52 : circé

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Ophelia tente de nouveau de se frayer un chemin jusqu'aux cochons à deux reprises dans la nuit

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Ophelia tente de nouveau de se frayer un chemin jusqu'aux cochons à deux reprises dans la nuit. Mais forte de sa première victoire, la magicienne changée en lionne se dresse devant la louve pour l'empêcher de se repaître du sang des bêtes effrayées.

Lorsque le ciel s'éclaircit au dessus d'elle et que les premiers rayons du soleil caressent la surface de l'île d'Aea, Circé est exténuée. Elle a l'habitude de passer ses nuits à veiller. En revanche, veiller dans la peau d'un animal dont elle ne possède pas les réflexes tout en essayant de combattre une louvre enragée, c'est une autre histoire.

Les oiseaux gazouillent dans les arbres lorsqu'un bruit se fait entendre. Vive malgré la fatigue, Circé se tourne vers la forêt, pour découvrir une bête en pleine métamorphose. Quelques secondes plus tard, le corps inerte d'Ophelia s'effondre dans l'herbe, soulevant plusieurs peluches de poils gris qui se déposent autour d'elle. Circé se demande comment elle a pu ne pas remarquer les touffes de poils laissées par la louve à chacun de ses précédents passages. Il faut dire qu'elle était tellement persuadée que les cochons éventrés étaient l'oeuvre des dieux... Elle avait les indices sous les yeux, mais elle était aveuglée par autre chose.

Elle ne tarde pas à reprendre forme humaine à son tour, en plein milieu de l'enclos et des pourceaux médusés. Son corps la lance de tous les côtés, et elle titube, comme si elle avait perdu en une seule nuit tous ses réflexes humains.

Elle sort de l'enclos pour s'approcher de sa compagne. Elle la soulève avec difficulté. Non seulement Ophelia est bien plus musclée que la magicienne, mais en plus, les muscles de cette dernière sont épuisés par la nuit qu'elle vient de passer.

Elle pénètre dans sa demeure d'un pas lent, ignore le regard d'une des nymphes et se dirige jusqu'à l'échelle qui mène à sa chambre. C'est peine perdue. Elle n'arrivera jamais à monter en tenant Ophelia dans ses bras.

Alors elle retourne dans la pièce principale, et lance un regard noir à la nymphe.

— Déguerpis, lui souffle-t-elle à voix basse.

— C'est aussi chez moi, ici, rétorque l'autre, rebelle.

— Je ne te le répéterai pas deux fois. File, nous avons besoin de nous reposer.

— Et alors ? Tu as une chambre pour ça, non ?

Circé dépose Ophelia sur un divan, puis se retourne pour fusiller de plus belle la nymphe du regard.

— Mérope, c'est bien ça ?

La jeune femme hoche la tête.

— Mérope, je te rappelle que toi et tes acolytes avez expulsé Ophelia de sa chambre, et ce, alors que je vous avais ordonné de la laisser tranquille. Elle est donc dans sa chambre, ici. Et puis... je crois me souvenir que tu étais présente lorsque j'ai réglé leur sort à tous ces marins ? Tu devrais donc savoir qu'il vaut mieux que tu t'en ailles avant que je ne sortes de mes gonds.

Son ton est dur, sans appel. Brusquement, Mérope pert de son panache et se recroqueville. Non sans avoir jeté un dernier regard mauvais à une Ophelia assoupie, elle quitte la pièce à grands pas.

Circé soupire, ses épaules se détendent.

Enfin, elle va pouvoir dormir.

Elle s'allonge sur le divan d'à côté, et bascule immédiatement dans un sommeil réparateur.

Hécate est là. Arborant son apparence divine, les yeux d'une de ses trois têtes sont rivées sur Circé. Et sa fille n'arrive pas à décrypter ce regard.

— Jusqu'où serais-tu capable d'aller ? demande-t-elle d'une voix profonde.

Circé fronce les sourcils.

— Jusqu'où je serais capable d'aller pour quoi ? demande-t-elle, même si elle commence à avoir une petite idée de la réponse.

— Pour ta petite protégée, quoi d'autre, réplique Hécate, imperturbable. D'abord un équipage entier, puis une transformation en lionne... Des menaces à une nymphe...

La magicienne sent ses joues se teinter légèrement.

— Je-

— Ne te justifies pas, tu risques simplement de paraître encore plus pathétique, assène sa mère. Et arrête de rougir, tu n'as plus quinze ans. Si tu veux de cette relation, alors lance-toi, au lieu de rester si prude. Mais lorsque cette mortelle aura perdu la vie pour une raison stupide, ne viens pas te plaindre, je t'aurais prévenue.

Circé se réveille en sursaut, le regard de sa mère encore gravé dans son esprit. Pourtant, quand elle se relève, c'est un autre regard qui vient se superposer à celui d'Hécate.

— J'ai fait un drôle de rêve... marmonne-t-elle, réalisant que la discussion ne s'est pas vraiment produite.

— Oh, moi aussi, répond Ophelia.

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