En suivant avec précaution Iyuh dans les méandres obscurs et humides de la voie souterraine qu'ils empruntaient, Christophe comprenait pourquoi on parlait de vallée secrète. Il se demandait même comment les indigènes avaient fait pour trouver ce passage. L'entrée en était anodine, comme une petite grotte s'ouvrant dans une anfractuosité de la roche, si étroite qu'on ne pouvait passer qu'un par un. Et après, ce n'était plus que couloirs naturels, circonvolutions, cheminées, le tout se croisant, s'entrecoupant. Ce devait être un labyrinthe pour quiconque n'en connaissait pas les secrets, ce qui n'était pas le cas de leurs guides. Isk-hi et Iyuh savaient lire les marques gravées sur la roche, laissées là des siècles plus tôt, par ceux qui avaient ouvert la voie.
Le kiyé avait expliqué qu'il y avait un autre passage, à l'air libre, un col placé bien plus haut dans la montagne, difficile d'accès, et impraticable la plus grande partie de l'année. Étant donné le froid qu'ils avaient déjà enduré pour parvenir jusqu'à l'entrée du passage, Christophe préférait ne pas imaginer comment cela aurait été encore plus haut.
Iyuh avait voulu emmener une véritable cargaison de torches, pour les éclairer durant le trajet, mais Christophe avait assuré que quelques-unes suffiraient. Il pouvait en effet maintenant modifier son sort de petit soleil, pour le faire encore plus petit et le fixer sur un objet, une simple branche en l'occurrence, et cela éclairait mieux qu'une torche. L'effet durait presque six heures lorsqu'il le faisait au mieux, ce qui n'était pas toujours le cas, il est vrai. Il le répétait donc à chaque fois que c'était nécessaire, et cela leur était largement suffisant.
Le déplacement parmi les ombres mouvantes était propice à l'introspection. L'esprit de Christophe dérivait, il pensait aux derniers évènements. Leur groupe avait atteint l'entrée de la voie sous la montagne seize jours après leur départ du village nesq. Depuis, Christophe était incapable de dire combien de temps s'était écoulé. Ils étaient montés, descendus, ils avaient tourné dans tous les sens, ils avaient dormi quelques heures, dans le noir le plus profond, puis étaient repartis. Il était dans l'impossibilité de définir la distance qu'ils avaient parcourue au total, s'ils s'étaient élevés ou au contraire s'ils étaient plus bas qu'au départ. Malgré la fatigue engendrée par cette progression stressante, Christophe ne se plaignait pas. Il ne disait rien parce que celle qui souffrait le plus était Akibi. Elle n'avait visiblement pas leur résistance et son handicap ne lui facilitait pas la progression. Mais elle s'accrochait. Iyuh la soutenait magiquement, mais il avait révélé que ses pouvoirs étaient fortement amoindris sous terre, il était plus en relation avec la nature vivante qu'avec la nature inerte. Aussi, la résistance physique qu'il pouvait apporter à Akibi ne valait pas celle qu'il avait fourni durant la première partie du voyage, dans la jungle.
Étrangement, Christophe n'avait pas senti d'affaiblissement de sa propre magie. Pas plus pour ce qui était du sort de lumière que pour son propre sort d'endurance. Il se sentait autant dans son élément ici que dehors, à l'air libre. Et lorsque, durant leurs périodes de repos, il cherchait à entrer en contact avec les gosheruhns, et qu'il remontait l'arborescence de ceux-ci, il entrait finalement en contact avec la présence toute puissante de la montagne. Elle n'avait pas une âme vive palpitante, comme celle de la jungle, c'était plutôt comme une présence imposante, immuable, et en même temps, une forme de détachement et de sérénité. Comme si pour cet être global, somme de tous les êtres et de toutes les choses présents en ces lieux, le temps n'avait pas la même valeur que pour les humains. L'esprit de la montagne vivait au rythme de la montagne, une tempête n'était qu'un rafale de vent, la neige une pilosité partiellement transitoire, et les hommes, pas plus que des acariens, petites choses fragiles auxquelles on ne faisait pas attention. A chaque fois qu'il sortait de ce type de méditation, le jeune mage se sentait calme, intellectuellement revigoré. Même si Iyuh n'était pas un grand adepte de cette voie, qui était plus le domaine d'Aëlep, il comprenait les progrès de Christophe et en montrait satisfaction, discrètement, d'un simple regard ou parfois d'un sourire. Christophe en était fier.
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Vierge de sang
FantasíaÈve courait, comme jamais elle n'avait couru. Elle sentait le terrain sous ses foulées, savait instinctivement où poser les pieds, elle était comme le vent qui file entre les arbres. Elle percevait avec une précision incroyable toutes les odeurs qui...
