Sur l'île d'Aea, le silence règne. Dans son palais, la magicienne Circé veille. Ses bêtes sont assoupies, elle est seule avec elle-même.
Depuis le départ d'Ulysse, aucun voyageur n'a rompu le calme de son repaire. Après une éternité de malheurs, el...
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Si elle ne reconnaît pas tout de suite l'homme qui vient de troubler leur quiétude, Ophelia devine que Circé, elle, sait qui il est. La magicienne s'est crispée d'un seul coup, et a lâché sa compagne pour se lever d'un bond.
C'est en se relevant à son tour qu'Ophelia remarque les jambes brunes et poilues qui se terminent par des sabots.
Pan.
Elle fronce les sourcils. Que fait le dieu ici ?
- Je ne crois pas t'avoir invité, déclare Circé d'un ton sans douceur. Puis-je savoir ce que me vaut ta présence à Aea ?
Elle s'est légèrement placée devant Ophelia, comme si elle craignait que le dieu ne lui fasse du mal.
Pan, lui, ne cesse de sourire.
- Je ne te dérangerai pas longtemps, sorcière. Je suis simplement venu récupérer Pitys. Elle est ma promise, vous le saviez ?
Le sang dans les veines d'Ophelia se glace. Elle tente de s'avancer, mais Circé la retient. Pourtant, elle ne se laisse pas faire, et prend les devants avant que quiconque ait le temps de parler.
- Ne vous embêtez pas, je vais aller la chercher.
En disant cela, elle lance un regard en coin à sa compagne.
Fais-moi confiance, voudrait-elle ajouter. Mais devant le dieu, elle ne doit rien laisser échapper.
Elle n'est pas complètement sûre que Circé ait compris. Tant pis. Elle doit vite aller retrouver Pitys avant que Pan ne s'impatiente.
Elle se met donc à courir dans la forêt. Son enjambée n'est pas aussi souple et rapide que lorsqu'elle est sous sa forme de louve, mais elle commence à connaître cette île, et sait qu'elle est sur le chemin le plus court jusqu'à la maison.
Il fait presque nuit, maintenant. Pourtant, la chaleur n'est pas encore retombée. Au moins, sans la présence d'Hélios au dessus de sa tête, elle pourra toujours éviter le coup de soleil.
Ophelia arrive en nage à la demeure.
Lorsqu'elle passe le seuil, elle est frappée par le chaos qui règne à l'intérieur. Mérope court à droite et à gauche, Pitys arbore un air paniqué et même Chloris s'est aventurée hors de son lit.
- Pitys ! crie Ophelia, essoufflée. Pan est sur l'île, il vient pour t'emmener !
- Elle est au courant, répond Mérope alors que la concernée se contente de disparaître dans la cuisine.
- Alors pourquoi n'est-elle pas déjà cachée ?
- On ne se cache pas des dieux, souffle Mélité. Ils finissent toujours par nous retrouver.
- Alors quoi, elle compte le laisser l'embarquer ? raille Ophelia. Alors qu'elle est venue jusqu'ici pour lui échapper ?
- Tu as trop fréquenté Circé, toi, lâche Chloris de sa voix plate. C'est pas parce que la sorcière ose tenir tête à Zeus et à ses alliés qu'il en va de même pour tout le monde.
- Tu devrais nous comprendre, toi qui est mortelle, renchérit Mérope. Je t'assure que dans ce cas, le choix le plus sage pour Pitys n'est pas de jouer les rebelles.
Mais lorsque la nymphe fait irruption dans la pièce, un petit objet serré dans sa main, il devient évident qu'elle n'a pas l'intention de se soumettre.
Elle bouscule presque Ophelia pour sortir de la maison. Immédiatement, la mortelle lui court après.
- Pitys ! Non ! Il est dehors, avec Circé !
La nymphe ne l'écoute pas. Elle est déjà loin, sur le chemin de la falaise. Ophelia s'arrête un instant, pour reprendre sa respiration. Et c'est là qu'elle les voit.
Circé n'a pas retenu Pan bien longtemps. Et les voilà qui sortent du bois, et qui aperçoivent la fuite de Pitys.
Le dieu aux jambes de bouc s'élance à sa poursuite.