Tonie était de retour dans ce fauteuil défoncé qui puait la poussière, une bière à la main, à observer en silence les lieutenants de Negan se délasser après une longue journée de travail. Ses jambes étendues devant elle, les pieds croisés sur la petite table basse, elle observait, analysait, scrutait, décortiquait chaque conversations, chaque regard, chaque tic corporel.
C'était presque devenu une seconde nature. Du moment où elle ouvrait les yeux le matin jusqu'à ce qu'elle enclenche le verrou de sa chambre après elle le soir. Comme si ce travail psychologique qu'elle effectuait en silence lui permettait de rester saine d'esprit au milieu de ce nid de vipères. En tout cas aussi saine d'esprit qu'elle pouvait encore l'être. Elle n'était plus très sûre de là où elle se situait sur cette échelle...
Tonie amena sa bière à ses lèvres, buvant une longue gorgée tout en parcourant du regard la petite salle de repos. Une musique rock des années 70 passait sur un tourne-disque, agrémentant les tintements de verre et de bouteilles qui claquaient dans l'atmosphère par instant.
À sa droite, installés sur un vieux sofa aux coussins jaune moutarde, Arat écoutait Gavin parler de dieu sait quoi, un air profondément ennuyé accroché à ses traits fins. À côté d'elle, Regina roula des yeux au ciel en entendant le discours redondant de leur ami, tout en continuant sa partie de cartes avec Gary. Dwight et Laura jouaient au billard à sa gauche.
Simon n'avait pas encore fait son entrée, mais Tonie savait qu'il ne devrait plus tarder. Ce type était réglé comme une horloge—une horloge psychopathe.
Tonie prit une nouvelle gorgée de bière, observant tout ce petit monde—ces privilégiés du Sanctuaire dont elle faisait partie, qu'elle le veuille ou non. Et il y avait quelque chose de malsain dans ces privilèges, comparé à la vie que menaient les ouvriers. Une perversité de pouvoir, comme un écho de la vie normale qui existait avant que le monde ne parte en vrilles. Rien n'avait changé, parce que l'homme était incapable de changer—incapable de voir au-delà de la seule société qu'ils connaissaient. Les Sauveurs... Sauveurs d'un monde en poussières, tout au plus. La monstruosité de l'être humain poussé à son paroxysme. Abandonnez votre liberté et nous vous protégerons.
Soupirant longuement, Tonie déporta son attention sur un point invisible, laissant les conversations et la musique bercer ses tympans alors qu'elle ramenait ses pensées sur la personne qui brillait par son absence, son cerveau lui renvoyant des bribes de souvenirs de sa journée...
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Tonie se tenait debout dans la cour principale devant le Sanctuaire, entre Gary et David. Les bras croisés sur sa poitrine et l'oeil suspicieux, elle observait Negan qui tergiversait sur son emploi du temps de ministre. Le soleil était caché derrière une brume grisâtre, la chaleur pesant sur ses épaules épuisées. Quatre autres types dont elle avait oublié le nom se tenaient autour d'elle, tous avec un air plus patibulaire que l'autre.
Après sa colère du début de matinée, on l'avait autorisé à sortir du Sanctuaire pour la première fois depuis son arrivée, pour accompagner un groupe de Saviors à quelques kilomètres de là. Elle avait passé une partie de sa journée à assembler des explosifs sur une portion de route, après que des éclaireurs aient annoncé qu'une horde se dirigeait vers eux et risquait de passer par là dans les jours suivants.
On avait surveillé chacun de ses gestes alors qu'elle assemblait minutieusement des fils à des bâtons de dynamite, la nuque brûlant sous le soleil et les canon des armes qu'elle savait prêts à se lever si elle osait quoi que ce soit. Mais elle avait obtempéré sagement, travaillant en silence, la mâchoire serrée. Elle aurait été stupide de tenter quoique ce soit, de toute façon.
— On enverra Simon en premier, continua Negan, face à elle, la faisant relever la tête vers lui. Qu'il nous fasse le coup du gentil policier d'abord, voir jusqu'où ça nous mène.
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Sua Sponte
Fiksi Penggemar"Son coeur battant à cent à l'heure, Tonie continuait de fixer Glenn et le Shérif qui avançaient lentement, observant avec inquiétude les corps décharnés qui se retournaient de plus en plus à leur passage à mesure que la pluie les nettoyait de l'ode...
