Peut-être qu'à la fin, à force d'être actif,
Je perdrais le désir de composer des vers ;
Je sens déjà combien mes poèmes diffèrent,
N'ayant pas le maintien des verbeux et oisifs.
J'ai compris que la rime est surtout une pose :
Tout poète confrère applique un certain prisme ;
Il lui faut, pour écrire, un sentimentalisme
Qu'il n'a pas dans sa vie – alternative prose.
Et ce soupir surfait m'importune longtemps ;
Ce mode d'artifice : un bouton qu'on commute.
Que d'amour irréel, sans un corps, sans un rut :
La poésie entière est un rêve patent.
L'écrivain au carnet s'exalte une musique :
N'importe si sa pièce hallucine et délire,
Il se moque du siècle, il ne voit que des lyres,
Des anges, de l'Idée, une métaphysique.
Tout ceci est usant au Pionnier de l'Utile :
Tant de mots sans progrès, entretiens de clichés ;
Tous ces auteurs oiseux de chimère entichés,
Qu'ont-ils dit ? Quel profit ? Et quelle œuvre font-ils ?
De leurs pages par cents puisqu'aucune n'est juste,
C'est vide comme « beau ». Joliesse. On se pâme.
Mais jamais un sonnet ou un épithalame
Ne créa un amour matériel ou auguste.
Et je vais, si lassé, sur mon papier qui saigne,
Exprimer ma violence en me cognant au monde,
Sans souci de charmer d'une fausseté blonde
Le lecteur allusif sur qui l'extase règne.
Mon style solitaire à personne n'évoque
Un bienfait compatible à ce genre qu'il lit,
Et comme on est troublé, aussitôt on oublie
Ce chant clair et trivial qui n'est d'aucune époque.
Lors, un doute s'accroît plus j'écris et j'existe :
Puisqu'il n'est que le vrai que j'admire et que j'aime,
Pourquoi donc continuer à laisser des poèmes ?
... Et ce problème-là ne m'est même pas triste.
Écrit le 18 juillet 2025. Publié le 23 octobre 2025.
