Aveugle et dangereuse.

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Qu'est-ce qui motive une personne à en tuer une autre? Qu'est-ce qui pousse un être humain à infliger d'épouvantables supplices à quelqu'un? Pour quelle raison voudrait-on torturer un être vivant avant de réduire sa vie à néant? Les spécialistes ont énuméré plusieurs causes pouvant répondre à ces questions: enfance difficile, désir de vengeance, absence d'émotion et d'empathie par exemple. Certains y voient même un plaisir sexuel, un moyen de parvenir à la jouissance par la violence. Je ne me juge pas comme étant un être à part, mais dans mon cas, ce n'est aucune de ces raisons. Ce n'est même pas par amour pour le sang qui coule des gens, puisque je ne regarde même pas. En réalité, j'ignore ce qui me pousse à agir comme je le fais. Il n'y a aucune voix dans ma tête qui m'ordonne de blesser et de tuer, aucun désir qui me comble de bonheur, rien. Juste... Des gestes que je commets, c'est tout.

J'ai longtemps essayé de me psychanalyser, mais je ne suis jamais parvenue à trouver ne serait-ce qu'un début d'explication. Malgré tout, je continue à faire ce que je fais tout en sachant parfaitement que c'est illégal et cruel.

*

« À l'aide, détachez-moi s'il vous plaît! »

Les cris de ma victime parviennent à mes oreilles, je les entends traverser la porte close derrière laquelle elle se trouve. Je me lève et me dirige vers l'autre pièce. À peine un pas plus tard, des supplications me harcèlent et me supplient de le secourir.

« Il t'a libérée, tu t'es échappée?

De qui tu parles?

Du ravisseur!

Il n'y a aucun ravisseur.

Quoi?

Il n'y a pas de ravisseur, seulement UNE ravisseuse, expliquais-je, prenant bien soin d'appuyer sur le déterminant au féminin. »

Son visage illuminé par l'espoir lorsqu'il m'a vue s'éteint aussitôt, il vient de réaliser ce qui va arriver – par ma faute. Dans son regard, je vois la lueur de compréhension qui vient de s'allumer, suivi d'une ombre de frayeur causée par son ignorance vis-à-vis la situation actuelle. Maintenant qu'il sait que je suis la raison pour laquelle il est allongé sur cette table, pieds et mains liés, il a de quoi s'inquiéter.

« Pourquoi je suis là?

Tu veux la vérité ou tu veux seulement entendre ce qui va rassurer ta pauvre âme?

La vérité.

Il n'y a pas de raison précise. »

Sans aller plus loin dans mes explications, je m'éloigne de lui. Je mets scalpels, pinces et autres outils sur le petit chariot avant de le faire rouler près de la table. La lumière juste au-dessus éclaire le corps quasi-dénudé du jeune homme.

« J'ai une famille.

Comme tout le monde.

Mes parents ont besoin de moi.

Comme tout le monde. Hé oui, tout le monde est un petit papillon spécial, mais ça ne m'empêche pas de leur briser les ailes quand je les attrape.

Alors c'est ce que tu vas faire, me briser les ailes?

Je vais te briser un peu partout. »

Et, encore une fois, je n'en dis pas plus. Cette fois, mes gestes parlent à ma place, et je crois que de lui enfoncer un scalpel dans le ventre est assez expressif. En tout cas, lui, il l'est pour deux. Le couteau de chirurgie tient en équilibre dans son sternum. Je le fais descendre jusqu'à son nombril, et je peine à faire une belle coupure droite tellement il s'agite. Ce n'est pas mon plus beau découpage, mais j'essaie. Surtout que je ne regarde même pas ce que je fais.

« Bordel, tu fais quoi là?!

Je pratique une césarienne sur toi.

– Sérieusement?!

Je n'en sais rien, je ne regarde pas. »

Les yeux fermés, je prends les écarteurs afin d'agrandir la plaie. Évidemment, j'y vais à tâtons, ce qui rend la tâche plus difficile. Je crois avoir réussi. L'inconnu hurle toujours aussi fort qu'au début, voire plus. Je le comprends, ce doit être atrocement douloureux. Surtout qu'il n'est pas anesthésié ni endormi...

La plaie ouverte au maximum, je peux maintenant commencer. Ma main droite se glisse dans l'ouverture béante du trou et se met à toucher ce qui s'y trouve. Ma victime se met à crier comme si sa vie en dépendait – et c'est effectivement le cas – au moment où mes doigts serrent son foie comme si c'était une balle anti-stress. Ce n'est pas tout à fait ce à quoi je m'attendais. Le foie est plus caoutchouteux qu'il ne l'était dans ma tête lorsque je me suis imaginée en train de faire ce que je fais. En farfouillant toujours plus creux, je crois trouver le pancréas. Difficile à dire étant donné que mes yeux regardent ailleurs, et je ne peux pas me fier aux cris du jeune homme, puisqu'il hurle peu importe ce que je fais ou touche.

Le sang doit couler abondamment, parce que tout ce que mes doigts effleurent est spongieux et liquide. Comme une fraise que l'on écrase. Bien sûr, certaines sont plus dures que d'autres, mais...

Après quelques minutes, je change de section. Je reprends mon scalpel et lui ouvre l'avant-bras. La plaie doit être vraiment profonde, puisque je touche un os. Je ne pourrais dire s'il s'agit du radius ou du cubitus. Toutefois, je peux affirmer que cette partie du corps est assez ennuyante. Il n'y a que des os solides et rien d'autre. Je suis un peu déçue. Finalement, le corps humain n'est pas si intéressant au toucher. Je me décide à jeter un coup d'œil à ce que j'ai fait à cet homme, mais j'en suis incapable. Quelques secondes à regarder ce corps ouvert et sanglant, c'est déjà trop pour mon cœur fragile.

« Pourquoi tu...tu regardes...pas?, demande-t-il faiblement, le souffle court. Pourquoi tu fais ça si... t'es même pas capable de regarder? À quoi ça...sert?

Je n'en sais rien. J'ai essayé de comprendre ce qui me pousse à tuer alors que la vue du sang me répugne et que la vue d'organes internes me dégoûte, je n'ai rien trouvé. Et pourtant, tu es ma quinzième victime. Bientôt, tu seras mon quinzième meurtre. »

Mille et une vies. [Imagines]Des histoires addictives. Découvrez maintenant