« Ouais, mes parents sont sortis pour la journée.
– T'es seule depuis quand?
– Depuis que j'suis réveillée.
– C'est-à-dire?
–10 h... ou peut-être 11 h... en tout cas, c'était quelque chose comme ça.
– Donc t'as rien mangé?
– Hum, excuse-toi?, rétorque Atala sur la défensive. Je sais cuisiner, tu sauras!
– ...
– Quand même un peu, précise-t-elle après un moment de silence.
– Tu vas faire quoi de ta peau aujourd'hui?
– Probablement que je v —... »
La conversation est brusquement interrompue. En fait, ce sont surtout les paroles de la jeune femme qui se coupent sèchement. Le combiné qu'elle a laissé tomber cogne le sol, un bruit semblable à une explosion retentit dans les oreilles de Calum.
« Atala?
– ...
– Chérie? »
Atala ne répond pas. La seule explication à laquelle Calum a droit, c'est le son de vomissements qui semble lointain. Puisqu'il n'y a personne d'autre chez elle, c'est forcément Atala qui est en train de régurgiter. Sans une seconde de plus, il met fin à la conversation – littéralement. Il raccroche. Les clés en poche, il quitte sa maison pour se rendre chez sa copine. Le temps d'un petit détour rapide à la pharmacie, il se retrouve devant la porte d'entrée. En moins de dix minutes, Calum est là.
Sans même prendre la peine de sonner ou de frapper, Calum entre et, après avoir négligemment déposé ses achats sur le canapé, il fonce vers la salle de bain. Le corps d'Atala est accroupi au-dessus de la toilette, ses cheveux roux éparpillés sur le rebord de la cuvette en une cascade couleur caramel. En bon petit ami attentionné, le jeune homme s'avance vers elle et attrape le voile orangé entre ses mains. Aucun bruit autre que celui des vomissements se fait entendre.
« Qu'est-ce que tu fais là?, questionne Atala entre deux haut-le-cœur.
– Bah j'suis venu te voir.
– Restes pas là, c'est pas beau à voir.
– J'suis là pour le meilleur et pour le pire, bébé.
– Mais... on est pas mariés...
–...
–...
– Arrêtes de m'obstiner et dégueules c'que t'as à dégueuler. »
Et Atala continue de se vider l'estomac. De sa main libre, le jeune homme caresse le dos de son amoureuse, l'apaisant du mieux qu'il peut. Il reste aux côtés de son amoureuse, il ne se sauve pas devant la maladie. Le corps mal en point est secoué par les tremblements dont il est victime alors que Calum promène ses doigts sur la colonne d'Atala afin de la calmer. Puis, progressivement, le corps en réaction s'apaise. Le ventre est débarrassé de l'élément dérangeant. Atala se redresse et s'assoit près de la cuvette, adossé à la baignoire. Le visage plus pâle qu'à son habitude, elle regarde Calum qui, lui, la fixe du regard, de l'inquiétude dans les yeux.
« J'crois que mon poulet était pas assez cuit, qu'elle explique, observée par les yeux bruns de son amoureux.
– J'crois qu'on est en train de faire un remake de Twilight.
– Je dirais que oui.
– Est-ce que ça veut dire que t'es enceinte?
– J'crois pas, non.
– T'as pas suivi les instructions de cuisson ou quoi?
– J'avais faim et c'était long et... et là, j'me sens pas bien.
– Viens, je vais m'occuper de toi. »
Atala agrippe les mains tendues devant elle, mains qui la soulèvent du sol. L'une d'elles se pose au creux de son dos et la guide vers la sortie de la salle de bain, puis en direction du salon. Il l'oblige à s'allonger sur le canapé et pose une couverture sur son corps après avoir déplacé le sac d'achats provenant de la pharmacie. Atala remarque le sac qu'il pose tout près de la table basse.
« C'est quoi ça?
– Juste des petits trucs pour toi, un espèce de kit de survie pour quand t'es malade ou pas bien.
– Comme quoi?
– Des sacs pour vomir, des pastilles à la menthe pour l'haleine, une bouillotte pour le tremblement de terre dans ton ventre, des films pour te faire penser à autre chose, des pantoufles pour empêcher tes pieds d'attraper froid et du chocolat chaud pour l'intérieur de ton être.
– T'as acheté tout ça pour moi?
– Oui. Ah, j'ai un test de grossesse aussi, ajoute-t-il après avoir recalculé dans sa tête.
– Je t'ai dit que j'étais pas enceinte.
– Mais ça fait partie d'un kit de survie 101!
– Ah oui, donc je dois t'en acheter un si jamais la situation inverse se produit un jour?
–...
– C'est bien ce que je me disais.
– J'vais prendre bien soin de toi, ok? Tu vas voir.
– Tu vas faire ça même si j'suis nulle en cuisine?
– Même si t'es tellement un cas désespéré que tu t'es empoisonnée toi-même en faisant à manger. »
Atala se met à rire – d'un rire nerveux et quelque peu embarrassé. Ce n'est pas qu'elle a honte, mais... disons qu'elle aurait préféré être malade sans en être la cause. Malgré tout, elle est heureuse que Calum soit là pour prendre soin d'elle. Calum qui, debout le canapé, la regarde et la fixe, les bras croisés et l'air soucieux.
« Tu crois qu'on devrait aller à l'hôpital?
— Pourquoi ça?
— J'sais pas, c'est peut-être grave...
— C'est juste une petite indigestion, Lum, ça va aller.
— Pis si ça va pas?
— Demain matin, si je vais pas mieux, j'te laisserai m'y emmener, ok?
— Oui?
— Oui.
— Promis?
— Juré.
— Ok. T'as faim? »
La jeune femme lève les yeux au ciel avant de les reposer sur son petit ami en soupirant. Quelques secondes passent en silence avant que Calum ne réalise ce qui a provoqué cette réaction.
« Relaxe, chou, j'sais cuisiner moi. »
*
Toute la journée, Atala s'est fait dorloter. Calum lui a préparé de la soupe Lipton – le classique – et des tisanes, il l'a prise dans ses bras il a caressé son ventre du bout des doigts et il a regardé les films qu'il avait achetés avec elle. Ils ont pleuré devant Hatchi – oui, même Calum. Surtout Calum. – Des larmes ont également été versées durant le visionnement de Marley et moi. En fait, les visages ont été mouillés et hydratés lors de chaque histoire regardée à travers l'écran de télé. Les histoires où il est question d'animaux sont toujours les plus tristes, pas vrai?
À chaque heure qui passait, le ventre d'Atala se calmait. Le tremblement de terre arrivait à terme. Doucement, tout s'est réglé. La douleur qu'elle éprouvait s'est dissipée. L'inconfort a disparu. Le mal s'est résolu, tout est redevenu normal. Calum s'est tout de même chargé du souper, question de sécurité.
Ils ont terminé la journée comme elle avait commencé : chacun chez soi.
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Mille et une vies. [Imagines]
Roman pour AdolescentsReccueil de plusieurs segments de vies de différents personnages dans des situations particulières. Parfois tristes, parfois romantiques, parfois violentes, ces histoires sauront peut-être vous émouvoir. Elles peuvent vous faire rire, elles peuvent...
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