Tonie fut réveillée en sursaut par des coups secs frappés à sa porte. La tête encore pleine de cauchemars, elle cilla plusieurs fois contre la luminosité vive qui plongeait depuis la grande fenêtre à sa droite, cherchant à agripper la réalité qui l'entourait. Elle finit par s'extirper de son lit avec difficulté pour aller ouvrir, tombant nez à nez avec le visage peu aimable d'Arat.
— Réunion dans cinq minutes, déclara simplement la métisse, avant de tourner les talons.
Tonie fronça les sourcils en la regardant s'éloigner, la vision brouillée par le semblant de sommeil qu'elle avait réussi à grappiller dans les dernières heures de la nuit. Quand Arat quitta son champ de vision en tournant à l'angle du couloir, elle lança un dernier regard prudent à droite et à gauche, avant de refermer sa porte. Elle remit le verrou en place et balança son attention sur sa chambre, s'attardant une seconde de plus sur les deux fauteuils à sa droite.
Je suis venue te voir, parce que je veux que tu m'aides à quitter cet endroit.
Tonie attrapa ses affaires de la veille pour s'habiller rapidement (un treillis noir et un t-shirt gris trop grand pour elle), ajustant en même temps son masque d'impassibilité sur son visage. Quand elle fut sûre que plus aucune émotion ne transparaissait sur ses traits tirés, elle ressortit de sa chambre en claquant la porte après elle, longeant le couloir d'un bon pas. Ses jambes l'entraînèrent naturellement à travers le labyrinthe de l'usine, et elle laissa ses pensées divaguer à leur guise, de cette façon cotonneuse et flexible typique des premières réflexions du matin, avant que le corps soit entièrement éveillé.
Elle descendit dans les étages jusqu'à la salle de réunion, située au premier, repoussant la porte d'un geste assuré. Tous les lieutenants de Negan étaient déjà installés à leur place pré-établie—à l'exception de Dwight et du grand manitou lui-même. Tonie leur lança un regard général, peu impressionnée par les élans de suspicion qui tombaient sur elle, qu'elle recevait de toute façon à chaque fois qu'elle entrait dans cette même pièce. Elle s'avança pour aller s'installer à sa place habituelle, entre Gavin et Regina, les laissant reprendre le fil de leurs discussions à voix basse.
Elle se laissa tomber dans son siège, écoutant avec une attention discrète les discussions qui émanaient autour d'elle, piochant les informations importantes qui lui parvenaient alors que ses iris gris parcouraient encore une fois la longue tablée. Elle arrêta son regard sur Simon, installé face à elle, et elle lui envoya un petit clin d'oeil narquois—la petite pique régulière qu'elle ne manquait jamais de lui offrir, juste pour le plaisir de le voir se renfrogner. Simon se contenta de serrer la mâchoire en détournant la tête, aussi maussade et nerveux que d'ordinaire. Tonie esquissa un sourire satisfait et amusé en se calant confortablement dans son assise, attendant Negan—qui ne mit pas longtemps à apparaître.
Sa longue silhouette sombre se découpa dans l'encadrement de la porte moins d'une minute plus tard. La première seconde, il présentait un visage fermé. Un mélange de fureur et de frustration et d'agacement, qui se dissipa dans la pièce comme une nappe de brouillard épaisse, éteignant toutes les conversations sans qu'il n'ait besoin de dire quoi que ce soit. La seconde d'après, il avait remit son masque en place pour faire le show.
— Et moi qui pensais que la journée serait calme, il déclara de cette voix pleine de contrastes, en s'avançant.
Tonie l'observa traverser la pièce, de cette démarche je-m'en-foutiste qu'il utilisait à tort et à travers, pour aller s'installer à son siège, en bout de table. Sa batte infernale était à sa place habituelle, sur son épaule, suivant chaque mouvement de son corps comme si, avec le temps, elle faisait entièrement partie de lui. Comme une élongation naturelle de son bras—et de sa puissance. Il avait retrouvé son sourire narquois habituel, mais elle pouvait encore voir la colère latente qui lambinait dans les rides aux coins de ses yeux.
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Sua Sponte
Fiksi Penggemar"Son coeur battant à cent à l'heure, Tonie continuait de fixer Glenn et le Shérif qui avançaient lentement, observant avec inquiétude les corps décharnés qui se retournaient de plus en plus à leur passage à mesure que la pluie les nettoyait de l'ode...
