Chapitre 3 : Étrangers

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La présence des empreintes ne cessait d'intriguer Christophe.

Plus il y pensait, moins il voyait de raison pour justifier le silence de celui qui aurait découvert la rivière. Il aurait pu s'agir d'un des membres d'un autre groupe parti en exploration... mais pourquoi aurait-il été seul ? Se serait-il perdu ? Et même si c'était le cas, comment aurait-il pu arriver ici avant eux ?

Il formulait ses pensées avec un « il », mais il croyait qu'il s'agissait d'un « elle ». Les traces étaient trop petites pour être celles d'un homme. Cela aurait pu être un enfant, mais il imaginait mal un enfant venir ici...

A moins qu'il ne s'agisse d'un enfant qui s'était éloigné du train avant que leur communauté ne se soit mise en place ? Cela restait une possibilité. Un enfant qui se serait perdu...

Mais pourtant, tout en désirant ne pas se laisser aller à ses préjugés, Christophe n'arrêtait pas d'essayer de se rappeler quelles chaussures portait Asha.

« Regarde où tu marches ! le prévint Samya, tandis qu'il buttait sur des branches. Tu penses encore aux empreintes ?

- Oui... ça me perturbe.

- On aura bientôt la solution. On doit être tout près maintenant.

- Ouais... Le train doit pas être à plus de cinq cent mètres.

- Tant mieux, j'ai mal à l'épaule. C'est encore plus lourd que quand on va faire les courses !! ».

Le groupe revenait vers le campement après être descendu à la rivière, pour remplir les quelques récipients qu'ils avaient emmenés. C'était le seul voyage de ce type qu'ils comptaient faire. Il valait mieux déplacer le camp vers la rivière plutôt que le contraire, mais d'ici là, ils rapportaient autant d'eau qu'ils le pouvaient.

Alors qu'ils abordaient le dernier virage avant le camp, le visage concentré d'Omar attira l'attention de Christophe. Il tendit l'oreille à son tour. La végétation était dense, le campement à une trentaine de mètres encore. Tout paraissait calme, très calme en fait, à part quelques éclats de voix.

Christophe s'arrêta net : « Il y a des gars qui parlent pas notre langue avec eux ! ».

Les autres s'arrêtèrent à leur tour, interrogatifs. Quelques secondes leur furent nécessaires pour comprendre l'étendue de ce que cela impliquait. Ils écoutèrent prudemment, les yeux plissés sous l'effet de la concentration.

Une voix grave, donnait des ordres dans un langue inconnue, du ton martial de celui qui a l'habitude d'être obéi. D'autres lui répondaient, sur des tonalités inhabituelles.

Les sept jeunes gens déposèrent leur charge et franchirent les derniers mètres aussi discrètement que possible, profitant des arbre abattus pour avancer à couvert.

De nouveaux arrivants avaient en effet investi le camp. Leurs vêtements étaient similaires à ceux des corps près du monument de pierre, et ils portaient des armes blanches, épées, lances, dagues, ainsi que quelques arcs. Même s'ils étaient incontestablement humains, la morphologie de leurs traits les distinguait des ethnies de la terre. Ils avaient un visage long, des pommettes larges et une mâchoire étroite, une peau sombre, d'un marron presque noir, et la plupart portait une barbe fournie. Maintenant qu'ils voyaient Asha à côté d'eux, il était indubitable qu'elle faisait partie de leur peuple et que ses traits, qu'ils avaient interprétés comme une particularité, était ici monnaie courante.

Bien que leurs tenues fussent disparates, il y avait une sorte d'harmonie de couleur, le brun et le noir. Une récurrence de symboles semblait indiquer qu'ils faisaient tous partie d'une communauté précise, ou d'une armée peut-être. Ils étaient d'une taille plutôt petite, comparée à celle des survivants du train, le plus grand ne devant pas dépasser le mètre soixante dix. Néanmoins leurs mines patibulaires et leur armement les rendaient très intimidants. Avec des manières rustres et brutales, ils rassemblaient les rescapés dans un coin, les obligeants à laisser les blessés.

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