GAGNANT WATTYS 2021 ⭐
Un mystérieux chat noir pourchassé par l'armée libère un jeune prisonnier ayant participé, quelques années plus tôt, à la dernière guerre des Balkans.
Au fur et à mesure d'une traque qui se poursuivra au travers de l'Europe et...
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L'hélicoptère de transport d'Ingmar Larsson atterrit dans la cour intérieure de l'Oesling, à proximité d'un hangar devant lequel Hélios Arkoudas patientait seul, le séant appuyé contre la portière d'un cabriolet militaire tout-terrain. La double porte de l'aéronef s'ouvrit, permettant à la vingtaine de fantassins cagoulés et armés qui se trouvaient à l'intérieur de l'évacuer ; ils saluèrent le Général en portant une main à hauteur de la tempe et se disposèrent en ligne. Anselme Rojas et Izidor Kaluža en sortirent à leur tour, immédiatement suivis de Dirk Zaterdag. Ces trois personnages vinrent à la rencontre du père de Mégaclès ; les deux premiers lui adressèrent également un salut tandis que l'homme d'affaires lui serra simplement la main.
<< Général ...
— Monsieur Zaterdag. Le Commandant Larsson m'a informé de votre venue.
— Oui ... Il nous a fait faire un détour, il a tenu à retourner à proximité de la zone hollandaise pour poursuivre sa mission. C'est là que nous nous sommes séparés. >> expliqua son interlocuteur aux verres de lunettes fumés.
Ils se fixèrent tous les deux en chiens de faïence durant un bref instant.
<< Le Commandant Larsson cherche quelque chose, apparemment ... Quelque chose de grande valeur. Une valeur qui équivaut, je dirais, à environ quatre cent milliards d'Eurobits.
— Montez dans la voiture, Monsieur Zaterdag. Nous allons en discuter dans mon bureau, si vous le voulez bien.
— C'est la raison pour laquelle je suis venu. >>
Hélios ouvrit la portière à l'homme d'affaire qui s'installa aussitôt sur la banquette arrière. Il se plaça ensuite devant le volant déployé, alluma le moteur et interpella Anselme et Izidor.
<< Occupez-vous d'eux. ordonna-t-il en désignant le groupe des vingt fantassins.
— À vos ordres, Général. >> acquiesça le petit officier violâtre.
Le véhicule s'éloigna.
Le grand luminaire dominant le jour se couchait. Zoran et le matou remontèrent à la surface et échouèrent le vaisseau submersible sur une plage apparemment exempte de présence humaine, côte à côte avec un brise-lame constitué de blocs de pierre. Des familles entières de phoques se reposaient au loin. Le félin noir pressa un bouton qui déclencha aussitôt le jet d'un petit grappin qui vint s'accrocher aux rochers, amarrant ainsi l'appareil. Ils posèrent ensuite pied et patte sur le sable fin. L'air était relativement frais et iodé. Ils purent remarquer à plusieurs mètres de distance, sur la digue, un kiosque blanc chapeauté d'une coupole foncée. Ils traversèrent la plage dans sa direction et grimpèrent les marches d'un premier escalier leur donnant accès à la promenade de bord de mer. Ils eurent alors un avant-goût de l'état désastreux de ce qui s'apparentait à une station balnéaire ; le kiosque était maculé de graffitis indéchiffrables qui couvraient son contour et ses carreaux étaient intégralement brisés ; toutes les petites boutiques, cafés et autres restaurants, étaient apparemment non seulement dépeuplés mais également totalement saccagés. Ils effectuèrent ensuite l'ascension d'un second escalier pour atteindre la rue supérieure, découvrant des bâtiments nettement plus élevés mais dans le même état de dévastation ; la pergola d'une ancienne et longue terrasse jonchait également le sol, à moitié détruite et carbonisée, à l'instar de quelques carcasses d'automobiles.
<< Ce n'est pas normal de trouver une pareille désolation dans l'État Suggéré. souligna l'évadé du pénitencier liégeois.
— On dirait qu'il n'y a pas un chat par ici ... À part moi ... >>
Ils cheminèrent quelques instants dans l'inquiétante voie urbaine, tout aussi exempte d'animation que la plage. Ils croisèrent une petite avenue perpendiculaire menant à un phare en briques haut de soixante mètres de hauteur et dont la lanterne était allumée. Des ondes sonores constituées de cris et de rires humains éloignés se propagèrent jusqu'à leurs tympans.
<< Belle ambiance ... fit remarquer le jeune homme.
— Oui ... Il va falloir trouver un abri tranquille au plus vite, si possible où nous pourrons manger. La nuit commence à tomber ... >>
Soudain, une voix interpella le garçon au pantalon de visibilité : << Es-tu fou ? >>
Un homme d'une soixantaine d'années, les cheveux poivre-et-sel et taillés en brosse, criait dans leur direction à partir d'une fenêtre située au premier étage d'un ancien restaurant.
<< Moi ? fit Zoran.
- Oui, toi ! Es-tu fou ? >>
Le personnage appuya son propos en se tapotant la tempe avec son index dextre.
<< Pourquoi ?
— Depuis combien de temps es-tu ici ? Je ne t'ai jamais vu !
— Je viens d'arriver.
— Ah oui ... Tu es nouveau ? Que vas-tu faire s'ils viennent ?
— Qui ça ? >>
Un bruit d'engins motorisés résonna à plusieurs centaines de mètres de distance sur la plage. L'ex-forçat se retourna.
<< Eux ! Tu es fou ! >>
Aidé de ses yeux-caméras, le félin noir effectua un zoom sur les individus dont il était question.
<< Ce sont des hommes qui s'amusent sur quads ... >> constata-t-il.
Le retentissement de moteurs fort en décibels ne suffisait pas à couvrir les rires hystériques des conducteurs qui s'amusaient à bondir de dune en dune sur leur machine.
Les deux compagnons d'aventure entendirent le cliquètement d'une vieille serrure derrière eux. L'homme aux cheveux poivre-et-sel leur ouvrit la porte d'entrée afin de leur permettre l'accès à l'établissement.
<< Entre-ici avec ton matou avant qu'ils ne te voient ! >>