À Elliott Smith
À présent qu'on est seuls, absolus, solitaires,
En ce manoir Hormis où nous nous enfuîmes,
Renonçant aux amis, ayant perdu nos pères
– Le soleil s'est couché lentement sur les cimes –,
Puisqu'encore ce jour, nos efforts terminèrent
Tous les devoirs ardus, ton étude et mes rimes :
Je veux te demander, ô ma Muse dernière,
De chercher l'instrument où ton talent s'arrime.
Regardons si l'on peut, ta musique et mes vers,
Les unir pour former ce qu'un siècle comprime ;
De l'art pur, humble et bon, travaillé de concert,
Grandirait entre nous après d'almes escrimes.
Prête-moi seulement sous tes doigts tes doux airs,
Ceux qui font à ton cœur comme de lourds abîmes :
J'y mettrai ma parole attendrie et sincère,
Profonde comme un lac dont le souffle décime
Les fadeurs de ce monde où la Beauté se perd.
Satisfaits d'être à l'œuvre ensemble et si intimes,
Le temps s'écoulera sous des plafonds lunaires,
Loin de tout, monstres sains que le labeur rédime,
Nos essais vaudront mieux que les molles prières,
Quoique nul n'épandra pour cet ouvrage ultime
De larmes en témoins, car nous le saurons taire.
Mais n'importe, chérie : insoucieux et sublimes,
Nous n'avons plus que nous ! que nous dans l'univers !
Écrit le 1er juillet 2025. Publié le 28 décembre 2025.
