Chapitre 13 - 1 : Un monde de magie

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Les jardins étaient calmes et silencieux. En cette heure matinale, seules les Vierges de factions animaient de leur vigilante présence les abords du temple.

Ameratë marchait dans les travées aux ombres immensément allongées par le soleil levant. Son pas n'était plus aussi alerte que dans ses jeunes années, mais la vigueur ne l'avait pas abandonnée, d'autant plus que l'inquiétude aiguillonnait sa vitalité aussi bien que le faisait l'insouciance lorsque, jadis, elle-même était Vierge Guerrière. Il y avait quelques temps encore, elle pensait bientôt abandonner sa charge et devenir Grande Mère, d'ici un couple d'année tout au plus. Mais à présent, elle ne savait plus si elle en aurait le temps.

Lyzea l'Intouchable et Pala, la Haute Mère, s'entretenaient déjà des nouvelles apportées par la messagère. Lorsqu'Ameratë arriva à leur hauteur, la voix claire de Lyzea menait la conversation : « Depuis des siècles les Hauts Mages étendent leur domination. Tout le continent appartient à l'Empire, et de nombreuses terres au-delà. Qu'auraient ils à craindre des Nocturnes ? Ceux-là ont perdu la guerre il y a bien longtemps déjà.

- L'alliance, Lyzea, répondit Pala, c'est cela qu'ils ont à craindre. Et nous aussi. Si les Nocturnes mènent ces négociations jusqu'à leurs fins. Tous les autres peuples se lèveront contre l'Empire.

- Et quel mal ? Le règne des mages ne nous a rien apporté de bien. Nous le savons toutes. Qu'ils s'effondrent ! Et peut-être la folie de puissance qu'ils ont emmenés avec eux s'effondrera à leur tour. Alors des rois sages pourront peut-être émerger... ou des reines.

- Hélas non, ma fille. Les Nocturnes sont trop aveuglés par leur haine. Ils ne s'arrêteront pas aux mages. Trop d'entre nous ont liés partis avec les arts secrets. Pour les créatures de la nuit, l'ensemble du peuple humain doit payer. »

Le regard de Lyzea se perdit dans les ombres tandis qu'elle réfléchissait aux paroles de sa supérieure. Son crâne lisse et ses sourcils froncés conféraient à son visage une dureté imposante. La représentation même des Intouchables. Ameratë l'admirait, depuis longtemps déjà, depuis leur première classe ensemble, alors que Lyzea avait été nommée pour guider leur entraînement au combat. Nulle ne l'égalait à la lance. Elle n'était certes pas douée pour les choses de la politique, les tractations diplomatiques et autres subtilités tortueuses, mais elle avait une valeur que peu possédait. Le courage, l'abnégation, la grandeur d'âme, le dévouement... tout cela habitait son cœur et en faisait une élue d'Aorila. Elle était l'incarnation même de la protection que la déesse accordait à ses fidèles. Lorsque Lyzea était là, aucune femme n'avait à craindre la colère d'un homme ou l'injustice, et le peuple savait pouvoir compter sur sa protection.

Ameratë avait été un peu jalouse d'elle durant les premiers temps. Que son chemin fut si clairement établi alors qu'elle même peinait à trouver sa voie, que la lumière des intouchables fut sur elle alors qu'elle même ne se sentait pas appelée. Mais avec le temps, elle avait compris quel sacrifice avait concédé Lyzea, quel destin difficile cela constituait, ne jamais partager l'amour d'un homme, la plénitude de la maternité... être une femme. Lyzea avait offert sa vie au service du temple, et c'était un courage qui méritait bien plus d'amour que de jalousie.

Et puis, qu'importait le chemin qu'elles prenaient. Elles étaient toutes filles d'Aorila. Chacune suivait sa voie et se trouvait, et cela seul comptait.

Tous les souvenirs qu'évoquaient ces pensées réchauffèrent le cœur d'Ameratë. Elle avait bien vécu finalement. Elle ne serait jamais Grande Mère, bien sûr, à la lumière de la discussion de ses deux sœurs, elle comprenait la nature de la prémonition qui l'avait assaillie. L'alliance des ennemis de l'Empire... la guerre arrivait, et avec elle la fin du monde tel qu'elles le connaissaient, et la fin de sa vie à elle.

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