8.4 : Les deux enfants

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L'ex-forçat et le félin noir - qui se tenait derrière la dame - s'observèrent, bouche et gueule béantes

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L'ex-forçat et le félin noir - qui se tenait derrière la dame - s'observèrent, bouche et gueule béantes.

<< Maman ...

— Allons, entre avec ton ami ... J'espère que vous avez terminé vos devoirs ! >>

Ils s'exécutèrent.

Le salon, bien que relativement spacieux, était limité en terme de mobilier ; il s'y trouvait un long buffet à la composition partiellement mélaminée sous lequel la petite bête alla se réfugier, quelques chaises en polyuréthane, une table de jardin blanche et ovale, un vieux canapé en lin usé et un large téléviseur qui, accroché au mur, diffusait des prises de vue stimulantes.

<< Tout est devenu si vide ... s'étonna l'ex-Lieutenant.

— Cet appartement est rempli de ta présence, Klaus, comme mes pensées ... >>

Il se retourna et fixa sa mère avec une attention chargée d'interrogation.

<< La nuit est tombée ... Il est temps que tu ailles dormir avec ton ami ... J'espère que tu as prévenu sa maman ! >>

Le sexagénaire, troublé, répondit au bout de quelques secondes : << Oui ... Nous parlerons demain ... Je ... Je dormirai sur le canapé. Zoran pourra se reposer dans ma chambre ... Comme ça, il aura de la place ...

— Dis ... Ton ami ... Ce n'est pas un Prussien au moins ? >>

Elle dévisagea le garçon concerné qui semblait d'autant plus mal à l'aise.

<< Non, maman ... Je crois qu'il vient ... Heu ... De Wallonie ... Tu vois, la Belgique ...

— La Belgique ? >> s'écria-t-elle, les yeux écarquillés.

Klaus Friedrich paraissait tout aussi gêné que son jeune invité aux cheveux retombant anarchiquement en frange sur le front.

<< ... C'est très bien, la Belgique ... Ses habitants sont sympathiques ... >> lâcha-t-elle, finalement souriante, en pinçant les joues de l'ex-forçat qui fit mine d'apprécier le traitement.

L'ex-Lieutenant poussa un soupir de soulagement, de même que le matou dissimulé sous le buffet.

<< Est-ce que tu as apporté ton pyjama avec toi, mon petit ?

— Disons que ... je suis déjà en pyjama, Madame. >>

Elle le toisa de haut en bas.

<< Tu te promènes en pyjama dans la rue ? Mal élevé ! >> s'emporta-t-elle en lui décochant un soufflet.

Klaus Friedrich se rongeait nettement les sangs, désemparé. Les lèvres de la dame s'attendrirent néanmoins, comme si de rien n'était.

<< Ce n'est pas grave ... Je vais te donner des affaires de mon petit Klaus. Tu viendras les rapporter quand tu le désireras. suggéra-t-elle d'une voix doucereuse.

— Oui, Madame.

— Je reviens ... Je vais voir ce que j'ai à te proposer ... >>

Elle sortit de la pièce.

Le jeune homme et le sexagénaire s'échangèrent un regard hagard. Le second s'assit sur le canapé, reposant son front sur ses deux mains, les coudes posés sur les genoux.

<< Elle ne se rappelle de rien ... Ma pauvre mère ... >>

Le félin noir se dégagea de sa cachette et intervint : << Qu'est-ce qu'elle a ? Est-ce que c'est l'effet produit par la Suggestion ?

— Oui. confirma Zoran.

— Alors ... fit le chat. Je dois en déduire que ... le stimulateur qu'elle a dans le cerveau la fait vivre dans un drôle de rêve. Sa folie lui suggère que vous n'avez jamais été déporté. Elle lui suggère que vous ne l'avez jamais quittée. Elle lui suggère que vous êtes toujours le petit Klaus innocent qu'elle a toujours aimé, le petit Klaus qui n'a jamais grandi, le petit Klaus qui n'a jamais été incriminé pour Intelligence avec l'ennemi. >>

L'Autrichien leva les yeux sur la petite bête.

<< Est-ce bien cela, la Suggestion ? Est-ce cela qui maintient les gens dans un état de bonheur continuel ? Le rêve ? Cet état second ?

— ... C'est précisément cela. >> admit l'ex-Lieutenant.

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