1.1 : L'hydrocureur

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<< Crochet ! >>

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<< Crochet ! >>

Le garçon d'une vingtaine d'années qui venait de crier de sa voix de ténor, les pieds bottés sur une rigole à proximité de la grille d'un avaloir, portait entre les mains - protégées par des gants de travail - l'embout métallique du tuyau d'aspiration relié à un véhicule hydrocureur. Sa silhouette était mince ; il avait une barbe de trois jours encore très incomplète et de courts cheveux noirs qui retombaient anarchiquement en frange sur le front. Il interpellait un homme visiblement âgé d'une décennie de plus que lui et qui, au beau milieu de la chaussée, muni d'une barre de fer dont une extrémité formait une courbure apte à la préhension, avait les yeux plongés dans les points lumineux du firmament. Ce second personnage, visiblement distrait, était bien en chair ; une mine mélancolique marquait son visage en triangle ; sa chevelure était vénitienne, très courte et en début de calvitie. Tous deux étaient vêtus d'une combinaison de visibilité orange, veste comme pantalon.

L'engin blanc dédié à l'assainissement éclairait, par ses néons fluorescents disposés sous le châssis, la zone de bitume qu'il occupait en stationnement.

<< Allez, Pero ! C'est la dernière ! encouragea le premier.

— J'arrive, Zoran ... >> répondit enfin le second.

L'éboueur dissipé s'approcha de l'avaloir. Il remarqua alors une dame vraisemblablement sexagénaire qui cheminait sur le trottoir. Il fixa un moment, sans qu'elle ne semblât s'en rendre compte, son visage terne aux pupilles dilatées qui était éclairé par les lampadaires publics.

<< Pero ... >> prononça son collègue qui venait de constater ce nouvel instant d'égarement.

Une petite machine volante se rapprocha du duo en émettant un son d'une vibration rapide ; il s'agissait d'un robot à l'habillage en fibre de carbone qui, bien que de la taille d'un pied, ressemblait à un bourdon - toute proportion gardée.

<< Forçat Pero. Veuillez-vous ressaisir et terminer votre travail. La ville vous remercie. émit l'appareil bionique dans une voix électronique.

— Le geôlier vient de te remettre à l'ordre. >> s'amusa le dénommé Zoran.

La dame poursuivit son chemin sans paraître perturbée le moins du monde par ce petit évènement. Le travailleur concerné soupira et glissa enfin son crochet dans la grille de l'avaloir. La plaque étant résistante, il fut contraint de la forcer.

<< Que se passe-t-il, les gars ? Ne perdez pas trop de temps ... Nous devons encore aller vider la citerne après ! >> s'écria un troisième personnage assis derrière le volant directionnel de l'hydrocureur.

Le garçon qui venait d'intervenir, du même âge que le plus jeune de ses deux collègues, avait un embonpoint léger ; sa tête était typée et joufflue ; ses cheveux étaient sombres et couverts d'une casquette de la même couleur que sa combinaison.

<< Tout va bien, Qendrim ! >> rassura Zoran.

Pero parvint enfin à dégager la plaque et la laissa sur le côté de la bouche à garde d'eau, permettant dès lors à son collègue d'introduire la buse d'aspiration à l'intérieur. Il laissa tomber sa barre de fer et revint se placer derrière le véhicule d'assainissement afin d'y tourner une poignée de vanne. L'aspirateur démarra. Il s'empara alors du pistolet d'un nettoyeur à haute pression, directement lié à l'hydrocureur, et retourna à l'avaloir afin d'y décharger quelques jets d'eau pour faciliter la tâche à Zoran qui débarrassait le dispositif d'égouttage de toute la boue emmagasinée depuis le dernier nettoyage. Tout en effectuant ce dernier travail, Pero leva les yeux sur un autre passant à l'expression faciale tout aussi inexistante que le précédent ; il s'agissait d'un homme âgé qui s'appuyait sur une canne et qui, lui non plus, ne leur portait pas la moindre marque d'attention.

<< Tu ne devrais pas t'inquiéter ... >> lui suggéra le collègue à ses côtés tout en tapotant amicalement son épaule d'une main.

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