112 : ophelia

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Ophelia commence à s'habituer à ce monde insipide

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Ophelia commence à s'habituer à ce monde insipide. Elle qui pensait que la mort serait une souffrance, une prolongation de ce qu'elle a vécu en se noyant, elle se trompait.

En vérité, elle n'a pas tant souffert en étant emportée dans les profondeurs. Tout est arrivé si vite !

Et la voici désormais dans le pays d'où on ne revient jamais, entourée de milliers d'autres spectres translucides comme elle.

Les premiers temps, elle a essayé d'explorer, mais elle s'est vite aperçue qu'il n'y avait que des champs d'asphodèles à perte de vue. Pas de reliefs, pas de montagnes, pas de ruisseaux, pas d'arbres.

Juste une grisaille permanente, des ombres flottant autour d'elle et ces innombrables fleurs blanches se balançant au rythme d'un vent imperceptible.

Ophelia a aussi eu beaucoup de mal à s'habituer à ne plus jamais être seule. Évidemment, ce n'est en rien similaire avec sa vie, lorsqu'elle habitait encore dans son village de naissance, ou qu'elle allait de cité en cité, espérant fuir sa malédiction. Ici, elle ne craint pas qu'on lui fasse de mal. Les morts sont tous innofensifs.

Simplement, elle a l'impression de ne jamais avoir les pensées libres, à cause de tous ces spectres qui lui tournent autour, errant d'un air absent dans les champs.

Lorsqu'un jour, bien après son arrivée - difficile de définir quand, exactement, tant le temps s'écoule étrangement, ici - deux silhouettes s'approchent d'elle, elle ne réalise pas tout de suite qu'elles n'ont rien de ces ombres insipides qui l'entourent la plupart du temps.

C'est seulement lorsqu'elle entend son nom qu'elle se fige.

Les morts ne se parlent pas entre eux. Elle ne sait pas vraiment s'ils ne le peuvent tout simplement pas, ou bien s'ils ruminent plutôt comme elle leur existence passée.

Toujours est-il que depuis son arrivée, personne ne lui a adressé la parole. Et personne ne l'a encore moins appelée par son nom.

Elle n'en croit pas ses yeux lorsqu'elle voit enfin les contours de Circé se préciser. La magicienne est haute en couleur, dans ce nuancier de gris. Et la femme aux lèvres rouges et aux cheveux noirs qui se tient à côté d'elle encore moins.

- Je vous laisse, déclare justement cette dernière.

Elle rebrousse chemin et disparaît dans la brume, tandis que Circé s'arrête à quelques pas d'Ophelia.

- Qu'est-ce que... Comment as-tu réussi à venir jusqu'ici ?

Un petit sourire apparaît sur les lèvres de l'immortelle.

- Oh, j'ai plus d'un tour dans mon sac. Et puis...

Une grande tristesse apparaît dans ses yeux.

- Je ne pouvais pas te laisser partir sans te voir une dernière fois. J'ai été dévastée, quand j'ai appris...

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