9.1 : Le journal stambouliote

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Le Général se jeta sur l'étranger qui essayait, tant bien que mal, de déguerpir en insistant frénétiquement sur la pièce de serrurerie

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Le Général se jeta sur l'étranger qui essayait, tant bien que mal, de déguerpir en insistant frénétiquement sur la pièce de serrurerie.

<< Qui êtes-vous ? >> interrogea-t-il, le saisissant par la nuque et le maîtrisant par une clé articulaire au niveau d'un bras.

— Aïe ! Pitié ! Excusez-moi !

— Que voulez-vous ?

— Pardon ! Je travaille pour la presse, je m'appelle Murat Şentürk ! J'imagine que j'aurais dû vous laisser tranquille mais j'ai eu un renseignement ! J'essaye juste de gagner ma vie ! Je ne voulais pas vous déranger !

— Qu'êtes-vous venu chercher ?

— Et bien ... Des photos ... Je souhaitais vendre la photo de vous en face de votre arrière grand-père à bon prix ... Je suis désolé pour la gêne occasionnée. >>

Hélios relâcha la pression. Le fuyard se retourna, permettant au Général de s'adresser à lui de face.

<< Des photos exclusives ? Pour la presse ?

— Oui, bien sûr ... J'écris aussi des articles parfois ...

— Ce n'est pas normal ... Pour quel journal travaillez-vous ?

— Principalement pour le journal local d'Istanbul.

— Ah oui ? La presse turque ... Je comprends mieux. Vous êtes Stambouliote ?

— Je l'étais ... Je vis à présent à Athènes avec ma famille.

— J'ai passé une partie de mon enfance à Istanbul ... >>

Le chef d'État-Major des forces armées de la Suggestion lui tourna le dos et se mit à redescendre calmement l'escalier d'accès à l'entrée du musée.

<< Heu ... Vous me laissez partir ?

— Non. >> fit Arkoudas sans se retourner.

La mine du dénommé Şentürk exprima de nouveau une forte anxiété. Le Général continua : << Je vais vous donner le privilège d'un entretien exclusif pour votre journal ... >>

Le personnage à la chemise bleue cintrée parut un moment soulagé avant de retrouver un visage dénué de toute expression.


Cinq soldats de la Suggestion avaient brisé en éclats les deux vantaux vitrés de la large porte-fenêtre du salon de l'appartement de Ghislaine Friedrich avant de débarquer à l'intérieur. La dame octogénaire y était présente en compagnie de son fils, de Zoran et du félin noir. Ce dernier se résolut à passer aux hostilités sans attendre en bondissant sur la table de jardin servant aux repas, évitant la décharge du fantassin qui le braquait, à deux doigts de le cogner rudement. Un autre militaire parvint cependant à l'arrêter dans sa lancée en le neutralisant d'un éclair magenta ; la petite bête, assommée sur le coup, s'écroula sur le meuble blanc et ovale.

<< Matou ! hurla l'ex-Lieutenant autrichien.

— Ho non ... poussa l'ex-forçat.

— Messieurs, merci de m'avoir débarrassée de cette chose. Auriez-vous l'amabilité de refermer la porte afin d'éviter les courants d'air ? >> demanda poliment aux soldats la maîtresse des lieux dans une voix doucereuse.

À leur tour, Anselme et Izidor firent leur entrée dans la pièce en empruntant le même passage que les cinq premiers. L'aéronef de prédilection des deux officiers stationnait dans les airs juste en face du balcon de l'habitation. Le petit homme violâtre, aux côtés des fantassins cagoulés, prit en joue Klaus et Zoran qui, raisonnables, se décidèrent à lever les bras. Le géant édenté s'approcha de la table ovale en ricanant et s'empara délicatement du petit corps au pelage noir.

<< Désolé, nous avons oublié de sonner ... plaisanta le Commandant Rojas en s'adressant aux deux évadés de Borkum encore debout.

— J'aurais préférez que vous sonniez, cela s'appelle la politesse. signala calmement Ghislaine. Est-ce que ce sont des amis à toi, Klaus ?

— Non ... >> répliqua l'intéressé.

Au bout d'un bref moment d'hésitation, le garçon au pantalon de visibilité orange avança d'un pas et intervint à son tour : << Écoutez ... Heu ... Contrairement à ce que vous croyez, moi, je n'ai rien à voir avec ce chat ! Je ... Je ne lui ai jamais demandé de me libérer lorsque je l'ai rencontré ... Je l'ai suivi sous la contrainte avec cet homme parce que je n'avais pas d'autre choix pour rester en vie, c'est tout ! Voilà ... >>

Le sexagénaire à la coupe en brosse le dévisagea : << ... Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? >>

Anselme et Izidor émirent tous les deux un petit rire complice étouffé.

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