« Lucas, je sais que t'es là, montre-toi! »
J'entends ses pas qui s'approchent de moi. De ma cachette, alors qu'elle est toujours plus près, je me demande comment on a pu en arriver là.
6 mois plus tôt.
« T'es l'amour de ma vie.
– J'veux jamais avoir à te perdre.
– J'serai toujours à tes côtés.
– J'serai jamais bien loin, même si on est séparé.
– Tu comptes plus que tout pour moi. »
Il y a 6 mois, nous étions un couple heureux. C'était le parfait bonheur; une mer calme, un fleuve tranquille où le bateau des amoureux voguait doucement vers le coucher de soleil. Nous étions un couple cliché qui se répétait des clichés en faisant des sorties clichées. Au début, ça me plaisait. Je me disais que c'était ça, l'amour avec un grand A. On m'avait toujours dit que l'amour rendait les gens quétaines, et je l'étais devenu à un point tel que le kitsch m'en sortait par les oreilles. J'étais tombé bas dans le côté ringard, mais j'étais heureux. Je l'aimais.
Elle m'a inspiré plusieurs chansons, dont Lost Boy et Never Be. Ce n'est rien comparé à ce que Michael a écrit, c'est sans doute moins dramatique, mais je m'en fiche. J'en suis fier. Grâce à elle, j'ai composé de la musique géniale et pour laquelle je ressentais chaque mot, chaque phrase, chaque son avec émotion.
Puis j'en ai eu marre, j'ai essayé de provoquer un changement.
3 mois plus tôt.
« T'as pas envie de faire quelque chose d'autre que regarder des films tous les soirs?
– Comme quoi?
– Sortir, voyager, visiter, n'importe quoi!
– Qu'est-ce que t'as, Luke?
– J'aimerais qu'on sorte, qu'on change d'activité pour une fois, qu'on sorte de notre routine!
– Elle est pas bien notre routine?
– Elle date de trois mois, il serait temps d'y mettre un peu de variété. »
Mais elle ne pouvait pas. Elle ne voulait pas. Elle n'aimait pas le changement, aussi minime soit-il. J'ai cédé. Je trouvais mignon le fait qu'elle veuille toujours qu'on soit seulement tous les deux, qu'elle veuille me garder pour elle. J'étais son petit amour chéri. Jusqu'à ce qu'elle vire paranoïaque.
1 mois plus tôt.
« C'est qui cette fille? Qu'est-ce qu'elle te voulait?
– C'est une fan qui voulait un autographe.
– Ah oui, c'est tout ce qu'elle voulait? Elle voulait pas te voir dans une chambre d'hôtel?
– De quoi tu parles?
– Tu l'as déjà vue avant? T'as déjà couché avec elle?
– Je la connais même pas! »
Des scènes dans ce genre, on en vivait une fois par jour au minimum. Je me suis senti étouffé. Elle n'avait plus confiance en moi, on ne pouvait plus continuer ainsi. Je ne pouvais plus continuer ainsi. Elle me rendait fou.
3 jours plus tôt.
« Comment ça c'est fini?
– Je romps avec toi, Vicky. Je supporte plus nos disputes, j'suis incapable de supporter seulement l'idée d'une autre soirée à rester enfermé à regarder des films et à me perdre dans cette routine. Je suis devenu un stupide cliché. Un cliché heureux, oui, mais un cliché quand même. J'ai besoin de me retrouver, de vivre des aventures qui auront jamais lieues avec toi. »
En partant, je l'ai entendue, je crois en tout cas. Elle a demandé comment elle s'appelait, la garce qui a pris sa place. J'étais trop épuisé pour lui répondre, trop fatigué pour avoir une autre chicane avec elle. Je l'ai laissée là avec sa question en suspens.
Une heure plus tôt.
