GAGNANT WATTYS 2021 ⭐
Un mystérieux chat noir pourchassé par l'armée libère un jeune prisonnier ayant participé, quelques années plus tôt, à la dernière guerre des Balkans.
Au fur et à mesure d'une traque qui se poursuivra au travers de l'Europe et...
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Deux dragons se présentèrent à l'entrée de l'espace de travail où Zoran et Górski s'étaient mis à l'abri du feu et de la foudre. L'officier se redressa d'un bond, largua une grenade du module fixé à son fusil-mitrailleur et se remit aussitôt à couvert pour éviter les éclats. Quelques secondes s'écoulèrent. Il entendit le jeune compagnon d'aventure du matou pousser un gémissement de frayeur et réalisa alors sa présence dans la pièce.
<< Ne bouge pas ... >> lui recommanda-t-il à voix basse.
Le seuil de l'entrée était partiellement ravagé et noircit par l'explosion. Une légère odeur âcre s'immisça dans leurs narines. Le Polonais toussota.
Quelqu'un éteignit l'éclairage du corridor attenant, les privant totalement de la moindre source de luminosité. Ils purent toutefois ouïr des pas humains lourds et réguliers qui se rapprochaient du spacieux bureau. Le défaut de visibilité et la possibilité d'attaquer l'un de ses subalternes par inadvertance forçaient nécessairement Górski à réagir au dernier moment avant de cracher le fer.
<< Qui se cache ici ? >> résonna une désagréable voix masculine.
Après avoir prononcé ces mots, l'homme en treillis d'automne s'introduisit dans l'espace de travail, suivit de cinq petits monstres mécatroniques. Le Colonel et l'ex-forçat devaient potentiellement se réaliser à leur merci.
Il leva son pistolet relié à ses réservoirs dorsaux et fit jaillir du canon une importante flamme contrôlée qui éclaira instantanément l'endroit. Les ténèbres momentanément chassés, Zoran se découvrit face à face à deux dragons d'aciers qui le tenaient en joue. Deux autres faisaient de même avec Górski qui, naturellement, relâcha son fusil-mitrailleur. L'officier fixa l'artificier dans les yeux.
<< Pyroski ... prononça-t-il.
— ... Oui ... C'est juste mon nom de guerre. >>
Le curieux personnage en treillis d'automne posa la main gauche sur sa cagoule thermique et éteignit son feu durant quelques secondes, faisant replonger la pièce dans l'obscurité. Quand il fit revenir de nouveau la luminosité en pressant la détente de son pistolet, il réapparut sans son masque grenat, révélant ainsi son visage parsemé de suie, de quelques brulures et d'une pilosité de trois jours ; ses yeux étaient rieurs, ses dents étaient excessivement jaunes et usées ; les cheveux encore présents sur son crane dégarni étaient teints en rouge. Il avait une cinquantaine d'années.
<< Où est le chat ? >> questionna-t-il en dessinant dans le vide, avec un certain talent pyrotechnique, les contours de la tête d'un félin qui, après l'effet de la persistance rétinienne, disparut aussitôt.
La réponse tardait à venir. Il se tourna en direction des deux reptiles qui braquaient le jeune homme dissimulé sous une table.
<< Écartez-vous ... >>
Les deux robots obtempérèrent, lui permettant de s'approcher de Zoran qui posa instinctivement à terre le fusil à foudre qu'il tenait, jusqu'ici, encore en main. Le dénommé Pyroski orienta son jet enflammé dans sa direction.
<< Toi ... Tu dois être le garçon qui accompagne l'animal ... >>
L'homme qui commandait les dragons amplifia l'épaisseur du feu afin de le mettre au pied du mur. Un extincteur automatique à eau fixé au plafond, juste au-dessus de leur tête, déclencha une pluie sans que cela ne semble guère incommoder l'artificier.
<< Où est-il ? >>
La concentration de chaleur empêchait littéralement l'ex-forçat de respirer et donc de s'exprimer.
Un curieux bruit fit vibrer les tympans de Pyroski. Il orienta brusquement son bras dextre vers l'entrée de la pièce, projetant une immense flamme sur un hussard ailé qui, surgissant à l'intérieur, eut tout juste le temps de décharger une balle de Beryl mais de manquer sa cible. Le cinquième dragon, posté près de la porte, n'eut pas besoin de s'en occuper ; le militaire, transformé en véritable torche humaine, hurla et se mut dans tous les sens en prenant la fuite, une réaction qui provoqua un sourire sardonique sous le nez de l'artificier à la tête déjà bien trempée. Le pauvre soldat polonais martela un instant les murs de ses poings, réenclenchant par l'occasion la lumière artificielle du corridor, et se laissa ensuite choir à terre afin de rouler sur lui-même.
Le son produit par un puissant jet d'eau se fit alors entendre. La lance d'incendie placée au fond du corridor s'était précipitamment activée et propulsait plusieurs litres à la seconde sur le militaire en feu. Quand le reptile d'acier qui gardait jusqu'ici l'entrée surgit dans le passage, le bec de la lance s'arrêta instantanément et se laissa retomber, comme si un homme invisible l'avait relâché.
<< Le chat ... prononça Górski.
— Le chat ? >> répéta Pyroski.
Un mouvement d'agitation où se mêlèrent un miaulement, des décharges de Zater et autres échanges de politesse, résonnèrent du corridor. Au bout de quelques secondes, l'homme au treillis d'automne aperçut, de l'autre côté du seuil de la porte d'entrée, le monstre mécatronique voler en éclats.
<< Allez voir. >> commanda-t-il aux deux dragons qui tenaient Górski en joue.
Ils se rendirent à leur tour sans attendre à l'endroit désigné. Une pétarade témoignant d'une nouvelle confrontation résonna. Le silence revint brusquement, s'installant durant de longues secondes. Les trois hommes présents dans l'espace de travail avaient la bouche à moitié bée.
Le félin noir fit tranquillement son retour dans le bureau et leva ses yeux-caméras sur l'artificier.