Dans l'image qu'on peut se former d'un mâle de conquête effective occupé et transi en puissante luxure, dans la représentation de plusieurs femmes jouies, hallucinées et pantelantes de gémissements épuisés où les chairs malmenées s'abandonnent amollies par les rigueurs et la chaleur, dans l'admission de sensualités fertiles suprêmement consommées l'une après l'autre et dans la fièvre orgiaque où la force des corps naturels et épanouis se mêle à la pénétration des influences vibrantes et fauves, on peut concevoir, à rebours des précautions que prend l'épouse pour retarder l'orgasme de son mari, le vœu d'inspirer à la bite barbare, énorme et insensibilisée, l'éjaculation terminale, la fierté projetée d'y parvenir au détriment de celles s'y étant essayées en vain et réduites à gésir vaincues au bout de leurs propres spasmes, la gageure féroce de s'y atteler frénétiquement jusqu'à obtention du résultat qui lui confèrera toute la domination sur les reconnaissances plurielles et sur l'expertise sexuelle du harem.
A-t-on déjà vu, ailleurs que dans la pornographie suspecte d'artifices et d'affectations, une femme comme courroucée de ne pas avoir donné l'orgasme après l'avoir reçu, après que l'homme le lui a infligé, après qu'elle a essuyé cette victimisation suave, et a-t-on expérimenté qu'elle s'en offusquât sauvagement, incitée et énervé au succès de sa gratitude jusqu'à sucer et branler la queue, jusqu'à l'énervement de cette entreprise presque au mépris de l'homme qui la possède, à dessein essentiel d'en tirer la secousse-devoir et le sperme-récompense ?
J'aime cette éventualité qui, loin d'abaisser selon moi les individus à quelque servilité, vante la tenue d'un homme brutalement généreux et la soif d'une femme généreusement brutale. On n'a pas, en notre civilisation et c'est d'un ennui qui gêne toute grandeur, le sens de la haute jouissance partagée, le souhait d'atteindre ou de faire atteindre des paroxysmes : tout se réduit chez nous à un égoïsme sans enjeux, départi de challenge et d'émulation, comme s'il était mal de vouloir mener le sexe à la performance, comme si c'était induire un capitalisme et un calcul dans le plaisir qu'on reçoit et dans celui qu'on donne, comme s'il n'existait pas bel et bien des qualités diverses de rut, comme si tous entraînements sexuels et tous partenaires se valaient à presque égalité. Dans la frénésie que j'invoque, n'importe quel moyen devient justifié, efforts, débauches, gestes, suées, pour gagner le triomphe du mâle que par hégémonie et par vengeance il faut vigoureusement vider, avec l'empressement efficient d'une prostituée qu'attendent les clients de réserve. Alors, sans pudeur, les seins ballants sous les vivacités, suante d'agitation, les lèvres indécemment ourlées et la gorge battante, avide, enfiévrée, putasse au délire et à la démesure, poignant l'homme durement pour lui faire endurer l'apothéose avec méthode comme on bat des œufs en neige, offrant langue, cuisses, rein, seins, cul, tout ce qui sert pour susciter la giclée, et ouverte à toutes les baises où la pine gonflée peut rencontrer la satisfaction dernière, elle s'adonne en bataille et se convulse en transe, résolue, opiniâtrée, refusant de succomber à sa faiblesse, fatigue ou ingratitude, et, voyant en loin des muscles mâles, des bras forts, un air viril morgue et suborneur, elle se rappelle le long moment de sa soumission qu'elle conspire à venger. Alors persuadée de sa mission où le supplice doit être réciproque, elle se porte à cette attention avec une ferveur guerrière – les mains, ses tensions, et les râles d'homme –, tâchant à baiser et à envahir elle aussi cette unité corporelle comme il l'a démesurément outrée et fendue. Alors, rougie à sang, les poumons brûlants, les membres usés, elle promet, de sursauts lubriques en volontés qui sont comme des profanations, qui sont des extrémités de femelle, qui sont des outrances qu'à cette heure elle teste et applique, de livrer à chaque lustre de minutes des essais plus audacieux et qui l'emploient et la chosifient, au point qu'à la fin, s'il faut, c'est avec une délicieuse incontinence de salope folle qu'elle boira la semence directement à la gorge, sa face comme plantée sur les couilles, bienheureuse d'une enfreinte qui l'enivre et la désocialise.
Ah ! la force galvanisante d'une si incorrecte correction ! Cette moiteur autant altruiste qu'immanente ! Ce à-toi-maintenant ! impitoyable et munificent où s'exhale, tel un feu ardent, une hargne dirigée vers le bonheur d'autrui ! Faire jouir une personne de force, par obstination, par usure, et penser : « Tu l'as bien cherché, ô dieu, ô déesse » ! Ah ! Quand l'empathie connaît elle-aussi des expressions irrépressibles d'extrême violence !
