GAGNANT WATTYS 2021 ⭐
Un mystérieux chat noir pourchassé par l'armée libère un jeune prisonnier ayant participé, quelques années plus tôt, à la dernière guerre des Balkans.
Au fur et à mesure d'une traque qui se poursuivra au travers de l'Europe et...
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Le félin noir se trouvait plongé sous une tempête de pluie et d'acier, dans un abri en ruine aux murs de briques rouges ; il vit plusieurs militaires cagoulés et armés de fusils mitrailleurs - dont un posé sur un bipied ; certains d'entre eux étaient occupés à tirailler au travers des meurtrières de fortune ou de fenêtres dont les vitres avaient littéralement explosé. Quelques Zaters trainaient à terre. Une déflagration retentit et inonda l'intérieur d'un nuage de poussière blanche. Au bout de quelques secondes, le temps que la masse d'opacité s'atténue, il découvrit, au ras du sol, le cadavre d'un soldat. Il se retrouva ensuite sous la bâche malmenée par le vent d'un camion militaire qui, sous les intenses précipitations, cahotait dans son déplacement ; plusieurs soldats étaient assis et éparpillés dans le plateau-ridelle, les plus avantagés étant installés sur les banquettes ; tous étaient trempés de la tête aux pieds, le treillis et la cagoule encrassés, leur arme entre les cuisses. L'orage tonnait presque autant que les bombes.
<< Matou, réveille-toi ! >> hurla Friedrich.
Le chat releva finalement les paupières et distingua Sterben occupé à marcher dans sa direction d'un pas décidé, une torche enflammée à la main. Il se redressa péniblement sur ses pattes tout en reprenant ses esprits, à la surprise flagrante du chef de bande. Le personnage à la face tatouée et amputée du nez s'arrêta ; il fixa dans les yeux la petite bête qui en fit tout autant, à quelques mètres de distance.
<< Pour la dernière fois ... Qui t'a envoyé ici ? Qui te télécommande ?
— ... Je ne sais pas. Je suis venu de mon propre chef.
— ... Qu'est-ce que tu racontes ? >>
Le pouilleux se remit finalement en marche vers l'animal. Ce dernier, sans prévenir, se rua à toute vitesse sur lui en poussant un vibrant miaulement. Il évita un coup de torche et se jeta sur l'ennemi, lui assénant quelques puissantes frappes des pattes tant antérieures que postérieures avant de retomber, contraint d'effectuer un salto arrière pour échapper aux flammes. Il revint à la charge en portant un farouche coup de boule à l'abdomen du chef de bande puis, s'agrippant à sa combinaison, passa en une fraction de seconde dans son dos et, après un énergique mouvement de pulsion, le cogna à l'occiput. Le pouilleux lâcha la torche et, sombrant en avant, n'eut pas atteint le sol que le matou lui infligea un dernier coup, en l'occurrence circulaire et crocheté d'une patte arrière, en pleine face. La petite bête, hors d'haleine, observa un moment le corps de Sterben à présent inanimé sur le tarmac avant de se décider à orienter ses yeux-caméras vers l'ex-Lieutenant autrichien.
<< D'où viens-tu ? interrogea le pauvre captif.
— Je l'ignore ... J'aimerais bien le savoir ... >>
L'ancien truand d'Hambourg, après avoir sensiblement altéré la surface de la porte de bois sans pour autant y avoir formé la moindre brèche, recula de quelques pas, essoufflé.
<< ... Écoute, garçon ... Ouvre-moi. Oublie ce que je t'ai dis. Finalement, je crois que nous devrions faire alliance, toi et moi. À deux, nous serons plus forts. Je te filerai tous mes tuyaux ... J'ai juste besoin de savoir si tu me fais confiance ... >>
Il fut perturbé par un bruit tout proche et, instinctivement, pivota légèrement la tête, méfiant. Zoran, qui se trouvait en réalité dissimulé jusqu'ici sous le petit piano à queue derrière lui, sortit précipitamment de sa cachette et lui sauta au cou. L'homme essaya de se débattre mais, après une nouvelle bousculade, l'ex-forçat parvint à prendre un avantage décisif en le jetant par-dessus le garde-corps du palier d'étage, le faisant sombrer alors sur la première série de marches d'escalier. Le corps inconfortablement échoué sur le velours qui couvrait les marches, le visage du personnage aux dents jaunes et à la queue de cheval se contorsionna avant de dessiner un sourire ; il commença alors à se redresser. Il remarqua cependant, en levant les yeux, une ombre se mouvoir au-dessus de lui. Le garçon en caleçon lui jeta le buste de Joseph Haydn en plâtre qui, jusqu'ici posé sur le couvercle du piano, échoua sur sa tête en se fracassant en une dizaine de morceaux.
La BMW à deux roues, un peu plus bosselée et éraflée que quelques heures plus tôt, cheminait entre les deux voies ferrées de l'ancien petit train de Borkum. Le félin noir s'accrochait à l'aide de ses pattes antérieures au niveau des hanches de l'ex-Lieutenant qui était au guidon de la machine.