4.6 : Une photographie de famille

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Les soldats et les membres du service de sécurité - habillés en matelots mais armés de pistolets - avaient pratiquement cerné toute la superstructure de haut en bas ; ils fouillaient de fond en comble les chambres de l'équipage, la salle de jeu, l...

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Les soldats et les membres du service de sécurité - habillés en matelots mais armés de pistolets - avaient pratiquement cerné toute la superstructure de haut en bas ; ils fouillaient de fond en comble les chambres de l'équipage, la salle de jeu, les douches et les toilettes, la cuisine, la cantine, les bureaux exempts d'accès verrouillé, la réserve de nourriture, la salle des machines ; ils jetèrent même un œil dans la passerelle de pilotage. Le Commandant Ingmar Larsson s'assurait lui-même qu'aucun recoin ne soit négligé.

Quatre fantassins cagoulés qui avaient été chargés d'inspecter la cuisine - point de départ des deux cibles recherchées - avaient ausculté toutes les armoires de rangement, balançant au sol tout ustensile susceptible d'occulter la présence des deux cibles. L'un d'eux reçut un appel de l'officier au blouson d'aviateur.

<< Oui ?

— Rien à signaler dans les cuisines ?

— Non. Ils ne sont pas là.

— Tous les étages du niveau inférieur ont déjà été minutieusement inspectés. Il reste à fouiller les deux derniers étages supérieurs, c'est finalement là qu'ils doivent se cacher ! Ils sont malins mais ils sont pris au piège ! Rejoignez-moi, je suis au premier.

— À vos ordres ! >>

Ils abandonnèrent la pièce. Après quelques instants, la trappe de la machine de livraison s'ouvrit pour la seconde fois. Le chat l'évacua, immédiatement suivit de Zoran.

<< Tu les as entendus ! Ils remontent ! La voie est libre ! >> fit remarquer la petite bête.


Aurore fut raccompagnée comme convenu dans sa chambre par la jeune femme qu'elle avait prénommée Sélène. Le drapeau noir de la Suggestion était accroché au-dessus du lit double au pied duquel se trouvait un canapé ; un cratère en calice attique à figures rouges représentant la déesse Éos, armée d'un caducée similaire à celui qui se trouvait protégé par une vitrine murale dans le bureau du Général et occupée à poursuivre un garçon portant une lyre, reposait sur la table de nuit à droite de l'un des deux oreillers ; sur celle de gauche, soit le même meuble à l'opposé, trainaient quelques balles de pistolet, un petit bidon d'huile et un transparent A4.

La dame en peignoir de bain s'assit sur la moquette saumon du lit.

<< Tu veux dormir, Aurore ? >> questionna Sélène.

La quinquagénaire ne répondit pas, le corps aussi amorphe que le regard. La jeune femme à la chevelure blonde, ondulée et coupée en carré, soupira et se rapprocha du pan de mur qui faisait face au canapé ; une photographie de famille encadrée y était fixée. Elle la décrocha et, la tenant entre les deux mains, la contempla. Cinq individus souriant y figuraient.

<< J'aime beaucoup cette photo. >>

Le personnage qui se trouvait au centre n'était autre que Sélène elle-même, adolescente ; à l'époque, ses cheveux étaient châtain clair, sa couleur probablement naturelle. Une main était posée sur son épaule droite, celle de la dénommée Aurore en personne ; sa chevelure était nettement plus longue qu'à l'instant présent, la face encore épargné de toute ride. Elle était bras dessus dessous avec l'officier Francis qui, à l'époque, avait une barbe complètement noire et les membres inférieurs déjà métalliques. À la gauche de la jeune Sélène se tenait un homme entre la vingtaine et la trentaine dont la carrure était déjà aussi bien développée que maintenant ; il s'agissait du Général Arkoudas, glabre, le crâne encore bien garni, un rictus timide et des soleils d'argent épinglés sur les épaulettes ; il avait la main posée sur la hanche d'une asiatique en blouse blanche qui semblait un peu plus âgée que lui ; elle avait de petites pommettes saillantes et un ventre légèrement rond.

<< J'avais quinze ans à l'époque ... J'étais encore très insouciante, je me posais certainement moins de questions que maintenant. Toi, tu venais d'avoir trente-sept ans. Francis avait déjà perdu ses jambes, à peine quelques semaines après votre mariage. Hélios, notre frère, ne faisait pas encore pousser sa moustache et ignorait qu'il serait un jour nommé Général ... Mégaclès allait bientôt naître. >>

Elle venait de porter le regard sur la petite dame asiatique.

<< C'était il y a dix-huit années ... L'État Suggéré était tout jeune. Le temps est vite passé ... Des tas de choses ont changé ... >>

Elle se retourna. Elle se découvrit seule dans la pièce.

<< Aurore ? >>

Sélène sortit précipitamment de la chambre après avoir déposé la photographie encadrée sur le lit.

<< Aurore ? Où es-tu ? >> cria-t-elle.

KATZEN - Tome 1 : Mémoire morte [Wattys2021]Des histoires addictives. Découvrez maintenant