15.2 : Le lit

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Le Roi Boleslas, mal en point comme en témoignait son visage blême et de ses traits tirés, gisait dans le lit double d'une spacieuse chambre à coucher dans laquelle le Colonel polonais, l'ex-forçat et le félin noir venaient d'être amenés

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Le Roi Boleslas, mal en point comme en témoignait son visage blême et de ses traits tirés, gisait dans le lit double d'une spacieuse chambre à coucher dans laquelle le Colonel polonais, l'ex-forçat et le félin noir venaient d'être amenés. Au-dessus du dosseret de tête tombait du plafond un petit dais de soie bordeaux dans lequel s'insérait une reproduction fidèle de la Croix du Vieux-Bon-Dieu du sanctuaire belge de Tancrémont. D'épais rideaux, entre des boucliers de combat ronds qui couvraient des épées entrecroisées et sur lesquels était apposé l'aigle blanc polonais, bordaient amplement les imposantes fenêtres du mur à sa gauche. La Reine Hedwige était assise sur une haute bergère située dans un coin de la pièce, à l'opposé de son époux. La tristesse et l'anxiété de la dame masquée, apparemment percluse, se lisaient clairement dans ses yeux bleus.

Un septuagénaire barbu au crâne dégarni et tout de noir vêtu se tenait auprès du souverain, lui ôtant délicatement du front une compresse d'eau froide.

<< Votre Majesté ... prononça l'officier qui venait de faire son entrée.

— ... Górski ...

— Que vous est-il arrivé ? >>

Boleslas prit une profonde inspiration avant de parler.

<< ... Ah ... J'ai fais la connaissance du frère aîné de Pyroski ... J'en ai les jambes sciées. >>

Sur la couette qui le recouvrait jusqu'aux épaules, aucune éminence n'était effectivement perceptible en dessous du niveau du bassin.

<< Docteur ... Dites-leur ... pria-t-il.

— ... Vous êtes sûr ? >> interrogea l'homme en noir.

Le personnage interpellé se retourna et lança un regard hésitant à la dame couronnée, souhaitant peut-être une intervention de celle-ci. Elle resta de marbre. Il s'adressa alors au trio : << Heu ...Notre bon souverain est gravement malade ... L'azote liquide amélioré avec lequel il a été attaqué hier soir peut s'avérer extrêmement toxique s'il est mit en contact direct avec le sang ... Ses jambes se sont brisées, le poison s'est répandu dans son corps ... Il n'existe pas de traitement pour endiguer le mal ... Il ne lui reste que quelques jours ... >>

L'annonce interloqua les aventuriers.

<< ... Bien, Docteur. Vous pouvez disposer ... Je dois leur parler. >> demanda le monarque, nettement affaibli par rapport à la veille.

Le médecin effectua un hochement de la tête et quitta les lieux.

<< Approchez ... >>

Ils s'avancèrent de quelques pas en direction du lit.

<< Avez-vous vu Corvus ? questionna-t-il, à bout de force.

— Oui ... >> confirma Górski.

Le Roi prit la peine de retrouver un peu de souffle avant de reprendre : << ... Ce fut un carnage, ici.

— ... Ils vous ont épargné ... C'est curieux. fit remarquer l'officier.

— Ils m'ont épargnée aussi. intervint Hedwige. Ils voulaient le Prince Casimir.

— Où est-il ?

— ... Ils l'ont enlevé. >> informa-t-elle.

Ce fut la seconde surprise qui marqua notablement les mines du trio.

<< Pourquoi ? >> interrogea le Colonel polonais.

L'épouse de Boleslas se leva et vint lui remettre une feuille de papier légèrement froissée.

<< Une rançon. >> dit-elle.

Jurek Górski jeta un œil attentif au texte manuscrit rédigé noir sur blanc.

<< Ils réclament trois milliards d'Eurobits.

— Tout ce chaos pour une rançon ? s'étonna-t-il.

— Je ne comprends pas non plus ... agréa-t-elle. Quelque chose cloche ...

— Qui l'a enlevé ?

— Cryoski ... prononça le souverain sur un ton de voix pénible.

— Nous pensons qu'ils ont fui par la voie des égouts. souligna Hedwige.

— Le dispositif de sécurité n'était pas au point ?

— Apparemment, les rebelles ont déjoué toute la sécurité, surtout informatique, peu avant l'offensive. Ils ont pris les commandes du système durant un moment ... Nous ne les avons pas vu venir et nous ne les avons même pas vu partir. Nous étions à leur merci. >> expliqua-t-elle.

Le chat détourna les yeux du visage à moitié doré de la première dame de Pologne, songeur. Il grimpa sur le lit et, sans doute contraint par la force des choses, se décida enfin à prendre la parole : << C'est ma faute ... >>

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