104 : ophelia

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Le temps se dégrade progressivement au cours des jours suivants

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Le temps se dégrade progressivement au cours des jours suivants. Le ciel jusque là si bleu se couvre de nuages menaçants qui inquiètent Ophelia, et les vagues sont de plus en plus hautes.

Heureusement, elle a retrouvé la force qu'elle avait lorsqu'elle était marin. Après trois jours à ramer en ne s'arrêtant qu'à de brèves occasion, elle se sent plus prête que jamais à lutter contre les éléments et à atteindre la côte.

C'est d'ailleurs la première chose qu'elle aperçoit lorsqu'elle se réveille, au matin du quatrième jour.

Ce n'est encore qu'une petit bande beige à l'horizon, mais en plissant les yeux, Ophelia la distingue. Enfin. Elle est presque arrivée sur le continent !

Sa motivation redouble, tout comme ses coups de rame. Elle a hâte d'arriver. Non pas qu'elle soit à cours de provisions, heureusement, car elle avait prévu largement de quoi faire. En revanche, elle commence à avoir froid. Il n'est pas conseillé de prendre la mer au beau milieu de l'hiver, encore moins lorsqu'on est seule dans une petite barque de fortune. Et même si elle a emmené ses vêtements les plus chauds, elle est obligée de souffler sur ses doigts pour qu'ils perdent leur couleur bleue lorsqu'elle a ramé trop longtemps. Et chaque éclaboussure qu'elle reçoit la fait frissonner pendant quelques minutes.

Et malheureusement, elle s'en reçoit de plus en plus, car le vent semble s'allier à la mer pour la défier. À moins que ce soit elle, insignifiante mortelle, qui ait offensé Eole et Poséidon à vouloir prendre la mer seule en plein hiver ?

Elle chasse ces pensées, et se reconcentre sur sa tâche.

Mais alors que la terre se rapproche, les éléments se déchaînent sur Ophelia. Son embarcation tangue à cause de la houle et du vent, et bientôt, elle se retrouve sous ces nuages si noirs et menaçants qu'elle avait remarqué en se réveillant. La pluie se joint à la fête. En plus de l'eau de mer qui la refroidit, voilà maintenant que de l'eau tombe directement du ciel.

Artémis, donne-moi la force d'arriver au bout, prie-t-elle silencieusement tout en sachant très bien que la déesse ne se préoccupe pas d'elle.

Lorsque retentissent les premiers coups de tonnerre, au loin, Ophelia se fige.

Elle est arrivée si près du but !

Pourquoi l'orage a-t-il choisi ce moment pour pointer le bout de son nez ?

Seule, avançant à la force de ses bras, Ophelia sait qu'elle n'a pas le moindre espoir de contourner la tempête avant de l'atteindre.

Elle n'a pas le choix. Elle va devoir l'affronter, et passer à travers.

Des images du naufrage lui reviennent en mémoire. Pendant un instant, elle envisage de poser ses rames et de s'allonger dans la barque en attendant que l'orage lui passe dessus.

Mais elle ne peut pas s'y résoudre. Pas alors qu'elle est partie d'Aea, où elle était en sécurité, pour accomplir la mission qu'elle s'est donnée.

Elle continue.

Plusieurs fois, la barque manque de chavirer. Paniquée, Ophelia se précipite de l'autre côté, pour faire contrepoids. Plusieurs fois, une immense vague se fracassé contre la barque et manque de l'envoyer dans l'eau la tête la première.

Le vent froid est maintenant insoutenable. Il gifle son visage, engourdit tous ses sens, perturbe sa vision. C'est sans compter ses cheveux, qui virevoltent dans tous les sens et rendent la situation encore plus catastrophique. Elle regrette de ne pas les avoir coupés avant de partir.

Au bout d'un moment à essayer d'avancer dans la tempête, elle réalise que l'embarcation est en train de prendre l'eau. La mer s'infiltre par les petits trous entre le bois et les pieds d'Ophelia pataugent dans plusieurs centimètres.

Je vais jamais y arriver !

Elle ne voit même plus la côte, elle ne peut plus se motiver en se disant qu'elle s'approche de son objectif. La vérité, c'est qu'elle n'en sait rien. Tous ses sens sont mis à mal, elle pourrait tout aussi bien être en train de tourner en rond qu'elle ne s'en rendrait pas compte.

C'est à ce moment critique que vient la vague.

Elle arrive par derrière, si bien qu'Ophelia ne la voit pas venir. Elle s'écrase sur la barque, renverse tout sur son passage.

Ophelia hurle lorsqu'elle plonge à l'eau. Sa bouche se remplit et elle suffoque, agite ses membres dans la panique, espérant remonter à la surface.

Mais ses couches de vêtements sont alourdies par l'eau dont elles sont imbibée. Ophelia ne s'avoue malgré tout pas vaincue. Elle lutte. Contre le courant, contre les éléments, contre l'eau salée qui lui pique les yeux, s'infiltre dans sa gorge.

Pendant combien de temps se débat-elle ainsi contre la nature ?

Elle n'en saura rien.

Mais lorsqu'elle s'abandonne, ce sont les bras de Poséidon qui rattrapent son corps inerte et l'entraînent dans les profondeurs de son royaume.

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