Le Seigneur des orgies - making of

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Ce qui offre la plus vertigineuse jouissance au mâle actif et ambitieux, au mâle de fière entreprise, au mâle le plus indépendant et pur, ce n'est point l'orgasme, qui le laissera, comme il le devine, bientôt piteux, temporairement impuissant et donc faible, mais c'est la montée de l'orgasme, où sa frénésie brutale et ses effets de domination et de plaisir sur la femme, s'il y parvient, lui constituent un gage indéniable et durable de virilité qui l'élève au-dessus de toute force et de tout bonheur. Si au surplus son emprise s'applique à plusieurs femmes, s'il peut les subjuguer et consommer presque simultanément, en la chaleur et l'ivresse d'élans démesurés, et s'il arrive à sentir, à travers les regards fébriles des femelles alentour et leur appréhension pantelante, l'admiration et l'envie que ses saillies suscitent sur celles qui ne sont pas encore épuisées d'assauts, alors quelle perpétuelle et suprême satisfaction il éprouve, dans cet instant intense et renouvelé, qui l'incite à l'entretien de cet état de grâce et valorise la supériorité de sa virile performance !

Quel acte ! Quelle excellence ! Quel don !

Un homme neurasthénique et diminué sera, au contraire, séduit par la promesse du site pornographique garantissant son orgasme en moins d'une minute, mais combien ce slogan est piètre à l'étalon triomphant qui ne voue à cette fin qu'un condescendant mépris : la destinée galvanisante de son effort, c'est le moyen même, et le résultat qui l'intéresse ne se situe pas dans l'égoïsme étriqué d'une éjaculation qui rend honteux et repus, mais dans l'égoïsme bien plus haut d'une foule de femelles conquises l'une après l'autre, parmi les sensations de son corps en défoulement, des prises successives et des énergies à distribuer presque sans limite, entretenues par le désir intarissable et nerveux du rut. C'est comme la guerre menée par l'envahisseur d'un certain orgueil : il ne s'agit pas de se contenter du séjour pris pour y couler une vie passive et de douceur étale, c'est un défi contre soi, le contrôle aussi absolu que possible de sa vigueur, le souhait acharné qu'en définitive les vaincus ne pourront que s'impressionner de l'incontestable hégémonie du héros dont la rétention-même de l'orgasme, son report, relève pour eux d'une fascinante maîtrise.

C'est là à mon sens le plus haut point de la sexualité masculine, le plus enviable et le plus paradoxalement généreux : la conservation longue de la fièvre du coït, impliquant tout ce qui y bout, toute l'incubation d'actes hardis étuvés en cette serre de tension et de verve, toute la détermination, entraînée par le frottement du phallus toujours plus insensibilisé, à s'exciter davantage de démonstrations plus insolentes et époustouflantes, jusqu'à recevoir, à travers les yeux des femmes utilisées et pleinement satisfaites, les témoignages de sa grandeur, au point de jouir davantage non de son sexe, mais de la vision-même des jouissances qu'il procure.

P.-S. : Peu de lecteurs sans doute auront su percevoir la virtuosité technique du poème. C'est non tant qu'il faille les blâmer d'un défaut d'analyse, mais à mettre au crédit de la fluidité de la pièce qui, concentrant l'attention sur le sens assez clair, parvient à faire oublier qu'il s'agit d'un texte presque holorimé, où, pour ainsi dire, chaque vers rime au moins quatre fois.

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