5 : Les méduses

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Sélène Arkoudas se tenait debout au sommet d'une série de marches d'escalier de la superstructure du cargo

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Sélène Arkoudas se tenait debout au sommet d'une série de marches d'escalier de la superstructure du cargo. Elle braqua sur l'animal un révolver ébène au barillet et au pontet verts. La main trémulante, elle fit feu.

<< Hé ! Que fais-tu ? Nous avons failli foncer sur un rocher ! >> s'écria Zoran

Il ramena le félin noir, au volant du vaisseau sous-marin, à l'état de veille.

<< Excuse-moi. J'étais plongé dans mes pensées ... >>

Le chat se reconcentra sur la navigation.

<< Tout à l'heure, dans le cargo ... Je me suis rappelé de quelque chose ... reprit-il.

— Quoi ?

— La dame blonde que nous avons vue dans l'enregistrement, celle qui m'a prié de me rendre en Pologne ... Je crois qu'elle a tenté de me tuer ...

— Elle n'était pas là ! Tu as eu une illusion !

— Je sais ... mais je crois qu'il s'agit d'un souvenir bien réel.

— Ah oui ?

— C'est invraisemblable ...

— Tu ne te souviens de rien d'autre ?

— Ce bateau, je connaissais son code d'accès ... Je croyais bien faire mais nous nous sommes engouffrés dans la gueule du loup. >>

Ils ralentirent pour changer légèrement d'angle de trajectoire. L'évadé du pénitencier liégeois, perdu dans ses réflexions, contempla un bref instant l'épave d'une vieille pinasse qui, datant manifestement du milieu du vingtième siècle, était à moitié couverte d'un amas d'éponges et d'oursins. Il reprit ensuite la conversation avec l'animal : << Mes amis, également, se sont fait tirer dessus et ils sont morts ... Ça aussi, c'est un souvenir bien réel.

— ... Je sais.

— Oui ... Ça a tourné au vinaigre quand j'ai voulu venir en aide à Pero ... C'est lui qui devrait être à tes côtés, pas moi. C'est lui qui rêvait de s'évader.

— Rien ne s'est déroulé comme tu le voulais, peut-être, mais il n'y a pas de hasard. Il va falloir que tu l'acceptes.

— Non. Je ne demandais rien à personne, je voulais juste être un citoyen comme les autres. C'est tout ce que je souhaitais. >>

Le chat se tut un instant avant de répliquer : << ... J'ai une responsabilité envers toi. Dès que nous trouverons un endroit sûr, je te laisserai. Tu devras te reconstruire. Moi aussi, d'ailleurs. Quant à mes rêves à moi, je ne les connais même pas. >>

Sur ces mots, il augmenta progressivement les nœuds de l'appareil. Zoran, dont l'acuité visuelle était loin d'être aussi performante que celle de son compagnon au pelage noir, fut à peine capable de discerner les quelques plies et barbues qui apparaissaient sporadiquement sur leur route, contrairement à certains bancs de harengs et de maquereaux du fait de leur densité et de leur proximité. Au fur et à mesure de leur avancée, ils remarquèrent une espèce d'invertébrés étonnamment abondante.

<< ... Ce sont des méduses ? demanda le garçon. J'ignorais que cet animal pouvait être aussi énorme.

— Ce sont des méduses géantes. Il n'est pas possible de rencontrer cette catégorie en mer du Nord.

— Je croyais pourtant que nous nous trouvions précisément dans cette zone ... Où sommes-nous ?

— Nous sommes bien en mer du Nord ... mais ces méduses sont des fausses. Il s'agit de robots bioniques. Les vraies méduses ne disposent pas de processeur informatique au centre de leur ombrelle ... J'arrive à le distinguer.

— Comment ça ? À quoi servent-elles ?

— C'est ce que j'aimerais bien savoir. >>

Le chat jeta un œil sur l'une des jauges affichées sur le tableau de bord.

<< Notre batterie est presque à plat ... Je vais désactiver le système de navigation pour économiser de l'énergie. Nous accosterons dès que nous trouverons le moindre bout de terre allemand. Nous allons tenter le coup.

— Ça devrait aller, non ? >> interrogea le jeune homme, les yeux absorbés par le spectacle des faux cnidaires qui se mouvaient dans l'espace aquatique.

Le matou ne répondit pas, l'esprit de nouveau tourmenté, cette fois par l'image des coqs aux couleurs de plumage variées et issues d'une palette irisée qui se remettaient à chanter le lever du jour dans un paysage champêtre.

<< Trois cent quinze ... Cinquante-neuf ... Vingt ... Quinze. >> lui répéta un homme d'une trentaine d'années, le teint mat, une moustache et un bouc naissants.

Le code en question lui avait permis d'accéder au cargo.

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