois vraiment ?

Circé lui lance un regard de travers.

- Si tu ne t'enfuis pas avant !

Elle fait une courte pause avant d'ajouter :

- Et si ma réputation peut au moins servir à quelque chose... Je vais voir ce que je peux faire.

Nouveau silence.

- Mais tu as intérêt à tout me raconter dans les détails, cette fois, conclut-elle d'un air sévère.

Malgré tout, Ophelia sent une petite graine d'espoir qui pousse au sein de sa cage thoracique. La magicienne a raison, elle aurait dû poser la question bien avant. L'idée que Circé puisse la délivrer de la malédiction qui la ronge depuis cette nuit funeste l'emplit de joie.

Et soudain, elle éclate de rire.

Sa compagne la dévisage, surprise.

- Qu'est-ce qui te fait rire ?

- Tu ne sais pas à quel point j'ai espéré une intervention divine, depuis que je suis un peu louve. J'avais espoir qu'Artémis me protégerait, viendrait me chercher pour m'introduire dans son groupe de Chasseresses... Ça n'est jamais arrivé. J'aurais dû m'en douter. Après tout, ce sont les dieux qui m'ont punie. Alors pourquoi une déesse pourrait-elle me délivrer ?

Les traits de Circé s'adoucissent, et avec une pointe de malice, elle rétorque :

- Eh bien, tu as de la chance, je ne suis pas une déesse.

Mais soudain, alors qu'elle lance un nouveau regard en arrière, sa moue redevient grave.

- Enfin, on en rira plus tard. Pour le moment, je crois qu'on va devoir se préparer à avoir de la visite.

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