Promenade amoureuse - making of

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Une certaine jouissance à côtoyer des lieux naturels évoquant la mémoire des plaisirs passés incite à leur mentale et suave résurrection. On voit un lit, une lumière, une promenade, et on l'associe à l'érotique réminiscence où ce lit fut témoin de notre extase, où cette chaleur rayonna sur nos membres, où cette promenade résulta d'une saillie ou la précéda. Le monde entier peut référer à des bonheurs pour autant qu'on en ait vécu en suffisance, qu'on continue de fréquenter ce qui nous les rappelle, et qu'on ait l'envie et l'impudeur de les convoquer aussi souvent qu'on y pense. Rien n'est plus plaisant qu'un frétillement d'érection – masculine ou féminine – à toute heure où le sentiment d'une indécence pourrait nous gagner sans que nous y accordions notre préférence et notre exclusivité : c'est une montée envoûtante qu'il n'est pas nécessaire, pour en tirer son genre de satisfaction transitoire, d'exalter à son terme. Une béance en tout humain natif l'ouvre aux perspectives imaginatives que l'existence sociale obnubilante atténue ou dissout. On vient à négliger, à force de porter son attention à des artifices, qu'il n'est qu'un plaisir à quoi tout se rapporte et compare : le sexe. La mondanité fabrique les satisfactions compliquées et persuade que l'impulsion du corps, jaillissant de soi comme une fontaine, est un vice : en cela, rien n'est plus pernicieux qu'un homme trop éduqué.

On a largement perdu l'intérêt des évocations, on ne pense plus à l'espace organique sis entre nos cuisses et notre ventre, partout où l'on va on s'en détourne, ou l'on se retient à la fois d'y penser et de le sentir comme une indécence tabou. On s'occupe d'autre chose, fait diversion pour s'épargner le blâme de la perversion : le regard, pour n'y pas songer, se tourne vers des destinations où l'esprit se concentre ; on fuit les jouissances inexplorées qu'on contient pour aspirer aux fantasmes spirituels que d'autres ont préparés. On s'éloigne de son centre, on quitte notre point de gravité, le corps s'échappe et fuit, rien n'apparaît plus motif de sensualité sinon tels service et technologie où se fixent alors une fébrilité et une frustration. Ce n'est pourtant pas une méditation alambiquée ou une exhibition contraire à la pudeur que de tâcher de sentir régulièrement la pulsation de son sexe par la stimulation mémorielle d'images d'agrément que l'environnement nous procure.

Ah ! voir un paysage, s'y baigner comme en un corps humide et fluide, s'en réjouir et en jouir – toute saison à son orgasme prêt, foncièrement rattaché à la sexualité. Durant l'hiver, ces femmes se vêtent de fourrures destinées au déshabillage, le printemps découvre des baisers publics dans des parcs, l'été sonne l'heure des prises transpirantes sur les couches évanouies, l'automne rassure les amants dans l'interpossession de leurs corps. Tout est panthéisme sexuel, il n'existe pas un spectacle de nature qui ne se rapporte pas à l'impression du corps jouissant. J'ai du mépris pour les gens incurieux de nature : sans corps, sans sensibilité ni perception, ils ne se savent aucune harmonie avec leurs organes, ne vivent pas dans leur peau. N'étant pas ou plus humains, comment compteraient-ils pour sources de vérité ? Ils bavardent, s'égarent et ignorent ce qu'ils sont puisqu'ils ont oublié les sens, prescience et prédominance de leur corps capital et élémental : la femme sans étude qui marche près d'une eau et sent le bouillonnement de sa propre sève en sait infiniment plus d'essentiel et de sûr que l'universitaire ou politologue qui, déjà impropre à repérer sa composition, n'a pas les prémisses d'un petit raisonnement. Elle est en contact avec la réalité, sans média, sans interprète, sans supputation ; elle tient une chose. L'autre ne peut comparer le commencement d'une proposition avec une réalité aussi foncière, il ne collationne point sur ce qu'il y a de plus évidemment authentique et juste : comment donc pourrait-il dire le vrai dans des matières subtiles ? il est incapable de se rapporter à sa vitalité.

Savoir penser la vérité, c'est déjà se connaître soi, c'est-à-dire non supposer par quelque détour de la cogitation métaphysique qu'il faut chercher dans la psychanalyse et l'introspection des péroraisons lointaines, mais percevoir ses vibrations immédiates et les considérer pour sa naturalité, s'en servir de base, s'y fier, s'en fonder. Voici le début à toute entreprise de vérité, voici une certitude, voici une pierre de touche :

Oser se dire, au temple incitatif où le corps résonne et appelle : « Là, j'ai l'envie dans mon sexe, c'est l'appel le plus réel possible. » Et s'avérer à toute pensée similaire, comme à un signal de vérité, où le corps réagit spontanément à des stimuli primitifs. 

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