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Mathieu attrapa une bouteille de champagne encore neuve avant de sortir de la maison, prêt à rentrer chez lui. Toutefois, alors qu'il partait, il vit Thomas et Cassie partir ensemble. Aucune Madeline était à leur côté, pourtant, il était certain de les avoir vus arriver ensemble. Il regarda les alentours à sa recherche mais tout le monde était déjà partis et elle ne semblait pas être descendue. Il s'approcha du couple, trop épris d'empathie pour ignorer le sentiment. Lui, n'abandonnait jamais un ami à une fête, surtout une jeune femme, dans ce genre d'endroit. Ils le jaugèrent de bas en haut mais il s'en moqua, habitué. Ici, il n'était convié que parce qu'il vendait.

« Vous partez sans votre pote ? »

Ils rirent tout deux, complètement ailleurs, leur esprit brouillé tant par l'alcool que les comprimés. « Elle est grande. Elle est sûrement en train de baiser Julian. Et puis tu es qui toi ? Un autre de ses plans culs ? »

Il s'éloigna sans un mot de plus, blasé par leur comportement. Il rentra de nouveau à l'intérieur à sa recherche, incapable de partir en laissant une jeune femme dans une telle colocation. Il arpenta le rez-de-chaussée sans conviction puis le premier étage. Il fit toutes les chambres, se faisant insulter par certain couple. Néanmoins, il s'en fichait et continuait d'errer, sa bouteille à la main et une cigarette entre les lèvres.

Finalement, il tomba sur la bonne. Lorsqu'il ouvrit la porte, il vit tout de suite la robe de Madeline au sol. Pourtant, personne ne lui demanda de sortir et une seule petite silhouette se trouvait sur le balcon de la chambre. Julian n'était pas là et il hésita à faire demi-tour.
Seulement, il put voir qu'elle ne portait que des sous-vêtements et qu'il faisait bien trop froid pour qu'elle reste dehors. Et puis, il était déjà là, après tout mais surtout suelque chose n'allait pas, il en était certain et en fut incapable de partir comme si de rien était. Il ferma la porte derrière lui, lentement, et attrapa le bout de tissu au sol pour le lui donner. Il s'arrêta dans son geste en voyant le sang dessus. Il la relâcha brutalement comme si elle brûlait le bout de ses doigts. Il attrapa le plaid sur le lit et la nausée pris son estomac, le matelas aussi était taché. Il avança vers elle à grand pas et elle sursauta en l'entendant, effrayé que Julian n'en demande plus.

« Mais putain, t'es dingue ! » Il la recouvra du plaid, évitant au mieux de la regarder.

« Je te donne juste ça. » Elle se renferma à l'intérieur, appréciant la chaleur du tissu contre sa peau. « Je te... Je te laisse, du coup. Je voulais juste te prévenir que tes potes étaient partis. »

« Oh, ça s'est pas grand chose. » Elle haussa les épaules. Alors qu'il faisait demi-tour, elle l'interpella de nouveau, spontanément presque inconsciemment. « Je pense pas que Julian va revenir. T'as quelque chose à boire ? » Il prit place à ses côtés et s'alluma une autre cigarette. Elle lui vola la bouteille de champagne et l'ouvrit. « J'aurai préféré du rhum mais ça fera l'affaire. »

Elle but plusieurs gorgées sous le regard de Mathieu. Il était mal à l'aise et rêvait de pouvoir partir mais il semblait qu'elle avait besoin de compagnie. Pourtant, il ne la connaissait pas et avait échangé avec elle deux ou trois fois en tout. Néanmoins, leurs discussions avaient été naturelles et légères et ça ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps.  De plus, il avait vu dans son attitude, une solitude et une noirceur si grandes qu'il en était décontenancé mais surtout attiré.

« Julian, c'est ton mec ? »

« J'ai pas envie de parler de ça. »

Ça ne l'était pas, loin de là. Elle le détestait du plus profond de son être. Ils se connaissaient depuis des années et avaient été des amis. Julian avait toujours été un garçon tactile mais il en avait abusé, jusqu'à commettre l'irréparable. Après, tout Madeline buvait toujours trop, elle dansait de manière sexy devant lui alors il s'était convaincu, ajoutant dans sa bière de quoi la détendre. Malgré les pleurs et les implorations de la jeune femme, il continuait comme si, dorénavant, elle n'était que son bien. Puis, il adorait, utiliser la force et l'entendre supplier. C'était comme dans les films et ça lui était si excitant qu'il en redemandait, puisant toute vie d'elle. Et elle, elle préférait faire comme si elle était d'accord avec lui, refusant d'être sa victime, refusant d'entendre qu'on l'avait prévue, qu'elle avait porté une robe trop courte, bu trop d'alcool et pris n'importe quelle drogue. Pour le moment, tout le monde pensait seulement qu'ils étaient en couple et c'était beaucoup trop.

« Tu vas passer la nuit ici ? » Elle souffla, ennuyée, et il leva les mains. « Ok, ok, j'arrête. » Elle était recroquevillée contre elle-même, son menton sur ses genoux tandis que lui avait complètement tendu ses jambes, ses pieds touchant le bout de la rambarde, le dos contre le crépît. « Tu fumes ? »

« Ça dépend quoi. » Il ria, non étonné. Il lui alluma une roulé et prit la première taff avant de lui donner. « Merci. » Elle prit une grande bouffée mais aucune fumée ne pouvait remplir le creux dans sa poitrine. Elle eut envie de pleurer, de sangloter jusqu'à s'épuiser ou s'étouffer. À la place, elle tourna la tête vers lui. Il avait l'air détendu, regardant la nuit face à lui, inconscient de la bataille qui se déroulait à ses côtés. « T'as une voiture ? » C'était sortie sans réflexion. Elle voulait partir et le seul moyen était qu'il la ramène. Elle ne pouvait plus porter sa robe et, même si on amour propre était anéanti, un plaid en tenue était inconcevable dans le métro. Il se leva et tendit sa main.

« Viens, j'te ramène. » Il retira son sweater et elle recula jusqu'à se cogner contre le mur. Il prit son geste comme un trop plein d'alcool, un vertige d'ivresse. « Tiens. Ça sera mieux qu'un plaid pour rejoindre la voiture. »

« M...merci. »

« Je pars devant, tu me retrouves dans la rue ? Je crois c'est mieux pour toi si ton mec ne nous voit pas ensemble. »

Elle voulut le corriger mais il ne lui laissa pas le temps, fuyant ce nouveau malaise. Elle rentra dans la chambre et enfila le sweater. Elle reprit ses escarpins et son sac, abandonnant sa robe là où elle était. Elle ne put s'empêcher de regarder la pièce. Sans la drogue de Julian, elle avait ressenti tous ses gestes, ses baisers et ses mots. Néanmoins, le pire était que tous ses agissements avaient réveillé chaque instants de la soirée dernière. Le sentiment qu'elle n'avait pas d'issue fut si grand qu'un sanglot, sans larme, s'échappa de ses lèvres. Elle ne laissa pas l'émotion la submerger et souffla profondément pour retrouver son calme et finalement, elle descendit discrètement pour rejoindre Mathieu. Comme prévu, il l'attendait juste devant.

« Tu me donnes la route ? » Elle hocha la tête et il démarra sans attendre. « Au fait, moi, c'est Mathieu. »

« J'ai entendu dans la soirée, oui. »

« C'était pour que tu donnes le tien. » Il secoua la tête, riant silencieusement et faisant apparaître un léger demi-sourire chez la jeune femme. « Alors ? »

« Madeline. Je m'appelle Madeline. »

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