J'étais en compagnie de Celeste, avec qui je rentrais d'une virée au centre commercial où nous avons acheté des cadeaux d'anniversaire pour Jack. Aussitôt arrivés, on s'est mis au boulot. Il y avait du papier d'emballage et des rouleaux de rubans adhésifs un peu partout dans la cuisine, c'était un véritable chantier de construction. La musique jouait fort, je passais un bon moment avec ma belle-sœur. Je suis allé chercher d'autres rouleaux – nous étions déjà arrivé à bout des deux premiers. Il faut dire qu'on était vraiment nuls. Quand je suis revenu, Celeste était par terre. Vicky était entrée, elle l'a poignardée.
« C'est elle que t'as préférée à moi?
– Mais t'es folle ou quoi? Elle sort avec Jack!
-Oh, alors tu couches avec la copine de ton frère?
– J'ai jamais couché avec elle!Et tu viens de...
– Personne ne m'a plaqué pour rien, il y a toujours une autre fille en arrière-plan qui attend pour prendre ma place. »
J'ai essayé d'appeler les secours; la ligne téléphonique avait été coupée. Et Vicky s'est avancée vers moi, un couteau à la main. J'ai lancé les rouleaux de rubans adhésifs que j'avais apportés sur elle, l'un d'eux lui a cogné la tête. Ce n'était pas grand-chose, mais ce petit objet a suffi à la ralentir un peu, le temps pour moi de me sauver.
Me voilà maintenant caché – et non, je ne suis pas sous le lit ni dans un garde-robe. Je suis peut-être blond, mais pas stupide. Il y a une pièce à l'étage, un genre de trou secret dont l'ouverture est cachée par un cadre. Je m'y suis réfugié comme je faisais avant, lorsque j'étais plus jeune et qu'on jouait à cache-cache avec mes frères. Dans mon souvenir, c'était plus grand comme espace. Il faut dire que j'étais bien plus petit.
En silence, j'attends qu'elle parte. Qu'elle abandonne et qu'elle s'en aille. J'entends le bruit de ses pas qui devient de plus en plus fort. Elle s'énerve. Elle crie des menaces à mon adresse. Elle rage encore plus parce qu'elle ne me trouve pas.
Le bruit de ses pas s'éloigne. Je l'entends dévaler les escaliers avant d'ouvrir la porte. Soulagé, je sors de ma cachette et dévale à mon tour les marches afin d'aller voir si Celeste est... correcte? Après tout, je n'ai pas bien vu où elle avait été poignardée ni à quel point la plaie est profonde. Penché au-dessus de son corps, je tends l'oreille près de sa poitrine à la recherche d'un battement de cœur, aussi faible puisse-t-il être.
« Surprise, surprise! »
Une douleur vive dans le dos me fait hurler de douleur. Je perds pied, incapable de rester à genoux. Je m'étale sur le plancher de la cuisine. J'ai le souffle court, je peine à respirer. Chaque insufflation est comme une brûlure dans mes poumons, une allumette que l'on entre dans la plaie que Vicky vient de tracer. Lorsqu'elle enlève le couteau, c'est encore plus douloureux qu'au moment où elle l'a planté la première fois – parce qu'elle le renvoie à nouveau dans ma peau, seulement un peu plus haut cette fois. J'ai maintenant deux plaies ouvertes, grandes ou petites, je n'en ai pas la moindre idée. J'ai peur. Il faut que je fasse quelque chose, que j'appelle quelqu'un. J'essaie de ramper, mais je m'épuise après à peine quelques centimètres de progression. J'ai chaud. J'ai soif. Je voudrais de l'eau, un lit aussi. Je voudrais dormir. Si je m'endors, c'est fini. Je dois rester éveillé. Je dois rester conscient. Je dois...
« Il ne faut jamais sortir de sa cachette, pas tant que la partie est pas finie. »
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Mille et une vies. [Imagines]
Teen FictionReccueil de plusieurs segments de vies de différents personnages dans des situations particulières. Parfois tristes, parfois romantiques, parfois violentes, ces histoires sauront peut-être vous émouvoir. Elles peuvent vous faire rire, elles peuvent...
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