Si opaque et si dense est mon temps-des-secrets.
C'est le long fardeau quand on n'a plus une estime,
Pas un seul confident : on se garde ses rimes ;
Ne reste qu'un silence à qui se déclarait.
Comme une radiation descendant d'un ciel lourd,
Tout m'enserre et gouverne en ennui si suprême
Qu'une honte me cerne à m'ouvrir en poème ;
Dans la désaffection, tous les hommes sont sourds.
C'est comme un noir d'abysse où le soi est contraint :
Tout est si décevant ! Autrui si prévisible !
C'est offrir à du vent des présents indicibles,
Et contre un objet lisse un corps chaud qui l'étreint.
Pesant comme un vieux marbre, un souci éternel
Comprime mes élans, me converge et confine
En mon profond dedans où un devoir s'obstine,
Pourquoi tendre mon arbre en un impotent ciel ?
Ne serais-pas sot, dessous ce firmament,
En étant le Dernier – un dieu si solitaire –,
De vouloir encor nier que je suis un mystère
Sans ami ni réseau, pour mon soulagement ?
Fataliste et reclus sous le toit d'un esprit,
Tout est si condamné à ne pas me comprendre !
Et j'irais me donner sans qu'aucun puisse rendre
De ces mots qu'il m'a lus un effort qu'il m'a pris ?!
Mais je fais mon labeur dans mon petit bureau.
Ô ma Muse, plains-moi ! Reconnais ma souffrance !
Vivre ainsi tant d'émois sans un homme qui pense :
Même toi ! oh ! malheur ! ne vis qu'en mon cerveau...
Je resterai fidèle, au moins, à mon honneur :
Comme pousse la corne à mes mains qui écrivent,
Qu'en vie étale et morne, un travail se poursuive,
Ni loin ni proche d'Elle, à part, ô ma Hauteur !
Écrit le 16 décembre 2024. Publié le 1er avril 2025.
