1.9 : Le pénitencier

187 30 3
                                        

Zoran remonta une petite voie piétonnière et, après avoir traversé un carrefour situé à quelques dizaines de mètres d'une voie ferrée, s'arrêta devant un bâtiment en briques taupes

Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.

Zoran remonta une petite voie piétonnière et, après avoir traversé un carrefour situé à quelques dizaines de mètres d'une voie ferrée, s'arrêta devant un bâtiment en briques taupes. L'édifice, auprès duquel voltigeaient une dizaine de bourdons geôliers, comportait trois étages et disposait de cinq portes de garage.

<< Forçat Zoran. Vous êtes bien arrivé à votre pénitencier pour cette nuit. Demain, vous serez appelé à travailler au sein d'une nouvelle équipe. Bonne nuit. >> annonça le bourdon robotique qui vint rejoindre ses congénères.

Pendant que sa main gauche s'occupait à soutenir son récent et curieux renflement abdominal, le jeune homme utilisa la dextre pour pousser la porte d'entrée de l'immeuble. Il se retrouva dans un lumineux vestibule aux murs beiges et au magnifique revêtement de parquet en feuilles ; il faisait face à une banque d'accueil en mélanine et aux lignes raffinées derrière laquelle était assise une dame sexagénaire aux cheveux gris et noués. Elle était occupée à nettoyer les verres de ses lunettes tout en écoutant la symphonie numéro trois de Johannes Brahms. Il se présenta devant le plan de travail sur lequel se trouvait un petit appareil électronique noir qui, reposant sur un tapis de charge à induction magnétique, avait l'aspect d'une douchette. D'une main trémulante, il s'en empara et le porta vers le bas du dos jusqu'à ce qu'un signal sonore aigu retentisse ; il le replaça ensuite sur son chargeur. La réceptionniste derrière le meuble remit ses lunettes sur son nez et visualisa la fiche d'identité du jeune travailleur qui venait de s'afficher sur son moniteur.

<< Forçat Zoran, bonsoir ... J'avais oublié que vous dormiez ici aujourd'hui ... Votre cellule est prête ; c'est la porte trente-trois, au dernier étage. J'espère que votre journée s'est bien déroulée. >>

Les lèvres du jeune homme, forcément bouleversé par les derniers évènements, se maintinrent closes.

<< Où sont les autres membres de votre équipe ? Je vois ici que leur réservation vient tout juste d'être annulée.

— ... Heu ... Ils ...

— Oui ?

— Il y a eu ... un changement.

— ... Tant mieux pour vous, vous pourrez disposer de la salle de bain commune pour vous tout seul.

— ... Merci. >>

Il passa de l'autre côté de la banque d'accueil et entama l'ascension de la cage d'escalier. À mi-parcours, il croisa un garçon en salopette à peine plus jeune que lui ; il faisait le chemin inverse.

<< Hé, salut Zoran ! Tu vas bien ? Ça faisait longtemps ...

— Heu ... Oui ... Oui, oui ...

— Nous allons bientôt manger ... N'hésite pas à venir à ma table !

— Heu ... Bien sûr. À tout à l'heure ... >>

Il parvint dans le corridor du troisième étage au long tapis bleu décoré de motifs floraux et s'avança jusqu'à la porte où figurait le numéro trente-trois. Il colla son dos à un lecteur mural qui émit le même son aigu que l'appareil précédemment utilisé dans le vestibule. La porte coulissa, lui permettant d'accéder à une chambre meublée digne d'un typique hôtel à deux étoiles. L'éclairage s'enclencha automatiquement à son entrée. Sans plus attendre, il déposa délicatement le mystérieux animal qu'il dissimulait sous ses vêtements sur la couette blanche, propre et moelleuse, préparée sur le lit individuel. Il rabattit promptement le couvre-fenêtre de sa tabatière, ôta ses gants et accrocha sa veste orange sur le dossier d'une chaise. Il fixa du regard quelques instants la petite bête, s'agenouilla devant le lit et rapprocha son oreille du museau noir. Le garçon, à présent en t-shirt blanc, put ouïr distinctement le son d'un souffle aspiré et expiré. Il se releva, fit les cent pas dans l'étroit espace de la pièce désignée comme cellule, naturellement anxieux, et finit par s'asseoir sur le lit en soutenant un long instant sa tête entre les mains. Lorsqu'il la redressa, il se vit à côté du petit corps au pelage noir au travers de la glace fixée à la porte du placard.

<< ... Ce n'est pas possible ... Qu'est-ce qu'il s'est passé, purée ? >>

Quelques minutes plus tard, il descendit jusqu'à la cantine qui se situait juste sous le rez-de-chaussée. Il retrouva une vingtaine de jeunes hommes déjà attablés dont faisait partie celui qu'il avait précédemment croisé dans les escaliers, tous vêtus de tenues de travail variées. Il échangea un salut distant avec quelques-uns, sans pour autant paraître en état de répondre à leur sourire.

<< Hé ! Zoran ! Qendrim et Pero sont avec toi ? demanda l'un d'eux, assis en compagnie de deux autres forçats dans un coin.

— ... Non ... Non, ils ne sont pas là.

— Ah ... Ils dorment ailleurs ... Dommage. >>

Il alla chercher une assiette creuse et la présenta àun cuistot au travers d'un passe-plat. Il s'empara d'une cuillère ainsi que de deux petits pains ronds bruxellois et repéra, de l'autre côté du mur, au moment de recevoir sa soupe, une petite pile de boîtes de saumon sauvage posées sur une étagère de la cuisine.

KATZEN - Tome 1 : Mémoire morte [Wattys2021]Des histoires addictives. Découvrez maintenant