Hantise de plaisir ! Image d'appréhension délicieuse ! Figure de résolution enviable ! Haut période, pourtant instantané, de la vie sexuelle ! Anecdote climatérique du plaisir !
L'amante qui, nue, chaude, attouchée et vengeresse, noue ses cheveux, en fixant le mâle avec décision, dans la perspective méthodique de ne pas s'encombrer de mèches qui pourraient aller à sa bouche et gêner son action, combien elle est provocante sans le savoir, en la neutralité de ce faux-anodin, en sa disposition à faire, en sa conscience portée vers l'avenir, en la moue de revanche qu'elle échappe naturellement et qui prédit ! Elle exécute ce geste féminin, étranger à la plupart des hommes – former une couette à l'aveugle –, et, comme elle occupe ses mains en arrière de sa tête, élevant ses épaules et arborant ses seins, elle ne peut que voir, le temps de sa formalité, l'homme qu'elle va méticuleusement dévorer, moment où une attente de l'amant s'apprête, tel l'outil que le bourreau montre, à rencontrer le supplice imposé par elle.
Et dans cette pose d'une tranquille offensive réside quelque chose de paradoxalement masculin : l'esprit pratique, efficace, prospectif, qu'on ne s'attend pas à trouver à si peu d'écart des abandons femelles, masculinité perverse, équivoque, rouée, prosaïque, insensible : « Je me prépare pour agir. Je sais faire. J'en ai l'expérience et l'habitude. Je prépare concrètement mon devoir. »
Ô demi-feinte de la fausse professionnelle en sa mécanique de certitude !
Envie alors de la féliciter pour son initiative, de l'agacer d'indifférence, de me moquer d'elle, de la provoquer d'un délassement, contre sa brève fenêtre de lucidité effective, contre la trêve de sa victimité, contre ce rôle militaire qu'elle prend et que sa nature ignore, comme elle avance symboliquement sur mon territoire de contrôle et de rendement. Désir, là, de la pousser à bout, de l'éprouver au sentiment d'inutilité de ces préparatifs, de résister à son embuscade et à ses escarmouches, de la réduire par ma résistance et mon impassibilité à la vanité de ses prétentions à m'atteindre. « Prends, petite pute. C'est cela. Suce bien. Fais comme il te plaira, avec tout le talent que tu espères de l'arrangement de ta coiffure et de sa commodité. Amuse-toi, vois-moi pour l'heure avec cet air de salope dure et stylée, neutre, sûre de ton fait, fatidique, cette mine de destin et de mystère auguré. Joue et déploie ta torture : je ne trépignerai pas. Tu t'épuiseras en variations, insoutenables à tout autre, et, à mesure, je te prouverai que c'est encore moi qui te possède, qui te suggère, qui te place, qui t'ordonne. À la fin, comme c'est ta mâchoire qui souffrira, tu seras trop soulagée que je te saisirisse et te retournerasse, je te ferai adorer ma représaille, tu verras comme cet air d'amazone était inutile et fat ; et ta gorge gémissante, et tes seins palpés et écrasés, mes intraitables prise et mes signes de commandement, en somme tous ton sexe innervé et tes nerfs sexualisés, te feront repentir de la vanité de tes efforts sensuels qui pourtant m'auront plu ; et c'est alors que, jusqu'en l'inégalité apparente de nos effets, après ta tentative hardie et soigneuse, après tes expertises déployées au maximum, après tes poses, tes touchers et tes placers luxurieusement scandaleux, tu auras trop plaisir, et même davantage, à me savoir ton maître, et ainsi résignée, tu te laisseras jouir comme la plus légitime des servantes vaincues et la plus impuissante des instruments usés qui ne peut venir à bout de son invincible soldat que par l'expression physique et mentale de la plus complète obéissance.
Même, prétexte de soumission supplémentaire et suprême, tu te satisferas de sentir que c'est de ton sexe que je m'exalte le plus.
Voici ce que m'inspire dans cette circonstance, par anticipation, celle qui sérieusement s'attache les cheveux.
